2 Fevrier, 2005

February 2, 2005

2 Fevrye, 2005
Vol. 22 No. 47

On aurait voulu faire croire que la nouvelle titulaire du ministère du Commerce, Marie Claude Bayard ne serait pas de nationalité haïtienne. Ce n’est pas ce qui aurait arrêté les dirigeants de facto dans leur décision. Quelle est donc alors la raison de ce report? Des négociations de dernière minute de partenaires insatisfaits quant à la distribution des rôles?
Près d’une année après l’installation au pouvoir du régime de facto à la diligence de l’impérialisme yankee, la situation socio-économique n’a fait qu’empirer à tous les niveaux. En outre après avoir promis monts et merveilles à ses mandataires, Washington leur a fait comprendre que leur principale tâche est la répression. À cela s’ajoutent la corruption à tous les niveaux, et la misère générale constitue la trame quotidienne du peuple.

Que faire pour donner le change, faire diversion, d’autant plus que le gâteau n’est pas bien gros et nombreux sont les «ayants-droit» qui attendent leur tour et frappent aux portes

Sur l’entrefaite, au début de cette semaine s’est effectué un remaniement du cabinet ministériel. En fait, pas grand-chose, puisqu’on ne voit pas ce que pourront changer ces permutations dans la routine de l’équipe de facto. À tout le moins, ce ne serait qu’une nouvelle phase du partage du gâteau entre les secteurs de la macouto-bourgeoisie. Ainsi, Danielle Saint-Lot, qui occupait le porte-feuille du Commerce, de l’Industrie et du Tourisme, cède sa place à une authentique représentante de la bourgeoisie, en la personne de Marie Claude Bayard, qui détenait jusqu’ici la présidence de l’Association des industries d’Haïti (ADIH), une organisation patronale membre du «Groupe des 184» d’André Apaid. D’autre part, un représentant de la féodalité, Michel Bernardin, jusqu’ici délégué départemental de l’Ouest, a été nommé à la tête du ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales en remplacement de l’ex-général Hérard Abraham, qui devient le nouveau ministre des Affaires étrangères. Les anciens ministres du Commerce et des Affaires étrangères, Danielle Saint-Lot et Yvon Siméon, ont donc simplement été remerciés. Pour justifier cette décision, intervenue le lundi 31 janvier, l’entourage du Premier ministre de facto Gérard Latortue a fait savoir qu’il «fallait redynamiser l’action gouvernementale». C’est assez clair?

Commentant ce remue-ménage, la «classe» politique macouto-bourgeoise a émis des opinions plus ou moins nuancées sur l’opportunité d’une telle opération. Le leader du KID, Evans Paul, a exprimé quant à lui ses inquiétudes ce mardi 1er février: «Nous ne savons pas quel programme accompagne ce remaniement. Nous ne savons pas ce qui a pu motiver ce changement. Nous ne savons pas s’il y a des secteurs qui cherchent à influencer le gouvernement à l’approche des élections.» Alors que Micha Gaillard du nouveau Front socialiste, s’est exprimé en ces termes: «Nous maintenons un soutien critique à ce gouvernement. Cette nouvelle équipe devra jouer sa partition de manière neutre dans la réalisation des élections. Nous aurons un regard particulièrement vigilant sur le nouveau ministre de l’Intérieur.» En fin de compte, le principal souci, c’est de savoir dans quel sens ce remaniement pourrait influencer le verdict des urnes aux prochaines élections.

Néanmoins, il faut se demander s’il n’y a pas une certaine relation entre ce «changement» dans le cabinet ministériel de facto et la récente visite à Port-au-Prince du conseiller spécial du Premier ministre canadien pour Haïti, le fougueux et bruyant Denis Coderre, lorsqu’on connaît la forte implication actuelle du Canada actuellement dans le dossier haïtien. Le représentant canadien a bouclé le samedi 29 janvier un séjour de trois jours dans le pays pendant lequel il s’est entretenu successivement avec le président de facto Boniface Alexandre, le Premier ministre de facto Gérard Latortue, les représentants des partis politiques et de la «société civile». Au moment de quitter Haïti, Coderre, dont le but de la mission aurait été le suivi de la «conférence de la diaspora» de Montréal des 10 et 11 décembre 2004, s’est prononcé une fois de plus sur la nécessité d’un dialogue national et la tenue des élections libres et inclusives. «Tout ce que nous souhaitons c’est d’accompagner les Haïtiens dans leur quête de démocratie» a-t-il indiqué, tout en feignant de nier l’existence du projet de mise d’Haïti sous protectorat sous le leadership de son pays. «Le Canada n’est pas impérialiste ni colonisateur mais accompagnateur», a déclaré Coderre, ce petit magouilleur de second plan qui croit avoir trouvé un terrain propice pour se faire valoir devant l’establishment capitaliste canadien. Mais le clou de son hypocrisie a été sa visite au Pénitencier national pour voir le Premier ministre Yvon Neptune, incarcéré arbitrairement depuis plusieurs mois pour des motifs politiques. «Je crois que le gouvernement Latortue devrait accélérer le processus légal. Nous sommes contre l’impunité, bien sûr. Des gens peuvent se retrouver coupables, mais nous devons nous assurer qu’il y avait un jugement», a prétendu «Petit-Cul» Coderre, un valet qui joue au proconsul et qui s’est tu toutefois sur les cas des centaines d’autres prisonniers politiques Lavalas qui croupissent dans les géoles du régime de facto. Quant au député Denis Coderre lui-même, il peut toujours parler d’impunité, car ses réponses à la commission d’enquête sur le scandale des commandites à Ottawa sont loin d’être satisfaisantes.

Pour revenir au remaniement du gouvernement de facto, un suspens est apparu au dernier moment, lorsque l’investiture des trois nouveaux ministres de facto, qui devait avoir lieu ce mardi 1er février à 4 heures de l’après-midi au Palais national, où le corps diplomatique, et les officiels du régime de facto étaient déjà présents, a subitement été reportée au jeudi 3 février. Selon le porte-parole de la présidence de facto, Michel Brunache, ce report impromptu est dû au fait que Latortue et le président de facto, Boniface Alexandre ont besoin d’un peu plus de temps pour voir clair sur la personnalité des trois nouveaux ministres.

C’est à croire donc que ceux-ci ont été nommés pour leur appartenance à telle ou telle famille politique comme souligné plus haut. On aurait voulu faire croire que la nouvelle titulaire du ministère du Commerce, Marie Claude Bayard ne serait pas de nationalité haïtienne. Ce n’est pas ce qui aurait arrêté les dirigeants de facto dans leur décision. Dans ses interventions sur les ondes, Michel Brunache avait formellement démenti ces rumeurs, affirmant que Bayard a un passeport haïtien et est née de mère et de père haïtiens. Quelle est donc alors la raison de ce report? Des négociations de dernière minute de partenaires insatisfaits quant à la distribution des rôles? En somme rien de bien significatif pour le peuple haïtien pour qui le marchandage entre les différents secteurs des classes dirigeantes ne saurait changer quoi que ce soit.