Encore un peu on aurait même oublié son existence et la grande aventure qui lui est confiée de préparer des élections pour l’année 2005. À part quelques menus scandales qui l’ont animé, comme les mésententes entre ses membres, des questions d’argent aussi, le CEP (Conseil électoral provisoire) n’aura pas mis jusqu’à présent grand-chose en place, ou si peu, pour parvenir à son objectif.
Mais les lundi 18 et mardi 19 octobre à l’hôtel Karibe Convention Center il organisait deux journées de travail avec des secteurs de ladite «société civile». Sa présidente Roselaure Julien prenait d’entrée de jeu la parole pour indiquer que «cette démarche s’inscrit dans le cadre de la recherche d’un large consensus avec des groupes organisés de la société civile qui constituent la mobilisation de la population électorale. Elle traduit la volonté du Conseil électoral provisoire d’écouter, d’apprendre et de comprendre pour mieux agir et être plus efficace. Je voudrais réaffirmer la volonté inébranlable du Conseil électoral provisoire d’organiser des élections libres, transparentes et démocratiques exprimant la volonté réelle du peuple. Je voudrais réitérer la garantie formelle que le vote populaire, si précieux, déterminant le choix des gouvernements, sera scrupuleusement respecté.» Il ne devrait donc pas y avoir de doute quant à sa détermination, s’il fallait la croire sur parole. Mais de la parole aux actes, contentons-nous de dire que Rose Laure Julien n’est qu’un pion, volontaire il est vrai, mais qui n’a qu’apparemment le pouvoir de faire ce qu’elle dit vouloir faire. Y aurait-il quelqu’un à croire que la «communauté internationale» et la macouto-bourgeoisie auraient réalisé un coup d’État contre le gouvernement élu par le peuple pour voir ce même peuple élire à nouveau des candidats de son choix ?
On pouvait donc facilement imaginer que ces deux «journées de travail» allaient plutôt faire dans la dentelle. En effet, ont été abordés les thèmes de toujours, plutôt favorables aux grands élans oratoires creux, entre autres l’intégration des femmes dans le processus électoral, la loi électorale, les registres civils, les conditions de sécurité et les mécanismes de collaboration entre les organisations de la société civile et le CEP. Le porte-parole de l’organisme a ainsi assuré que son équipe tiendra compte des propositions formulées pendant les deux jours de discussions. «Les recommandations de la société civile seront prises en compte et analysées en toute objectivité et de manière rationnelle. L’idée consiste à impliquer tous les acteurs dans le processus électoral» a indiqué Rosemond Pradel. «Tous» les acteurs, sauf la majorité à qui on n’aura plus qu’à demander le moment venu de voter.
Après ces deux journées de discours, qui n’auront pas eu grand écho, le CEP a donc cru bon le lendemain d’annoncer au moins une «réalisation» …à venir: l’installation prochaine des bureaux électoraux départementaux, communaux et les bureaux d’inscription à travers le pays. Il était temps, mais ce n’est pas encore fait.
Contre toute attente, si l’on ose dire, c’est un nouveau scandale au sein même du CEP qui est venu plutôt attirer l’attention sur son travail. Cette fois-ci, il s’agit d’une affaire de corruption mettant aux prises la présidente du CEP Roselaure Julien et son trésorier François Benoît. Julien a accusé son collègue d’avoir participé à une affaire de surfacturation aux dépens de l’institution électorale, à la suite d’un contrat intervenu entre le CEP et une compagnie spécialisée dans la télécommunication et la réfrigération, Accurate Satellite Access. Selon les informations disponibles, alors que le contrat en question avait été évalué à cinq mille dollars, la facturation affichait un montant de 29 mille dollars. Une différence assez appréciable.
Réagissant à ces accusations, François Benoît a voulu contre-attaquer et a fait savoir qu’il était incriminé simplement parce qu’il avait refusé de mettre sur le compte du CEP les dépenses d’une fête que la présidente Roselaure Julien avait organisée chez elle. «Je suis bien étonné d’entendre tout ce tollé m’associant à une quelconque malversation; et c’est pour la première fois dans l’histoire de ma famille que mon nom est associé à de telles choses. Je suis très fâché, mais je me suis abstenu de faire des déclarations à la presse sous l’effet de la colère, mais cela n’empêche que je n’accepte pas les accusations portées contre moi et je pense qu’il y a quelque chose à faire et je veux porter la question devant le Conseil», a déclaré Benoît. Mais toute cette envolée ne touchait point la question fondamentale de la surfacturation.
Rappelons qu’au mois de juillet dernier François Benoît avait été au centre d’un conflit lorsqu’il s’agissait pour ses collègues de l’élire au poste de trésorier qu’il occupe actuellement au CEP. Il faut se souvenir en outre que cette affaire n’avait pu être surmontée, sinon réglée, que grâce à l’intervention du Comité de suivi de l’accord sur la transition politique qui avait mis autour d’une table les deux groupes de conseillers en conflit..
Comme on peut le constater, l’animosité demeure, que ce soit pour des questions pécuniaires ou de luttes entre des factions des classes dominantes respectivement représentées au CEP. Car, l’organisme est évidemment l’espace tout indiqué pour ces factions de bien contrôler la bataille pour accaparer les moindres postes politiques dans les élections à venir. En conclusion, beaucoup d’eau va encore couler sous les ponts, et ce ne seront pas spécialement, comme on vient de le voir encore une fois, l’organisation des élections en tant que telle qui mettra le CEP sous les feux de la rampe.