
Patrick Féquière: "Les gens qui ont été révoqués, il n'y a pas de raison valable pour leur révocation. Alors qu'il y a des gens qui sont dans le Conseil électoral qui font partie de l'ancienne administration et qui sont toujours là…"
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Le Conseil électoral provisoire (CEP) installé par le gouvernement de facto au lendemain du coup d'État a beaucoup fait parler de lui depuis. Non pas pour ses réalisations mais surtout pour les scandales qui l'ont animé à répétition au cours de l'année 2004. Bien entendu des querelles d'argent qui, comme nous l'avions déjà commenté, recouvrent surtout des antagonismes entre les différents secteurs qui le composent. On croyait qu'à l'occasion de la fin d'année ils essaieraient tant bien que mal d'éviter de faire parler d'eux, mais malheureusement ayant bénéficié jusqu'à présent de l'impunité la plus totale, ils n'auraient pas prévu que leurs règlements de comptes internes pouvaient avoir des conséquences. La mise à pied d'une soixantaine d'employés juste à la veille des fêtes de fin d'année par le directeur général du CEP, Luc Augustin, ne pouvait que rebondir. En effet, le 23 décembre les employés congédiés, qui étaient affectés pour la plupart à la direction des opérations électorales, ont tenu une conférence de presse le 23 décembre à l'hôtel Le Plaza pour dénoncer leur révocation comme un acte arbitraire. "Nous tenons à signaler que cette mesure prise par cinq membres du CEP ne vise qu'à prendre en otage l'institution dans le cadre des prochaines élections" a dit le porte-parole des employés. Une déclaration qui ne dit pas tout, cependant, car le prétexte invoqué par Luc Augustin et les siens, c'est qu'ils avaient été embauchés irrégulièrement par l'ancienne présidente démissionnaire du CEP, Roselaure Julien, qui a été remplacée le 9 décembre par un autre représentant de la Conférence épiscopale (CEH), Pierre Richard Duchemin. "Embauchés irrégulièrement"? et c'est justement après le départ de Mme Julien qu'on s'en aperçoit? Pour Hover Leproux, lui aussi révoqué et qui était directeur adjoint de la direction des opérations électorales: "Près de soixante employés, des cadres de l'institution ont été révoqués six mois après leur nomination sous prétexte qu'ils ont été mal nommés. Tandis que d'autres qui ont été nommés au même moment n'ont pas reçu leurs lettres de mise en disponibilité… C'est cette politique discriminatoire que nous dénonçons (…) Il n'est pas possible que le pays continue sur cette lancée. Une chose est certaine, ces messieurs ne font que travailler quotidiennement pour la mise sous tutelle effective du pays (…) Ce ne sont que de piètres comédiens…" Il n'y a pas de doute, et un autre membre du CEP, le représentant des partis politiques non-alignés, Patrick Féquière, qui n'a pas appuyé ces révocations, a déclaré: "Les gens qui ont été révoqués, il n'y a pas de raison valable pour leur révocation. Alors qu'il y a des gens qui sont dans le Conseil électoral qui font partie de l'ancienne administration et qui sont toujours là…" Il a d'ailleurs fait remarquer que cette mesure a été prise par cinq membres sur neuf du CEP "Je pense, a-t-il dit, que c'est une décision administrative inacceptable, voire catastrophique, puisque voilà qu'elle engage le Conseil maintenant dans des dépenses qui auraient pu être évitées… Ces gens sont en train d'engager le Conseil à payer des prestations légales, des amendes proportionnelles à la révocation abusive et illégale, des dommages…La révocations des employés de la section des opérations électorales est arrivée alors que nous étions en train de planifier une mission pour la prise en charge des BED et BEC avec le soutien financé par l'OEA. Cette décision a été prise sans me consulter, et sans m'aviser." Il s'agit donc d'un véritable de comptes et surtout pour Luc Augustin de placer des gens de son secteur à ces postes pour effacer toute trace de l'ancienne présidente. Quant au projet de décret-loi électoral soumis aux partis politiques pour formuler des commentaires, le porte-parole du CEP Rosemond Pradel, a annoncé avoir déjà reçu environ une trentaine de suggestions. Il a indiqué que des modifications pourraient être apportées sur certains points du texte, particulièrement aux chapitres concernant le financement des partis politiques et la carte électorale. "Justement, déclarait-il sur les ondes d'une station de radio, même entre nous ces thèmes ont fait l'objet de vives discussions. Cependant, nous les avons laissés ainsi, en sachant que cela allait susciter beaucoup de réactions du côté des intéressés. Donc, tout le monde a réagi, nous sommes d'accord avec eux…" Il a aussi dit espérer que d'ici la mi-janvier 2005, les conseillers électoraux devraient soumettre le document définitif à l'exécutif pour sa publication en tant que décret électoral. Donc il va de l'avant, pourrait-on croire. Mais tout ne baigne pas dans l'huile, comme il voudrait le faire croire et comme on peut le voir. Ainsi, parmi d'autres leaders, Himler Rébu du GREH s'est emporté pour déclarer: "Nous avons adressé au CEP des remarques en 23 points relatives à plusieurs anomalies, plusieurs erreurs d'approche. D'une manière générale, il s'agit des erreurs faites par le CEP par rapport à ses prérogatives, car il ne pourrait remplacer le pouvoir exécutif dans les affaires des cartes électorales, du droit d'inscription des partis politiques qui est déjà reconnu par le ministère de la Justice…" Rébu a par ailleurs rejeté l'appréciation du Premier ministre de facto Gérard Latortue, selon laquelle, il y a trop de partis politiques dans le pays, et jugé pour sa part que l'organisation des élections dans le pays et le nombre de partis politiques habilités à y participer relèvent uniquement de la loi électorale. Pourtant, à l'occasion de la traditionnelle cérémonie d'échanges de vœux, le 29 décembre, Latortue avait lui-même réaffirmé son engagement à ne pas influencer les travaux du CEP.
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