
Les porte-feuilles en «discussions» ont été finalement redistribués, l’avocat Georges Moïse, jusqu’ici conseiller juridique de Boniface Alexandre, obtenant le ministère de l’Intérieur et l’homme d’affaires Fritz Kénol au Commerce.
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Comme nous l’annoncions la semaine dernière, le remaniement du cabinet ministériel de facto a été contrarié à la dernière minute pour des motifs mal définis officiellement, mais c’était clairement à cause des marchandages internes entre les partenaires du coup d’État. Prévue pour le 1er février la cérémonie d’investiture des trois postes ministériels à répartir avait dû être reportée au jeudi 3 février. Le prétexte invoqué pour ce retard était assez grossier, et personne ne saurait croire Michel Brunache, chef de cabinet du président de facto Boniface Alexandre, quand il racontait: «Le gouvernement voulait prendre le temps d’analyser les dossiers des ministres nouvellement nommés avant de procéder à leur intronisation.» Brunache ne pouvait prétendre certainement pas penser qu’il se trouverait quelqu’un d’assez naïf ou même assez enfantin pour avaler une telle épée, ou mieux une telle «baïonnette»? Ce n’est certainement pas au moment de l’investiture qu’on devait vérifier leurs «dossiers». D’autant plus que l’arrêté présidentiel avait déjà été publié à cet effet et le corps diplomatique convoqué! Au fait, les deux ministres désignés au prime abord et qui ont dû tirer leur révérence, à savoir Marie-Claude Bayard et Michel Bernardin, nommés respectivement au ministère du Commerce, de l’Industrie et du Tourisme et à celui de l’Intérieur et des Collectivités territoriales. Selon les explications avancées par le gouvernement de facto, Michel Bernardin avait été mis à l’écart en raison de son implication présumée dans un meurtre commis au cours de l’année 1972 sous le régime des Duvalier. Une accusation que l’intéressé a bien sûr rejetée, prétendant qu’il n’était même pas au pays à cette époque. C’était donc son sosie? De toutes façons, ce n’était là encore qu’un mauvais prétexte, car Bernardin vient de passer plus de neuf mois à la tête de la délégation départementale de l’Ouest, c’est-à-dire comme représentant direct de l’Exécutif de facto dans ce département et, comme nous le disions dans notre édition précédente, ce n’est certainement pas pour ses états de service comme macoute zélé sous les Duvalier qui l’auraient disqualifié aux yeux de ce gouvernement de facto et de ses souteneurs. Quant à la présidente de l’Association des industries d’Haïti (ADIH), Marie-Claude Bayard, on lui reprocherait sa nationalité nord-américaine, mais selon elle, le Premier ministre de facto Gérard Latortue, qui avait au préalable pris connaissance de sa situation, avait même exprimé sa satisfaction pour son arrivée au gouvernement. «Il (Latortue) a vu que c’était un beau signal d’ouverture pour que nous puissions faire le lien avec la diaspora» a précisé Bayard qui a jugé, sans trop de modestie de sa part, qu’elle a été tout simplement écartée en raison de la crainte provoquée par son honnêteté et sa détermination à travailler pour le pays. Il nous est quand même difficile de la croire sur parole car comment comprendre qu’une personne aussi «intègre» ait voulu à tout prix s’intégrer à un gang de ripoux? Là encore, l’explication ne tient pas. Les porte-feuilles en «discussions» ont été finalement redistribués, l’avocat Georges Moïse, jusqu’ici conseiller juridique de Boniface Alexandre, obtenant le ministère de l’Intérieur et l’homme d’affaires Fritz Kénol au Commerce. Finalement la cérémonie d’investiture du cabinet ministériel au Palais national s’est tenue, et Gérard Latortue a pu faire un autre discours pour répéter les mêmes choses et s’excuser sans en avoir l’air de ne rien faire, lui et son équipe de «technocrates» pour améliorer la situation socio-économique, n’arrivant qu’à rendre pire cette dernière. De fait, il a péroré pour répéter: «L’organisation d’élections d’ici la fin de l’année est la mission la plus importante de la nouvelle équipe gouvernementale. Les élections sont le passage obligé pour remettre la démocratie sur les rails et revenir à un fonctionnement normal et régulier des institutions.» Pour sa part, le président de facto Boniface Alexandre a tenu à justifier l’opportunité de ces changements qui, a-t-il déclaré, pourront contribuer à améliorer le rendement du gouvernement. «Il s’est avéré utile en ce moment particulier de la transition d’insuffler un souffle nouveau dans la gestion des affaires de l’Etat, d’imprimer une nouvelle dynamique dans les rapports entre les gouvernants et les gouvernés, d’assurer une plus grande cohésion dans l’élaboration et la mise en œuvre des décisions politiques et administratives.» D’où viendra ce nouveau souffle qui pourrait regonfler ce ballon déjà crevé que ses tuteurs avaient gonflé pour le vendre aux autres partenaires de la communauté internationale et à la grande presse? Mais il restait à Boniface Alexandre à se défendre de la corruption qui l’a «éclaboussé» ainsi que Latortue, autant que leurs ministres qui n’ont rien d’autre à faire qu’à présider des séminaires organisés par leurs tuteurs. «Je ne peux manquer d’exprimer ma profonde inquiétude et mon irritation sans cesse croissante, face aux rumeurs diverses de malversations, qui éclaboussent certaines institutions de l’Etat. Que des sanctions exemplaires soient appliquées contre les coupables! Que des mesures soient adoptées pour décourager les apprentis corrompus et les corrupteurs», a-t-il clamé, sans doute pour établir des limites aux magouilles autorisées! Comme nous l’avions rapporté dans notre précédente édition, en réaction à ces petites modifications apportées dans l’équipe de facto, la «classe» politique macouto-bourgeoise s’est plutôt attardée sur l’incidence que pourront avoir celles-ci sur la réalisation des prochaines joutes électorales. En somme, pour signifier dans quelle mesure chaque secteur pourra tirer la couverture en sa faveur. Ce n’est donc, en définitive, qu’une lutte d’influence au sein de l’équipe de facto, n’ayant de près ni de loin, absolument rien à voir avec les revendications du peuple haïtien confronté quotidiennement à l’insécurité et à la misère. La baudruche est déjà crevée, pas moyen de la regonfler! En sa faveur, elle ne fait pas de déçus, car toute personne sensée savait bien à quoi s’attendre.
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