
Le président de la Commission de l’Union africaine, Alpha Oumar Konaré, s’est rendu le 18 janvier à Pretoria en Afrique du Sud pour rencontrer le président sud-africain Thabo MBeki et le président Aristide, afin de définir le rôle que pourrait jouer son organisation dans les démarches visant à résoudre la crise haïtienne.
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Depuis le battage de la grosse caisse faite par la «communauté internationale» autour de la nécessité d’organiser un «dialogue national», notamment suite à la visite du Premier ministre canadien Paul Martin, le gouvernement de facto semble ne pas vouloir ménager ses efforts pour le fabriquer, ce dialogue. En effet, depuis le 1er janvier, l’expression «dialogue national» revient incessamment dans les discours des dirigeants de facto. Un comité présidé par Micha Gaillard du Conacom a même été mis sur pied par le régime de facto pour initier les contacts avec les différents secteurs pour le préparer. Dans son adresse à la population, aux Gonaïves le 1er janvier, le président de facto Alexandre Boniface avait de surcroît prétendu vouloir tendre sa main au président constitutionnel, actuellement en exil en Afrique du Sud, Jean-Bertrand Aristide, pour qu’il apporte sa quote-part à la résolution de la crise. Et comme nous l’avions signalé alors, cet appel même feint provoquait des vagues au sein de la «classe» politique macouto-bourgeoise qui ne souhaite guère attribuer un quelconque rôle au président Aristide.
La récente rencontre du Conseil de sécurité des Nations unies s’est également déroulée autour de l’opportunité de ce dialogue national qui, selon les participants, devra conditionner la bonne marche du processus électoral. Incidemment le Conseil de sécurité s’était alors félicité de l’efficacité montrée sur le terrain par la Police nationale (PNH) et la Minustah dans la répression dans les quartiers populaires, tout en plaidant en faveur du renforcement de l’occupation de notre territoire.
C’est dans cette veine que le président de la Commission de l’Union africaine, Alpha Oumar Konaré, s’est rendu le 18 janvier à Pretoria en Afrique du Sud pour rencontrer le président sud-africain Thabo MBeki et le président Aristide, afin de définir le rôle que pourrait jouer son organisation dans les démarches visant à résoudre la crise haïtienne. «L’Organisation africaine entend contribuer à créer les conditions dans lesquelles un nouveau gouvernement pourra être démocratiquement élu en Haïti, et pour cela l’UA est prête à s’impliquer sur le terrain pour aider à restaurer la stabilité, créer un cadre pour un dialogue national sans exclusion et préparer la voie des élections», déclarait Konaré dans une conférence de presse en marge de cette rencontre. De son côté, le président MBeki disait: «Le point essentiel en Haïti est de démarrer un dialogue national, un processus de négociations pour trouver une solution politique et préparer des élections libres, afin que le peuple haïtien puisse élire le gouvernement de son choix.» Pour sa part le président Aristide a semblé se montrer favorable à la démarche de l’Union africaine, et il commentait: «Le peuple haïtien aurait bien aimé être là pour remercier MM MBeki et Konaré pour les efforts qu’ils sont en train de consentir pour aider à résoudre la crise.» Cependant, rien n’a été clarifié quant aux conditions qui devront être remplies pour l’établissement de ce dialogue, et surtout le rôle que devra effectivement jouer le président Aristide dans ces bons offices de l’Union africaine qui, par ailleurs, ressemblent à une reconnaissance du gouvernement de facto de Port-au-Prince.
Du côté de la Caricom pourtant, il n’y a pas d’équivoque en ce qui a trait à la reconnaissance de ce régime. En effet, l’organisation régionale a récemment soutenu que seule l’organisation de véritables élections en Haïti pourra permettre à ce pays de reprendre sa place au sein de la Caricom.
Mais, avec la réélection de George W. Bush, les leaders politiques, représentant les intérêts des classes dominantes, croient avoir le vent dans les voiles et, se montrant d’autant plus intransigeants, manifestent clairement voir d’un mauvais œil les démarches entreprises par le président de l’UA, surtout si le président Aristide devrait être inclus dans cette entreprise. Ainsi, si le nouveau coordonnateur général de l’OPL, Edgard Leblanc prenait un air détaché pour généraliser en ces termes: «Le dialogue national est très important pour nous. C’est une nécessité à ce que les divers secteurs de la vie nationale puissent se rencontrer et parler», son confrère le néo-duvaliériste Hubert De Ronceray du MDN se montrait plus tranchant et tout aussi effronté en excluant pour sa part toute possibilité de participation d’Aristide à ce fameux «dialogue national»: «Nous remercions l’UA pour l’intérêt qu’elle manifeste vis-à-vis d’Haïti. Cependant, nous pensons que l’UA devra maintenir certaines limitations dans ses démarches, parce que nous ne croyons pas qu’il est opportun de nous adresser à Jean-Bertrand Aristide qui représente le principal élément de malheur de ce pays.» Et son complice, le matamore de l’OPL, le «commandant» Paul Denis, extrapolait de préférence pour inviter le président Aristide à prendre une position publique pour se démarquer des actes de violence dans le pays.
Parallèlement, le sénateur Yvon Feuillé, en bon opportuniste, a pratiquement abondé dans le même sens que la macouto-bourgeoisie en estimant, sur les ondes d’une station de radio, qu’aucune condition n’était réunie pour que le président Aristide puisse revenir dans le pays. Il aura même envisagé la participation du parti Fanmi Lavalas aux prochaines élections, moyennant la satisfaction par le régime de facto de certaines revendications contre la répression et l’emprisonnement des militants et cadres Lavalas. Comment ces garanties pour la satisfaction de ces revendications seront-elles offertes à Feuillé? Lui seul le sait. Et sa position est loin d’obtenir l’adhésion des militants de base du parti Fanmi Lavalas, objets sans relâche de répression et d’assassinats, signifiant que Feuillé ne parlerait que pour sa propre personne.
De toute évidence, il est clair que ce prétendu dialogue national seriné par le gouvernement de facto, à la traîne de la communauté internationale, n’est qu’un artifice pour faire diversion et tenter de masquer la répression qui se poursuit contre les populations des quartiers populaires et les dirigeants de Fanmi Lavalas.
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