19 Janvier, 2005

January 19, 2005

19 Janvye, 2005
Vol. 22 No. 45

En ce début d’année aussi, la Police nationale (PNH) et la Minustah ont intensifié leurs opérations répressives dans les quartiers populaires, où des centaines d’arrestations sont effectuées contre des personnes qualifiées de «bandits»...

Depuis le début de la nouvelle année, le gouvernement de facto prône un «dialogue national» et de surcroît «non exclusif», prétend-il, qui constituerait la voie de réussite pour la «transition» politique. Donc beaucoup d’appelés, sauf que pour la non-exclusivité, il y a un secteur qui pâtit plutôt et tout à fait spécialement de l’exclusivité de la répression. Car en ce début d’année aussi, la Police nationale (PNH) et la Minustah ont intensifié leurs opérations répressives dans les quartiers populaires, où des centaines d’arrestations sont effectuées contre des personnes qualifiées de «bandits», notamment par la porte-parole de la PNH Jessie Cameau-Coicou. À ce propos, pour être désigné comme tel, n’importe quoi peut constituer un motif d’arrestation: un tatouage ou une coiffure à la rasta, etc. En fait, c’est l’appartenance sociale et les quartiers qu’ils habitent de qui identifie ces gens aux yeux des dirigeants de facto. Ces derniers considèrent les masses populaires comme l’ultime obstacle à l’exécution du plan de leurs tuteurs étrangers visant à imposer la mise du pays sous protectorat non seulement de fait mais aussi de droit..

Tout est donc prétexte pour lancer des interventions policières dans les quartiers prétendus «à risques», comme les désignait littéralement Cameau-Coicou. C’est le cas par exemple d’une opération punitive en règle menée très tôt le lundi 17 janvier par des policiers à l’avenue Poupelard, dans la capitale, suite à une agression la veille par des individus non identifiés contre Raymond Lafontant, chef du cabinet particulier du Premier ministre de facto Gérard Latortue. Celui-ci avait été blessé la veille dans ce quartier par des bandits qui tentaient de voler sa voiture, selon la primature elle-même. Malgré tout, la police est intervenue brutalement, effectuant neuf arrestations, après avoir abattu un «bandit» ainsi désigné en accord avec la terminologie de Cameau-Coicou. Pourtant l’auteur de l’attaque contre ledit chef de cabinet aurait pu avoir été perpétrée par de véritables bandits n’habitant pas ce quartier, par exemple par des anciens militaires qui, comme on le sait, sont pratiquement les seuls à pouvoir porter des armes à leur guise et à agir en toute impunité. En outre, qui pourrait croire que des criminels seraient restés sur place en attendant l’intervention de la police après s’en être pris à l’un des bonzes du gouvernement de facto?

Parmi les personnes interpellées en cette occasion figurent une femme nommée Jeanne d’Arc François, son fils de 15 ans, et un ancien agent de police, Candio Marckel.

Ce même 17 janvier, le dénommé Ti Pouchon a été abattu par la police dans le quartier de Fort National. Plusieurs autres personnes ont aussi été arrêtées à cette occasion. Par ailleurs, les parents du militant Lavalas Jimmy Charles ont accusé la police d’avoir assassiné leur fils qui faisait partie d’un groupe de quatre personnes arrêtés le 5 janvier à Fort National par les soldats de la Minustah. Jimmy Charles avait été incarcéré au service anti-gang et son cadavre a été retrouvé à la morgue de l’Hôpital de l’Université d’Etat le jour même où il devait comparaître au tribunal. Le père de la victime, Jean Charles Déus a déclaré que son fils a été exécuté.

Jessie Cameau-Coicou n’en finit pas pour autant de découvrir des «bandits». Le 14 janvier, 18 personnes ont été interpellées à Cité de Dieu. Et dans une conférence de presse à ce sujet, elle a confirmé la mort de deux présumés bandits pendant cette opération policière. Coicou en a profité pour faire état de 122 arrestations effectuées la veille dans les quartiers de La Saline et Fort Touron. La Minustah opérait de son côté dans le quartier du Bélair le même jour, où sept personnes ont été arrêtées. A Cité Soleil, pour la journée du 10 janvier, 96 habitants ont été incarcérés. Durant cette opération des échanges de tirs ont été enregistrés entre les Casques bleus et des inconnus, qui ne faisaient point partie certainement d’un groupe d’une centaine! Par ailleurs, quatre soldats de la Minustah ont été légèrement blessés, et à Carrefour, au sud de la capitale, la police a encore frappé en abattant trois présumés bandits le 7 janvier. On aurait retrouvé sur l’un de ces derniers la carte d’identité d’un policier tué le 4 janvier à la rue Corseau. Mais pour un bandit exécuté selon la méthode expéditive qu’on se fait fort de reprocher aux foules, combien d’innocents subissent le même sort? Ce serait là le prix à payer pour le «dialogue national» auquel convie Boniface Alexandre et pour lequel la mouche du coche, Micha Gaillard, a finalement trouvé une sinécure pour le fabriquer.