26 Janvier, 2005

January 26, 2005

26 Janvye, 2005
Vol. 22 No. 46
Répression et soumission:
Unique programme du gouvernement de facto


Jimmy Charles arrêté le 5 janvier, avec trois autres jeunes dans son quartier par les soldats de la Minustah, avait été remis par ces derniers à la Police nationale pour être incarcérés au service Anti-gang. Mais ses parents ont retrouvé son corps criblé de balles à la morgue de l’Hôpital de l’Université d’Etat (HUEH).
De prétendus bandits sont tués chaque jour dans les bidonvilles de Port-au-Prince par les agents de la Police nationale appuyés par les soldats de la Minustah. Des descentes de lieux se multiplient et en conséquence le nombre des victimes, qualifiées automatiquement de «chimères Lavalas» ou tout simplement «bandits» par les dirigeants de facto et leurs médias se chiffre par centaines.

Depuis le mois d’octobre 2004 l’intensification systématique de la répression dans les quartiers populaires s’étend, allant des arrestations illégales et arbitraires à des exécutions sommaires auxquelles même de jeunes enfants n’échappent pas. On se rappelle à ce propos le cas du petit Manno, Emmanuel Marcéus de son vrai nom, 9 ans, sauvagement massacré le 19 octobre par des policiers. Un témoin expliquait cet horrible assassinat en ces termes: «… Manno a reçu plusieurs balles; d’abord la première au pied et il est tombé et à terre, il faisait des gestes pour qu’on vienne à son secours. A ce moment un policier lui a tiré une balle au ventre et encore une autre et les tripes lui sortaient déjà. Encore une autre à la cuisse… Ce n’est pas tout, car il était pratiquement mort quand les policiers se sont avancés et ont littéralement shooté sa tête à coups de pied» (voir Haïti-Progrès, Vol 22 #33, 27 octobre au 3 novembre 2004)..

Il y a eu la tuerie de Fort-National le 26 octobre au cours de laquelle treize jeunes ont été abattus dans une maison. Des témoignages concordants ont révélé que les auteurs du massacre avaient débarqué à bord de quatre véhicules identifiés «Police». Ils portaient l’uniforme d’une unité spécialisée de la PNH (Police nationale d’Haïti).

Des dizaines de cas similaires sont enregistrés dans d’autres quartiers populaires comme celui d’une adolescente, Angela, tuée par la police à la Cité de Dieu le 4 janvier, avec quatre autres personnes déclarées «bandits» par la porte-parole de la PNH, Jessy Cameau-Coicou. A Carrefour, des policiers ont fait une incursion à la rue Titus le 7 janvier, tuant trois hommes, également présentés comme des «bandits». Désormais, tous ceux qui tombent sous les balles de la police sont affublés de l’étiquette de «bandit». On pourrait remplir plusieurs colonnes avec des exemples de ce genre auxquels il faudrait ajouter les centaines d’arrestations effectuées à Cité Soleil, Bel-Air, La Saline, Cité de Dieu, Fort National, etc., qui aboutissent souvent tout autant à des exécutions.

Ainsi en est-il, pour ne citer qu’un exemple connu et des plus récents, de l’assassinat du militant Lavalas Jimmy Charles, responsable d’une organisation populaire à Fort-National, et du journaliste Abdias Jean, correspondant d’une radio de Miami, la WKAT. Le premier qui avait été arrêté le 5 janvier, avec trois autres jeunes dans son quartier par les soldats de la Minustah, avait été remis par ces derniers à la Police nationale pour être incarcérés au service Anti-gang. Mais ses parents ont retrouvé son corps criblé de balles à la morgue de l’Hôpital de l’Université d’Etat (HUEH). Pour son père, Jean Charles Déus, il s’agit d’une exécution sommaire. Les tentatives d’explication de Cameau-Coicou selon lesquelles Jimmy avait été tué lors d’affrontements avec des policiers ne tiennent pas devant le fait que la victime se trouvait sous la responsabilité de la police après son arrestation. L’avocat Mario Joseph constatait ainsi: «Nous vivons une époque où l’on parle d’Etat de droit, de démocratie, du respect de la personne humaine, comment expliquer qu’une personne arrêtée et gardée par la police soit retrouvée assassinée.» Mario Joseph a annoncé, de fait, qu’il va porter plainte contre les autorités policières qui, on peut en être certain, ne recevront même pas sa plainte.

Et la Minustah, de son côté, a rejeté toute responsabilité dans la mort de Jimmy Charles. Son porte-parole, Damian Onses Cardona, a confirmé, le 15 janvier au cours d’une interview sur radio Solidarité, que les Casques bleus avaient remis Jimmy à des agents de la PNH après l’interpellation de ce dernier. Cardona a, bien entendu, annoncé qu’une «enquête» était en cours pour faire la lumière sur cet assassinat. Autrement dit, il s’en lave les mains et la PNH peut continuer le massacre au fil des «enquêtes» bidons.

Concernant la mort de Abdias Jean à la Cité de Dieu le 18 janvier, lors d’une opération policière, la mère de celui-ci, Raymonde Jean, est convaincue que son fils a été exécuté pour avoir été témoin des exactions commises par les policiers. Mais Jessy Cameau-Coicou voit dans ces déclarations des accusations gratuites portées contre la PNH. Avec arrogance et un toupet incommensurable, elle a lancé tout de go: «Si les parents de Abdias Jean croient que celui-ci a été exécuté, ils peuvent porter plainte. D’ailleurs c’est probablement un homme connu puisqu’on dit qu’il était étudiant à la faculté de Droit. Je dirais la même chose pour l’incident à la Tele Guinen. Comme je le disais déjà, la police n’a rien contre les médias en particulier.» Mais elle en a contre les témoins à charge! Et ce ne sont pas là des «bavures», des «accidents» dans le feu de l’action, il s’agit de meurtres qualifiés, commis de façon délibérée. D’ailleurs, le jour même du meurtre de Abdias Jean pendant l’intervention policière, une équipe de reportage de Télé Guinen était agressée par les agents.

D’autre part, le secrétaire général de l’Association des journalistes haïtiens (AJH), Guyler C. Delva, condamnant l’assassinat du journaliste, a affirmé disposer d’informations sûres selon lesquelles la victime a été poursuivie par des policiers jusqu’à l’intérieur d’une maison. Deux autres jeunes ont été abattus au cours de cette opération policière.

Mais en dépit de cette escalade de la répression, les masses populaires se montrent déterminées. Ainsi des centaines de manifestants ont gagné les rues dans le quartier de Bel-Air, le 20 janvier pour réclamer la fin des persécutions, le retour à l’ordre constitutionnel. Elles se disent plus que jamais attachées au président Jean-Bertrand Aristide malgré harcèlements et massacres opérés dans leurs rangs par les escadrons de la mort établis par le gouvernement de facto avec l’appui de la «communauté internationale» représentée par la Minustah. Il n’y avait qu’à voir la satisfaction manifestée par cette communauté internationale, lors de la réunion du Conseil de sécurité le 12 janvier dernier, pour le travail accompli par la PNH et la Minustah dans les zones populaires. Et on ne peut que constater que Gérard Latortue et sa clique n’ont pour toute mission que de se soumettre à ces directives et à tenter de mettre fin à cette résistance populaire pour faire place nette pour leurs patrons. Car, comme le dénoncent déjà même leurs complices frustrés, dans tous les autres domaines, même les secours aux sinistrés, ne relèvent, semble-t-il, pas de leurs compétences, quand ils ne leur enlèvent pas le riz de la bouche, comme on vient de le voir avec le dernier scandale.