|
Trois anciens parlementaires du parti Fanmi Lavalas, Rudy Hériveaux, Louis Gérald Gilles et Yvon Feuillé, qui venaient de participer à une revue de l’actualité de la semaine à l’émission « Ranmase » de Radio Caraïbes, le samedi 2 octobre, ont été emmenés les menottes aux poignets C’est sur ordre du gouvernement de facto que les agents de la PNH fortement armés et portant des cagoules ont encerclé pendant environ six heures de temps la station, avant d’y pénétrer par effraction en présence du juge Gabriel Ambroise pour arrêter les trois ex-sénateurs. Un autre de leurs collègues, Axmène Joseph, a été appréhendé lui aussi alors qu’il se rendait justement à Radio Caraïbes. L’ex-président du Sénat, Yvon Feuillé, a qualifié son arrestation «d’arbitraire et inconstitutionnelle », ajoutant: «Ils me kidnappent. Ils n’ont aucune raison de m’arrêter. C’est une arrestation illégale.». «Nous sommes pris en otages», lançait de son côté Gérald Gilles quelques heures avant son arrestation. Pendant que les autorités de facto tenaient un langage flou sur les chefs d’accusation, en affirmant d’un côté que ces dirigeants Lavalas sont les «auteurs intellectuels» des violences enregistrés ces derniers jours à Port-au-Prince, et de l’autre en prétendant que la police avait trouvé une mitraillette Uzi et un fusil d’assaut T65 dans un véhicule officiel utilisé par Feuillé. Un véhicule qui avait été conduit sur les lieux par les policiers et appartenant plutôt à l’ancien sénateur dissident Lavalas, Michel Renard, qui l’avait prêté aux membres du Front pour la reconstruction nationale (FRON) de Guy Philippe. Pourtant le juge Gabriel Ambroise a eu le toupet d’affirmer qu’il était en présence d’un cas de flagrant délit qui lui permettait de procéder à l’arrestation de M. Feuillé sans avoir besoin d’un mandat. Et les trois autres parlementaires? De son côté, le ministre de facto de la Justice, Bernard Gousse, a déclaré que ces parlementaires ont été appréhendés en «flagrant délit», pour la mort d’au moins 5 policiers, dont deux avaient été retrouvés décapités par des inconnus et il voulait rejeter la faute sur les lavalassiens. Faute de preuves, Gousse qui entendait réciter un manuel de Droit, racontait: «On entend par flagrant délit, un crime qui vient de se commettre ou qui est en train de se perpétrer pour lequel les clameurs publiques le dénoncent. Le gouvernement a des preuves solides quant à l’implication des dirigeants du parti Lavalas dans les récentes violences.» C’est justement ces preuves qu’il n’arrive point à fournir. À tel point qu’on se demande si les assassinats des policiers en question perpétrés le 30 septembre ont été commis une «seconde fois en flagrant délit» dans les locaux de Radio Caraïbes le 2 octobre? «C’est un très mauvais précédent pour la station. Ces hommes-là étaient les invités d’une émission. Ils sont localisables. Pourquoi choisir de les arrêter ici ? En signe de protestation Radio Caraïbes va cesser d’émettre jusqu’à nouvel ordre » a déclaré pour sa part le directeur de Radio Caraïbes Pierre Moussignac qui faisait aussitôt éteindre les émetteurs de sa station. Quant à l’avocat des dirigeants Lavalas, Reynold Georges, il a mis au défi le gouvernement de facto de prouver la culpabilité de ses clients. «En matière pénale, la responsabilité est personnelle», a-t-il dit en faisant du même coup la leçon au ministre de la Justice. Le Premier ministre de facto Gérard Latortue évoquait la possibilité que l’un des quatre parlementaires allait être relâché dès lundi, du fait que sa «participation n’a pas été prouvée» dans les événements du 30 septembre, mais jusqu’au mardi 5 octobre aucune libération n’était intervenue. Son montage est trop grossier, allant jusqu’à recourir à des corps décapités pour rappeler l’Irak, et il ne peut que se reposer sur l’arbitraire et dévoiler que la répression est ouverte, sans aucune garantie légale pour tous ceux qui s’opposent et ceux qui finiront par s’opposer à son régime fantoche de facto. C’est d’ailleurs la seule voie qui s’ouvre à lui et à ses tuteurs pour le maintenir face aux difficultés et contradictions qui s’accumulent…
|