16 Fevrier, 2005

February 16, 2005

16 Fevrye, 2005
Vol. 22 No. 49
7 février 2005:
Résistance et mobilisation!


Au Borgne, dans le département du Nord, toujours ce 7 février, une grande manifestation a été aussi organisé par la Konfederasyon Groupman Peyizan (KGPB) et le Parti Populaire National (PPN)…

Après le départ en exil, sous les pressions populaires et internationales, du dictateur Jean-Claude Duvalier le 7 février 1986, cette date a été retenue par la Constitution du 29 mars 1987 pour l’investiture du président élu de la République. Et le 7 février 1991, le Père Jean-Bertrand Aristide, qui allait être renversé sept mois plus tard par un coup d’Etat militaire fomenté par le général Raoul Cédras, prêta serment comme le premier président élu démocratiquement de l’histoire d’Haïti.

Le 7 février 2001, le président Aristide, succédant à René Préval, allait revenir au Palais national pour entamer un second mandat. Cependant, il devait être une fois de plus renversé du pouvoir trois ans plus tard, le 29 février 2004 par, cette fois-ci, un coup d’Etat «moderne», un kidnapping perpétré conjointement par la France, les Etats-Unis et le Canada auquel a suivi l’occupation du territoire national. A cette occasion, le président Aristide et son épouse avaient été contraints manu militari par les agents des forces spéciales des États-Unis de quitter le pays à bord d’un avion affrêté par les Etats-Unis. Depuis ces événements, la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), le bras armé des puissances impérialistes et la force de police nationale (PNH), maintiennent une brutale et sanglante répression contre les populations des quartiers défavorisés et les militants Lavalas, pour réduire au silence la résistance à l’occupation et les revendications de retour à l’ordre constitutionnel.

Cependant, en dépit de cela, ce 7 février 2005, qui ramenait donc le quatrième anniversaire de la seconde investiture du président Aristide à la tête de l’Etat, a été commémoré sous le signe de la mobilisation contre l’occupation étrangère et la répression. En effet, des militants du quartier de Bel-Air sont descendus par milliers dans les rues à cette occasion pour dénoncer les exécutions sommaires et les persécutions politiques dont ils sont l’objet quotidiennement, et exiger le retour physique au pouvoir du président constitutionnel. Mais arrivés à la rue Macajoux, dans le centre de la capitale, les manifestants ont été confrontés aux agents de la PNH qui se sont mis à tirer des rafales dans leur direction, provoquant plusieurs blessés. N’était-ce l’intervention d’un char de la Minustah qui s’est interposé entre les agents de la PNH et les manifestants, un massacre aurait pu s’en suivre. La Minustah, qui a déjà mauvaise presse, aura voulu éviter le pire cette fois.

Mais cette répression qui se maintient depuis bientôt une année ne semble pas devoir stopper les revendications populaires. L’un des organisateurs de la manifestation, Samba Boukman, a déclaré: «Nous allons continuer à lutter pacifiquement jusqu’au retour à l’ordre constitutionnel, car les Haïtiens en ont marre de la violence, du poison de l’exclusion sociale et de la corruption.»

Au Borgne, dans le département du Nord, toujours ce 7 février, une grande manifestation a été aussi organisé par la Konfederasyon Groupman Peyizan (KGPB) et le Parti Populaire National (PPN). Plusieurs milliers de paysans se sont rassemblés à Petit-Bourg du Borgne afin de se rendre au Borgne où les représentants de ces deux organisations ont stigmatisé le gouvernement de facto et dénoncé une fois encore le kidnapping du 29 février 2004. Ils ont aussi dénoncé l’occupation et demander à l’ONU qui joue le jeu de l’impérialisme nord-américain de laisser le territoire. La manifestation s’est terminée sans incident.

Parallèlement, des activités ont également eu lieu dans le Xe Département, aux Etats-Unis et à Montréal où l’on présentait le film du journaliste Kevin Pina qui effectuait une tournée à travers plusieurs villes canadiennes, pour commémorer la date du 7 février. Le New England Human Rights Organisation for Haiti (NEHROH) a organisé le samedi 5 février une soirée de solidarité avec le peuple haïtien à Boston, qui a enregistré la participation de plus de 200 personnes. Des personnalités telles que Ronald Saint Jean du Comité de défense des droits du peuple haïtien (CDPH), Chuck Turner du Boston City Council et Pat Chin du Centre d’action internationale, sont intervenus dans le cadre de cette soirée de solidarité.

D’autre part, du 4 au 6 février, plusieurs dizaines d’activistes se sont rendus à Washington pour participer au «Kongrè Bwa Kayiman» organisé conjointement par Eugenia Charles de la Fondation Mapou et Lovinsky Pierre Antoine de la Fondation 30 septembre, à l’Université Trinity, avec des ateliers sur la situation des droits humains et de la presse en Haïti. Les organisateurs ont exhorté les participants à garder allumée la flamme de la mobilisation en faveur de la justice, la démocratie et la souveraineté nationale.

En support à la lutte dupeuple haïtien pour retrouver son indépendance le Comité haïtien de Buenos Aires (Argentine) a émis une note à l’occasion du 7 février afin de dénoncer l’occupation et réclamer le départ de la Minustah.

D’un autre côté, le 6 février 2005 a été l’occasion pour le groupe dénommé Armée Dessalinienne pour la libération nationale (ADLN), qui avait, rappelons-le, attaqué le 24 octobre dernier le sous-commissariat de Gros-Morne à l’Artibonite, d’opérer une nouvelle incursion, selon des informations diffusées le 5 février par radio Ginen, au commissariat de Plaisance dans la nuit du mercredi 2 février. Dans un communiqué parvenu le 5 février à notre salle de rédaction, l’ADLN a expliqué en ces termes cette nouvelle attaque: «Après l’attaque du Front Artibonite de l’ADLN contre le sous-commissariat de Gros Morne le 24 octobre 2004, qui constituait une mise en garde, c’est au tour du Front Nord de l’ADLN qui a attaqué le commissariat de Plaisance, regorgeant d’anciens militaires macoutes bourreaux du peuple, dans la nuit du 2 au 3 février 2005. De même que le 24 octobre, nous avons ordonné aux ‘policiers’ de sortir les mains en l’air, sans arme, dans la porte d’entrée du commissariat pour que rien ne leur arrive. Les policiers présents ont choisi de désobéir. Donc, l’équipe d’assaut a été obligée d’attaquer et d’entrer dans la cour du commissariat. Les policiers ont eu le temps de s’évader.» Le commissariat a aussi été partiellement brûlé. D’autre part, le communiqué de l’ADLN appelle les forces progressistes des pays de l’Amérique latine qui participent à la force d’occupation de la Minustah, qui constitue le bras armé de la France et des Etats-Unis, à contraindre leurs gouvernements à rappeler leurs troupes du pays «pour que la terre d’Haïti ne devienne pas le tombeau des militaires qui nous occupent».

Cet engouement affiché par les secteurs progressistes à commémorer cette année la date du 7 février prouve une fois de plus que le peuple haïtien n’entend guère baisser les bras dans sa longue bataille visant entre autres à recouvrer la souveraineté du pays souillée par les bottes de l’impérialisme.