
Le gouvernement de facto soudainement, à la suite de l'occupation de la résidence de Tabarre par ces ex-militaries, a entamé "l'indemnisatioin" de ces derniers en remettant deux chèques dits symboliques à deux d'entre eux lors d'une cérémonie organisiée à l'Académie de police le 28 déecembre.
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L'année 2004 est terminée et finie pour de bon. Mais pas comme l'aurait voulu ni souhaité le peuple haïtien. Car il avait commencé sous le signe de l'espoir, malgré tous les dangers qui s'amoncelaient. Mais on n'osa, sans doute, jusqu'au bout croire qu'en cette année de célébration du bicentenaire de cette Indépendance inscrite dans l'histoire de l'humanité qu'un quarteron "d'intellectuels et artistes" s'associerait aux patripoches, à des mercenaires indigènes et aux colons sur le retour et à "l'empire" pour perpétrer le crime.
Le coup d'État a bien eu lieu, même si ses maîtres d'œuvre ont tenu à l'habiller d'oripeaux divers, pour donner l'illusion, à qui voudrait y croire, qu'il s'agissait d'une révolte "civile". La presse étrangère fermera les yeux, cette fois, sur les milliers de victimes innocentes que le seul qualificatif de "chimères" devrait exclure du droit à la vie. Ils n'auront même pas à se casser la tête, car pour ce coup-là, à la place d'une junte militaire, les tuteurs auront même trouvé un "technocrate" civil, avec un bouffon en prime, tout à fait chien couchant, encore plus accommodant pour donner le change. La désinformation sera ainsi plus aisée pour faire avaler leur "démocratie" après avoir brisé la nôtre, celle pour laquelle le peuple a voté.
Mais en ce début de l'année 2005, les choses ne s'annoncent pas tellement bien pour les usurpateurs, car la répression ne sera pas venue à bout de la résistance populaire qui se poursuit et se manifeste régulièrement au cours de manifestations pacifiques et continue à réclamer le retour du président Aristide et à l'ordre constitutionnel.
Que font entre-temps les sbires de l'impérialisme, rassemblés au sein d'un gouvernement de facto? Ils poursuivent toujours, dix mois après avoir consumé leur forfait, un bouc émissaire, -dans le sang, chez les partisans et sympathisants du président Aristide, que leurs tuteurs ont kidnappé, chez ceux qui réclament le retour à l'ordre constitutionnel et la fin de l'occupation du pays. Que peuvent-ils faire d'autre, à part les massacres qu'effectuent pour eux les forces d'occupation, pour exorciser leur ineptie, leur servilité, leur incompétence. Ils n'ont d'ailleurs d'autre programme que l'attente d'un très hypothétique "milliard et plus" promis par leurs tuteurs.
Et quoi d'autre sinon faire face à leurs propres contradictions. Et aujourd'hui ne sont-ils pas pris avec leurs alliés ex-militaires et consorts, dont on n'aura pas voulu les débarrasser une fois l'ouvrage accompli. On les laisserait otages de leurs mercenaires?
Cela en a tout l'air. En effet, le gouvernement de facto soudainement, à la suite de l'occupation de la résidence de Tabarre par ces ex-militaires, a entamé "l'indemnisation" de ces derniers en remettant deux chèques dits symboliques à deux d'entre eux, lors d'une cérémonie organisée à l'Académie de police le 28 décembre. Chèques remis par le Premier ministre de facto Gérard Latortue lui-même, qui a pris le soin d'expliquer aux bénéficiaires que les "indemnités" leur seront versées en trois versements calculés en fonction du grade, par le cumul sur dix ans du dernier salaire perçu depuis la démobilisation, selon un calendrier qu'établira le "Bureau de gestion des militaires démobilisés (BGMD)". Ce montant sera ensuite majoré de 10% en compensation de l'augmentation du coût de la vie.
Au fait, l'un des chèques remis ce 28 décembre est d'un montant de 100 mille et le second de 38 mille gourdes. Selon Latortue, ces montants constituent le tiers du dédommagement dû par l'Etat haïtien aux bénéficiaires. Bien conscient de l'irrégularité de son geste, il s'en excusait presque en ronronnant: "Le gouvernement ne fait aucun cadeau aux anciens membres de l'armée. Au contraire, il leur remet une part de ce qui leur était dû", a-t-il dit, en donnant la garantie que son équipe mettra tout en œuvre pour offrir aux ex-militaires des emplois particulièrement dans le domaine de la sécurité publique. Rappelons cependant que le président de facto Boniface Alexandre avait récemment jugé non fondées les revendications de plus de dix ans d'arriérés de salaires formulées par les ex-militaires. Ce serait à se demander pourquoi ce revirement?
La veille, le ministre de facto de l'Intérieur et des Collectivités territoriales, l'ex-général Hérard Abraham, s'était, lui, entretenu avec les ex-militaires du département du Sud pour leur donner tous les détails: "Il s'agit d'une indemnité compensatoire et non une question de grade… Nous publierons la liste aussitôt que le gouvernement aura fini d'établir celle-ci…"
Pour leur part, les ex-militaires du Sud ont manifesté leur enthousiasme pour l'indemnisation. Cependant, ils ont réaffirmé qu'ils ne déposeront pas les armes pour autant: "Peu importe l'indemnisation et le nouvel emploi proposé par le gouvernement, nous aurons toujours une arme à la main." Les ex-militaires du Sud-Est et du Nord ont abondé dans le même sens: "Nous allons recevoir les indemnités mais, il ne sera pas question de remettre nos armes." Dans la foulée, les ex-militaires basés dans le Plateau Central ont réclamé la mise en branle d'une force spéciale de sécurité intérimaire. Cette proposition est soutenue par leurs collègues du Cap-Haïtien, des Cayes et de Jacmel. A l'issue d'une rencontre à Mirebalais, ils ont rendu publique une liste de noms d'anciens officiers devant former la commission nationale de sécurité, dont les anciens colonels Jacques Denis, Claudel Josaphat, Jodel Lessage, Emmanuel Altémar, Jean Jonas, Ramix Saint-Vil et Irvin Méhu. Quant aux ex-militaires du Centre, ils ont lancé un appel au dialogue aux secteurs concernés après un entretien avec un émissaire des "technocrates" ancien haut gradé de l'armée dissoute, Réginald Delva, à qui ils ont réclamé la levée de l'avis de recherche lancé contre leur "commandant" Ravix Remissainthe. Au bout du compte, cette liste de "commission de sécurités" ressemble tout à fait à une proposition pour la constitution de l'état-major de cette armée dissoute qu'ils voudraient reconstituer. Autrement dit, Gérard Latortue peut bien les cajoler, car ce faisant il ne fait qu'accepter ces terroristes, tels qu'ils ont été d'ailleurs souvent désignés même par leurs sponsors, comme de véritables interlocuteurs. Entre-temps aucune des victimes du coup d'État de septembre 1991 n'aura été indemnisé, tandis que leurs bourreaux qui étaient encore en service officiel à l'époque sont aujourd'hui récompensés.