De gauche à droite : Prince Pierre Sonson et Turneb Delpé « Il est clair que ce gouvernement a prouvé son incapacité de mener la transition et d’organiser de bonnes élections. Il serait important à ce que ce gouvernement tire les conséquences de ces actions et fasse le geste patriotique que requiert ce contexte».
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L’évasion massive du Pénitencier national le samedi 19 février a été un prétexte de choix pour certains «déçus» du gouvernement de facto issu du coup d’État pour lui demander des comptes et même réclamer sa démission.En effet, dès le lendemain des événements, plusieurs politiciens se sont réunis à l’hôtel Christopher, pour évaluer la responsabilité du gouvernement de facto dans cette affaire qui, selon eux, prouve l’incapacité de celui-ci à garantir la sécurité dans le pays. Toutefois, aucun consensus n’a été dégagé sur la nécessité pour Latortue de jeter l’éponge, certains chefs comme Evans Paul de la KID, ayant clairement affiché leur désaccord.
Néanmoins, une cinquantaine de partis et autres groupuscules politiques et organisations ont publié une résolution le 22 février, réclamant la démission immédiate du Premier ministre de facto et la «formation d’un gouvernement d’union nationale avec la participation des partis politiques et des organisations de la société civile». Les signataires en sont le PADEMH de Claire Lydie Parent, le MODEREH des ex-parlementaires Dany Toussaint et Prince Pierre Sonson, le PNDPH de Turneb Delpé, le KOKAPOP, l’AJAMAAP, Le KOMOKA, le FOSRED et RANFO, etc., qui ont également réclamé le renvoi des membres du Conseil des sages et la caducité de l’Accord de consensus politique du 4 avril 2004 signé par les conspirateurs suite au kidnapping du président Aristide.
Prince Pierre Sonson du Mouvement réformateur démocratique haïtien (Modereh), a exposé ses motifs en ces termes: «Le Modereh est choqué par rapport aux événements qui ont eu lieu au Pénitencier national le samedi 19 février 2005. Plus de 400 prisonniers ont gagné le maquis, et parmi eux il y a des trafiquants de drogue et des criminels. Le Modereh estime que ces événement, ainsi que beaucoup d’autres, sont le résultat de la passivité, de l’inaction, de l’incompétence et de l’irresponsabilité du gouvernement en place dans sa façon de diriger le pays. Il est clair que ce gouvernement a prouvé son incapacité de mener la transition et d’organiser de bonnes élections. Il serait important à ce que ce gouvernement tire les conséquences de ces actions et fasse le geste patriotique que requiert ce contexte», a déclaré l’ancien sénateur, qui demande un consensus dans la perspective du choix d’un nouveau Premier ministre de facto. Sans doute se verrait-il à la place de Latortue pour faire la preuve, lui aussi, de sa propre incapacité?
De son côté, la dirigeante du Pademh, Claire Lydie Parent a fait remarquer que «Depuis l’installation du régime du 29 févier, rien n’a changé. Seuls la corruption, l’intolérance, l’incompétence et les scandales caractérisent ce pouvoir», signalant en outre que Gérard Latortue et son ministre de facto de la Justice et de la Sécurité publique Bernard Gousse se sont absentés du pays en même temps que se déroulait l’évasion au Pénitencier national.
Par contre, l’éventualité de la démission du Premier ministre de facto n’est pas partagée officiellement par le «Groupe des 184» de l’industriel André Apaid, le décideur par excellence, qui a bien sûr feint de critiquer certains aspects de sa gestion, mais néanmoins plaidé en faveur du maintien de Gérard Latortue jusqu’à l’organisation des élections générales prévues en principe pour la fin de cette année. Il ne pouvait en être autrement puisque Apaid et son Groupe des «184» constitué par la bourgeoisie et ses clients a placé tout son monde dans ce gouvernement de facto.
L’un des représentants de ce secteur, le dirigeant du Konakom, Victor Benoît, a ainsi déclaré: «Je ne suis pas de ceux qui demandent le départ du gouvernement. Car on ne veut pas faire un saut dans l’inconnu. Il y a un problème grave qui s’est posé, mais la solution consistera-t-elle à faire partir le gouvernement ?»
Mais l’évocation de son éventuelle démission a quand même retenu l’attention de Latortue qui, au cours d’une conférence de presse le surlendemain, s’est démesurément emporté pour s’en prendre à ceux qui réclament sa tête, les qualifiant de minoritaires et les dénonçant de façon la plus «mesquine», disant: «Je pense que beaucoup de gens refusent de dire la vérité au peuple haïtien. Et la vérité aujourd’hui c’est qu’il y a des groupes minuscules qui ne représentent rien, mais qui refusent de s’accommoder à la démocratie, l’idée de réconciliation nationale, à la lutte contre la corruption puisqu’ils dominent l’économie du pays. Ils en veulent à moi parce qu’ils ne peuvent pas continuer à voler, à bénéficier de monopole et profiter de certains autres avantages. Je ne me laisserai pas faire parce que la lutte que je mène est la bonne», a-t-il lancé, tout en croyant devoir minimiser les événements survenus au Pénitencier national en ces termes: «Une évasion, cela arrive dans tous les pays, même dans les pays avec des moyens importants de sécurité dans les prisons». Et Gérard Latortue de martelai: «Je ne démissionnerai pas!» Sans doute, mais peut-être devra-t-il s’évader ou se faire «libérer» comme cela se fait «partout ailleurs»? En fait, comme sa réaction le montre, le message n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd et Latortue doit soupçonner les «minoritaires», qui officiellement ne veulent pas sa tête, de l’avoir fait circuler, ce message. Car, pour s’en prendre à eux, lui qui ne repose sur aucune base, à part sur celle de ces «minoritaires, s’il n’est pas encore aux abois, il reste du moins aux aguets!