9 Fevrier, 2005

February 9, 2005

9 Fevrye, 2005
Vol. 22 No. 48
Carte électorale ou opération de fichage?


le Premier ministre de facto, Gérard Latortue, a aussi réitéré sa volonté de se conformer à la décision de la «communauté internationale». «Advienne que pourra, les élections seront réalisées à la fin de l’année 2005, car le vœu de mon gouvernement est de remettre le pouvoir à un régime constitutionnel d’ici février 2006», a-t-il clamé.

Le Conseil électoral provisoire (CEP), la Mission des Nations unies pour la stabilisation d’Haïti (Minustah) et l’Organisation des Etats américains (OEA) ont organisé un atelier à l’hôtel Montana à Pétionville, le mardi 1er février, et déclaré en cette occasion vouloir unifier leurs efforts pour la tenue des élections à la fin de l’année.

Dans un document remis au gouvernement de facto la veille, le CEP indiquait que les élections municipales et locales sont prévues pour le 9 octobre, tandis que les deux tours des législatives et la présidentielle seront réalisés respectivement les 13 novembre et 18 décembre. Selon un des membres du CEP, Patrick Féquière, il reste désormais à l’Exécutif à convoquer la population. Toutefois, aucune date n’a encore été retenue pour l’enregistrement des électeurs ni l’inscription des partis et des candidats, ou l’ouverture de la campagne électorale.

Entre-temps, le représentant du secrétaire général de l’ONU en Haïti, Juan Gabriel Valdés, a annoncé à l’issue de cette rencontre du 1er février que «15 unités déjà constituées seront déployées à travers les villes de province dès le 9 février prochain dans le but de dresser l’état des lieux avant le lancement des opérations d’enregistrement des électeurs». Il a signalé que ces unités auront également la prérogative de fixer les points où seront placés les bureaux d’inscription, et réaffirmé sa confiance dans la tenue de bonnes élections et dit compter sur le soutien des pays de la Caricom au CEP. «Je crois que la semaine dernière nous avons vu comment dans un pays où il y a guerre, où il y a des bombes, comme en Irak, les gens participent, les gens ont montré au monde et à leur propre pays comment ils apprécient la démocratie, la liberté, la possibilité de choisir leurs autorités… Je crois que ça va être une expédition, pleine d’enthousiasme. On aura un processus électoral exemplaire en Haïti», a cyniquement proclamé Valdés.

Pour sa part, le Premier ministre de facto, Gérard Latortue, a aussi réitéré sa volonté de se conformer à la décision de la «communauté internationale». «Advienne que pourra, les élections seront réalisées à la fin de l’année 2005, car le vœu de mon gouvernement est de remettre le pouvoir à un régime constitutionnel d’ici février 2006», a-t-il clamé.

Pourtant de calendrier électoral soumis par le CEP n’a pas reçu l’assentiment des intéressés. Ainsi si Micha Gaillard du Conacom, et chargé par Latortue lui-même de la question de «dialogue national», l’a accueilli favorablement et estimé que «quel que soit le moment pour lequel la date des élections est fixée, elle sera favorable pour nous, car, le parti se prépare… Donc, qu’il s’agisse de septembre, octobre, novembre ou décembre, c’est la même chose pour nous», pour Evans Paul de la KID, l’intervalle entre les scrutins est trop réduit. Paul a émis beaucoup de réserves et s’est rabattu pour la circonstance sur la Constitution en demandant pourquoi le CEP n’avait pas respecté la Constitution qui réclame le dernier dimanche du mois de novembre pour les élections de la présidentielle.

Parallèlement, certaines personnalités de la vie nationale estiment qu’il est prématuré d’avancer une date pour l’organisation des élections avec la persistance des actes de violence dans le pays. Ces dernières catégories préconisent une meilleure planification de la sécurité avant toute tentative de publication de date.

De son côté, le ministre de facto de la Justice, Bernard Gousse, a annoncé l’adoption du projet du décret-loi électoral au conseil des ministres. Gousse qui a déclaré que le gouvernement a l’intention de publier le texte final dans Le Moniteur dans une semaine, après le carnaval du 6 au 8 février, a signalé que «de sérieux changements ont été apportés sur la carte électorale. Ce ne serait pas une carte d’électeur mais une carte d’identification nationale digitalisée ayant l’empreinte, la photo et d’autres informations de l’électeur. Dans un premier temps, cette carte permettra d’identifier tous les adultes à travers un ensemble de données recueillies. Dans un second temps, elle permettra d’identifier tous les citoyens. Et, nous estimons que nous avons près de 200 ans de retard sur ce point». Il s’agirait plutôt d’une opération de fichage des citoyens que d’une carte électorale proprement dite. Sans doute Gousse compte-t-il ainsi par là rattraper ces «200 ans», cependant il lui faudrait commencer par trouver des logis pour les électeurs qui, pour la plupart, n’en ont pas pour même fournir une adresse.