9 Fevrier, 2005

February 9, 2005

9 Fevrye, 2005
Vol. 22 No. 48

La Minustah travaille de concert avec la police haïtienne sur un plan de sécurité spécial à l’occasion du carnaval

Le premier jour des festivités carnavalesques organisées cette année sous le thème «Dantan m se kinan m» (Mon passé m’appartient) a pris fin dans la panique et dans le sang dans la capitale. Une dizaine de personnes, dont quatre policiers, ont perdu la vie au cours de ce dimanche 6 février. Les policiers en question, qui devaient accompagner le groupe musical Djakout Misik, ont été abattus par des individus à bord d’un véhicule de type pick up qui ont ouvert le feu dans la zone de Clairecine à la plaine du Cul-de-Sac. Les autres victimes, dont trois jeunes femmes, ont été pour leur part tuées près de Poste-Marchand, quasiment en plein centre de la capitale, vers les 11 heures du soir, alors qu’elles revenaient du carnaval.

Des policiers, qui accompagnaient deux de leurs collègues blessés à l’hôpital suite à l’attaque de Clairecine, ont imputé celle-ci aux ex-militaires dont ils ont décrit l’accoutrement habituel, tenue camouflage et vert olive. Évidemment le chef de ces derniers, l’ex-sergent Rémissainthe Ravix a décliné toute responsabilité de ses troupes, prétendant que ses hommes étaient restés à leur quartier général à Frères. Parallèlement, il a admis que certains de ses hommes se sont affrontés près de leur «base» à une patrouille de police au cours de cette même soirée du dimanche 6 février. Ravix qui affirme n’avoir pas riposté à ces policiers a toutefois indiqué avoir gardé en otage un de ces derniers sur un groupe de six qu’il avait fait prisonniers. Les cinq autres, a-t-il poursuivi, ont été remis à la Minustah. Une façon aussi de montrer les bonnes relations que lui et sa bande de bandits entretiennent avec les forces de l’ONU, alors que le chef du gouvernement de facto Latortue et son ministre de la Justice Bernard Gousse avaient proclamé avoir lancé un mandat d’arrêt contre lui depuis plus de deux mois.

D’ailleurs il a réaffirmé sa volonté de ne pas déposer les armes et décidé de maintenir le policier pris en otage à Mirebalais, jusqu’à ce qu’il récupère un de ses complices nommé Johnny, emprisonné par la police.

Au fait, la tension était à son comble ce jour-là et, aussi bien au Champ-de-Mars, point d’aboutissement du défilé carnavalesque, quand des tirs d’armes lourdes ont retenti de toutes parts vers les 11 heures du soir, provoquant la fuite de la foule dans toutes les directions. Les responsables de l’Hôpital de l’Université d’Etat (HUEH) ont dénombré plus d’une vingtaine de blessés et les téléspectateurs de la Télévision nationale (TNH), ont pu assister en direct à certains épisodes de cette pagaille..

Pourtant, les autorités de facto et la Minustah avaient annoncé toute une batterie de dispositions pour favoriser le bon déroulement du carnaval et assurer la sécurité des fêtards. Et encore heureux que cette année, la participation a été très faible et les stands au nombre d’à peine une quinzaine avaient été principalement érigés par des organismes publics. Ce qui veut dire que même les alliés et commanditaires du coup d’État n’ont pas voulu faire confiance à leur Premier ministre de facto et à ses mesures sécuritaires. Finalement, plusieurs bandes à pied qui participaient au défilé ont pour leur part transformé leurs refrains réguliers, pour entonner des airs favorables au retour au pouvoir du président Aristide.

Pour en revenir aux dispositions sécuritaires annoncées par les autorités de facto et la Minustah, à part celles prises à Pétionville où les militaires de la Minustah montaient la garde à chaque carrefour, il s’agit dans la capitale même, en grande partie, de mesures liées au changement du parcours traditionnel du défilé carnavalesque. «Les cortèges carnavalesques partiront du stade Sylvio Cator pour aboutir au Champ-de-Mars. Ces chars défileront de 14 heures à minuit. Tous les permis de port d’armes seront annulés provisoirement durant les trois jours du carnaval. Même un policier n’est pas autorisé à investir les périmètres de l’ambiance muni de son arme s’il n’est pas en service. Une cellule de sécurité spéciale a été conçue. La Minustah travaille de concert avec la police haïtienne sur un plan de sécurité spécial à l’occasion du carnaval», annonçait le mercredi 2 février la porte-parole de la PNH, Jessie Cameau Coicou, qui précisait que des instructions avaient été passées à l’Electricité d’Haïti (EDH) pour placer des projecteurs le long du parcours. Rien d’innovateur, la principale préoccupation de la Minustah et de la PNH restant la répression dans les quartiers populaires et non pas la sécurité en tant que telle…