
Le président intérimaire du Conseil, Max Mathurin (à gauche) et le secrétaire général Rosemond Pradel.Comme on le sait, on est loin d’en être à une première au CEP pour les magouilles financières. À ce titre on peut rappeler quelques unes, telles que l’affaire de la surfacturation qui avait indirectement conduit à la démission de la présidente de l’organisme, Roselaure Julien
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Le chef du gouvernement de facto Gérard Latortue a confirmé le 11 février la publication dans le journal officiel Le Moniteur du décret-loi électoral qui a été adopté par son conseil des ministres avec de légères modifications. Mais au même moment de nouveaux scandales ébranlent le Conseil électoral provisoire (CEP), avec l’accusation d’abus des biens de l’Etat portée d’une part par un vérificateur de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif contre les conseillers électoraux Luc Augustin et Emmanuel Barreau, respectivement directeur général et administrateur du CEP et, d’autre part, la nouvelle accusation du conseiller Patrick Féquière contre le président intérimaire du Conseil, Max Mathurin et le secrétaire général Rosemond Pradel, pour avoir réclamé de Gérard Latortue le déblocage de 2 millions 900 mille dollars, sans avoir consulté au préalable les autres conseillers. Comme on le sait, on est loin d’en être à une première au CEP pour les magouilles financières. À ce titre on peut rappeler quelques unes, telles que l’affaire de la surfacturation qui avait indirectement conduit à la démission de la présidente de l’organisme, Roselaure Julien. Et encore ces dizaines de véhicules et de motocyclettes qui ont disparu, selon le vérificateur de la Cour supérieure, etc. Naturellement le directeur Augustin a mis au défi quiconque de prouver son implication dans un acte de corruption et a plutôt rejeté la faute sur l’ancien conseiller Harold Julien et l’ancien ministre des Collectivités territoriales du gouvernement constitutionnel Jocelerme Privert, détenu pourtant au pénitencier national depuis plusieurs mois. Luc Augustin a donc beau jeu d’accuser les absents. Mais n’est-il pas un peu tard pour accuser d’autres d’un méfait si récent? Pour ce qui a trait au décaissement de 2,9 millions de dollars, Patrick Féquière a déclaré avoir été informé de cette demande le 5 février, lors d’un entretien avec Gérard Latortue. «J’ai été ébahi de voir lors d’une réunion avec le Premier ministre le 5 février qu’une lettre de demande de 2 millions 900 mille dollars portant la signature du président et du secrétaire général du CEP a été adressée à Gérard Latortue au profit du Conseil pour la campagne de sensibilisation, d’éducation civique et à des primes de risque…», a-t-il signalé. Dans une lettre adressée aux conseillers mis en cause, le représentant des partis non-alignés, qui a affirmé que les autres conseillers étaient «tombés des nues» quand Latortue a soulevé ce dossier, a exigé des explications en faisant savoir que même le trésorier du CEP, principal concerné en matière de budget n’était pas au courant de ladite demande. Il ne devrait pas être surpris pourtant, car ce genre d’affaire, c’est la routine au CEP. D’ailleurs, en dépit de tout, et pour revenir au décret électoral, ce 11 février, le Premier ministre de facto Gérard Latortue les a tous félicités pour les efforts déployés pour la tenue des élections cette année, soulignant par la même occasion les «observations utiles» dans ce dossier du Conseil des sages, dans l’attente certainement d’un «renvoi d’ascenseur». Car comme larrons en foire, tout ce monde se comprend. Entre-temps, le CEP se prépare à lancer la fameuse campagne de «sensibilisation» des électeurs pour les inscriptions qui devraient démarrer en avril. Selon son porte-parole, Rosemond Pradel, le Conseil œuvre actuellement à l’élaboration de son plan de sensibilisation en attendant les conclusions de la mission conjointe OEA-Minustah-CEP chargée d’évaluer le patrimoine de l’institution. «Quinze techniciens du CEP déployés dans le pays le 9 février ont été rejoints par des personnalités désignées par l’Organisation des Etats Américains et la Mission des Nations unies pour la stabilisation d’Haïti. Ces techniciens auront pour tâche principale de s’assurer de l’état des bâtiments du CEP à travers le pays avant de mettre en branle le processus d’inscription des électeurs», a-t-il indiqué. On souhaite que les édifices n’auront pas disparu à l’instar comme des véhicules et motos? Le secrétaire général du CEP a aussi estimé que de nouveaux locaux doivent être mis à la disposition des villes du Cap-Haïtien et des Gonaïves, compte tenu de l’état lamentable des installations actuelles. Après cette phase, il a annoncé que le CEP prévoit de recruter son personnel et de mettre en service des équipements déjà commandés. Dans la perspective de ces élections, dont les différents scrutins sont fixés au 9 octobre pour les élections municipales et locales et aux 13 novembre et 18 décembre pour les deux tours des législatives et la présidentielle, les protagonistes commencent déjà à affûter leurs armes, car la concurrence sera serrée entre les nombreuses nouvelles et anciennes formations politiques, parmi lesquelles: le GREH dirigé par l’ex-colonel Himmler Rébu, le Modereh créé par Dany Toussaint et Prince Pierre Sonson, le FRN de l’ex-«rebelle» Guy Philippe, Konba qui regroupe les responsables syndicaux et les dirigeants d’organisations paysannes comme Chavannes Jean-Baptiste du MPP, précédemment proche allié de l’OPL, et le parti «Fourmi». On assiste également à la «fusion» des partis Konakom, Panpra et Ayiti Kapab, regroupés dans un «Grand Front socialiste haïtien». Autant de «choix» qui s’offrent à l’éventuel électeur et qui pour le peuple haïtien ne sont que «blanc bonnet et bonnet blanc». Sans doute, pour sa part, Marc Bazin, leader du Mouvement pour l’instauration de la démocratie en Haïti (Midh) aura-t-il opportunément saisi le côté artificiel et exclusif de ces élections, quand il a fait remarquer qu’aucune élection honnête et crédible ne peut être réalisée dans le pays sans la participation de l’Organisation politique Fanmi Lavalas, qui constitue le parti majoritaire d’Haïti, déclarant à cet égard: «Je pourrais faire comme certains leaders politiques, mais moi, je suis réaliste, j’accepte de voir la réalité en face. Justement, nous ne pourrons pas avoir de bonnes élections ni de bons résultats si les préalables ne sont pas remplis. Il faut commencer par la réintégration d’un dialogue politique entre toutes les forces en démarrant le processus par Fanmi Lavalas.» Peut-être que Bazin devrait commencer, pour ce faire, à exiger la libération des fonctionnaires et sympathisants Lavalas illégalement et arbitrairement incarcérés et la fin de la terreur menée par la Police nationale et la Minustah contre les quartiers populaires, pour montrer sa bonne foi? De toutes façons, les multiples scandales «autorisés» au sein du CEP ne sont-ils pas taillés sur mesure pour aboutir à un autre plus grand, celui de ces élections/sélections dont doivent accoucher les manœuvres compétitives des représentants respectifs des secteurs représentés au sein de cet organisme? Et le scandale qui rebondit de plus belle au début de cette semaine, au sujet de cette demande de 2,9 millions de dollars réclamés par le président a.i. du CEP Max Mathurin et le secrétaire général Rosemond Pradel pour la campagne de «sensibilisation, d’éducation» à laquelle est ajoutée de façon sibylline des «primes de risque». Et le conseiller Patrick Féquière se montrait révolté par cette affaire, d’autant plus, disait-il, sur les ondes de plusieurs stations le 14 février, que: «Ces messieurs demandent entre autres choses que le gouvernement dépose dans un compte courant 2, 9 millions de dollars pour couvrir des risques qu’ils vont prendre, et si je comprends bien le français, c’est bien de cela qu’il s’agit: «Prime de risque». Donc, moi je dis que cette démarche est immorale, et je m’en dissocie publiquement (…) Si le gouvernement de Latortue de son côté veut créer une prime de risque pour tous les conseillers, tous les grands commis de l’État, y compris pour les agents de la PNH, alors il n’y aurait pas de problème (…), mais je ne peux pas aller demander au Premier ministre une telle chose (…) Je dénonce cette affaire publiquement sur les ondes de Radio Vision 2000 car j’estime que quelle que soit la démarche de ces messieurs, je devrais être tenu au courant. Ils ont fait une demande pour 9 conseillers, or je n’étais pas au courant…» Les autres conseillers non plus, à part Mathurin et Pradel. On penserait que ces deux-là se montreraient repentants, mais loin de là, de façon effrontée ils justifiaient leur demande de «prime» avec des argument vraiment tirés par les cheveux. Et Rosemond Pradel s’en vantait presque le même jour: «C’est vrai que nous avons écrit cette lettre, c’est de notre droit d’écrire c’est un acte tout à fait administratif, mais je crois que c’est bien malheureux qu’un conseiller à ce niveau là puisse essayer de faire un scandale pour une chose qui aussi simple et qui est normale, c’est pour montrer que c’est quelqu’un qui cherche à détruire le conseil, c'est-à-dire travailler contre le conseil pour empêcher qu’il y est des élections sérieuses dans ce pays», disait-il, ajoutant: «On n’a pas besoin de l’aval d’un conseiller… Ce n’est pas nécessaire» (Vision 2000, 14-02-05). Évidemment son comparse Max Mathurin l’approuvait. Et le même jour Rosemond reprenait ses balivernes justificatives à Radio Galaxie pour signifier de plus en plus impudemment que «si Féquière se sent en sécurité, à tel point qu’il n’ait pas besoin de prime de risque, c’est son propre problème, car nous, nous prenons des risques, nous avons décidé de faire des élections sérieuses, il y a un prix à payer pour cela… Aucun d’entre nous n’a d’assurance-vie; si en sortant d’ici, on nous tire dessus, nous mourrons pour nos beaux yeux». On n’en croit pas nos oreilles, mais le pire est à venir, car implicitement dans sa déclaration sur la même station (Galaxie), Gérard Latortue ne trouvait rien à redire sur les agissements de Mathurin et de Pradel, puisqu’il disait: «Scandale! Mes amis, please (sic), n’en créez là où il n’y en a pas, c’est un incident ( !), mais ce n’est pas un scandale. C’est une lettre que le président et le secrétaire général m’ont envoyée et les autres membres n’étaient pas au courant, c’est ce qu’ils ont dit, M.Féquière notamment…. Mais moi quand je reçois une lettre du CEP… Je considère la lettre comme une lettre officielle (…) Est-ce que tous les 9 ont signé ou pas, qu’ils s’entendent entre eux, c’est leur propre problème, ce n’est pas le mien. OK, mais il n’y a pas vraiment de scandale.» Enfin, puisqu’il le dit, de même qu’il n’y avait pas de scandale pour le vol des quinze containers de riz…. Latortue ne veut point déranger le business de ses complices, puisqu’il sait pourquoi tout ce monde bosse… Ni lui ni eux ne croient point aux élections, et il leur faut se dépêcher surtout d’amasser le plus de pognon possible… Et on prévoit déjà la suite, les «incidents» de la sorte ne font que commencer, avec de surcroît l’aval du Premier ministre de facto, et à ce titre: «sans risque»?
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