Le gouvernement sud-africain a rejeté «avec mépris», comme le disait textuellement le communiqué du 18 octobre dernier de son vice-ministre des Affaires étrangères Aziz Pahad, les virulentes attaques du chef du gouvernement de facto haïtien Gérard Latortue qui, dans une de ses crises, déclarait que «M. Mbeki ne respecte pas le droit international. Aucun président respectable n’accepterait que quelqu’un sur son territoire organise la violence dans un autre pays», avait dit Latortue. La note sud-africaine indiquait en outre que «l’Afrique du Sud et le président Mbeki ne peuvent être utilisés comme boucs-émissaires pour l’échec des autorités intérimaires haïtiennes à apporter la paix et la stabilité». Ce qui tombait très justement, car comment imaginer que le président Aristide en arriverait à déstabiliser un homme aussi bien parrainé par la communauté internationale que Gérard Latortue. En fin de compte, ce dernier par cette sortie ne fait que reconnaître son incapacité et sa détresse.
Au fait, Latortue et son gang n’en sont pas à leur premier stratagème quand ils se sentent dépassés par les événements, et que leurs tuteurs ne peuvent leur souffler quoi faire. On se souvient en effet que le Premier ministre de facto Gérard Latortue, quelques heures après son installation au pouvoir par les Etats-Unis, allant au-delà de ses prérogatives constitutionnelles, était parti à l’assaut pour réprimander le Premier ministre de la Jamaïque et président en exercice de la Caricom alors, Percival Patterson, d’avoir accueilli dans son pays pour quelques semaines le président Aristide, après son kidnapping du 29 février. Dès sa première confé-
Des responsables politiques de l’ancienne opposition au gouvernement d’Aristide lui avaient alors emboîté le pas et tous les «grands diplomates» de sa trempe comme l’ex-sénateur Dany Toussaint, qui déclarait que «le président Aristide constitue une menace pour le pays…».
Donc, sept mois après l’installation des autorités de facto au pouvoir par Washington, alors que les droits les plus élémentaires de la population - comme le droit à la vie-, sont bafoués, de nouveaux prétextes sont évoqués pour tenter de faire diversion face aux revendications et à la mobilisation populaires.
Cette fois-ci encore, la clique de l’ancienne opposition au gouvernement constitutionnel est accourue. Sauveur Pierre Etienne, un des dirigeants de l’Organisation du peuple en lutte (OPL) et qui aspire certainement à remplacer le coordonnateur Gérard Pierre-Charles décédé tout récemment, en a profité pour se faire remarquer. Pierre-Étienne s’est donc écrié: «Aristide dirige depuis Pretoria cette campagne de violence qui frappe Port-au-Prince ces derniers temps», et il a réclamé que le gouvernement de facto lance un mandat d’arrêt international contre Aristide. «C’est une poignée de gangs, c’est de la violence qu’il y a dans le pays, des sommes fabuleuses sont entrées pour cela, des armes ont été distribuées; il est temps que les autorités gouvernementales assument leurs responsabilités en donnant aux ‘chimè Lavalas’ la réponse méritée…» a-t-il crié sur les ondes d’une radio de la capitale.
On comprend toute cette excitation de la part des putschistes car même leurs patrons ne paraissent pas avoir de solution toute faite à leur remettre pour endiguer la résistance populaire. De fait le gouvernement nord-américain a aussi voulu rendre les partisans d’Aristide responsables de «la violence». Richard Boucher, porte-parole du département d’Etat, a déclaré: «Au cours des deux dernières semaines, des voyous favorables à Aristide ont assassiné des agents de police, pillé des entreprises, des installations publiques et terrorisé les civils», ajoutant que son pays «est inquiet face à une possible implication de l’ex-président Aristide dans ces troubles depuis son exil». Les autorités françaises se sont rangées, elles aussi, bien entendu, derrière ces allégations en prétextant que l’ancien président Aristide semble encourager le climat de violence qui règne en Haïti par ses propos. On connaît la grande campagne de presse qui a été lancée par les grands médias pour tenter d’accréditer les accusations prétendant que les lavalassiens sont à l’origine des violences.
Cependant, tandis que ces secteurs de la «communauté internationale», des responsables de l’ancienne opposition et le gouvernement de facto sont unanimes pour lancer rageusement ces accusations, le président Aristide lui-même plaide encore en faveur d’un «dialogue» sous l’égide des Nations unies. Il se dit prêt à «dialoguer» avec les Etats-Unis et la France, les deux pays qui l’ont déstabilisé et renversé. Bien qu’il ait récusé les accusations portées contre lui et rappelé qu’il a toujours prôné la non-violence, en comparant assez justement ces accusations à l’affaire des «armes de destruction massive en Irak». «Ce n’est qu’un nouveau mensonge brandi pour justifier son crime. Nous avons toujours prôné la non-violence», a-t-il déclaré à propos de Latortue, qu’il a dénoncé pour avoir déchaîné un nouveau torrent de répression en Haïti, en cherchant un bouc émissaire par des mensonges.
Selon le président Aristide, Gérard Latortue doit reconnaître qu’il est un tueur, pour avoir déclaré allègrement le 1er octobre après la répression d’une manifestation populaire: «Nous avons tiré sur eux, certains sont tombés, d’autres blessés et d’autres encore ont fui».
Il est pourtant étonnant que malgré tout, le président Aristide soit à nouveau en train de vouloir dialoguer avec ses kidnappeurs, pour la deuxième fois depuis qu’il a été renversé. On se demande où peut mener cette politique de la main tendue? Une politique qui a déjà fait échec, durant son second mandat, face à l’opposition macouto-bourgeoise regroupée au sein de la Convergence et du Groupe des «184» d’André Apaid.