6 Octobre, 2004

October 6 2004

6 Oktòb, 2004
Vol. 22 No. 30
Anniversaire du coup d’Etat du 30 septembre 1991
Encore la répression!


Ils étaient des milliers ce 30 septembre à cette grande mobilisation pour réclamer le départ du gouvernement de facto, la fin du règne de l’arbitraire et de l’occupation étrangère, la libération de tous les prisonniers politiques dont les membres et sympathisants Lavalas incarcérés illégalement dans les neuf départements géographiques du pays, le retour à l’ordre constitutionnel et le retour physique du président Aristide.
Des membres de la Minustah assistés d’agents de la Police nationale et de civils armés ont dispersé le jeudi 30 septembre une manifestation populaire de plus d’une dizaine de milliers de partisans et sympathisants Lavalas, organisée à Port-au-Prince dans le cadre des trois journées de mobilisation des 29, 30 septembre et 1er octobre pour commémorer le 13e anniversaire du coup d’Etat sanglant perpétré le 30 septembre 1991 contre le président Aristide au cours de son premier mandat. La veille, des habitants des quartiers populaires avaient indiqué avoir vu des individus circulant dans des véhicules sans plaques d’immatriculation et transportant des lots de pneus susceptibles d’être utilisés pour perturber cette protestation pacifique.

Mais en dépit des intimidations la manifestation partie vers les 10 heures du matin du Belair sous la direction de la Cellule nationale de réflexion des organisations populaires de base Fanmi Lavalas et la Fondation 30 septembre a parcouru plusieurs rues de la périphérie et du centre de la région métropolitaine, passant à Sans-Fil, Tiremasse, Caravelle, Saint-Martin, Delmas 4, Delmas 2, Mgr Guilloux, Fronts-Forts, Montalais, Geffrard, Oswald Durand, etc. avant d’être dispersée par des rafales d’armes automatiques, non loin du Palais national, où un impressionnant dispositif de sécurité avait été installé. Des soldats de la Minustah y étaient postés, et des chars placés à différents endroits.

Ils étaient des milliers ce 30 septembre à cette grande mobilisation pour réclamer le départ du gouvernement de facto, la fin du règne de l’arbitraire et de l’occupation étrangère, la libération de tous les prisonniers politiques dont les membres et sympathisants Lavalas incarcérés illégalement dans les neuf départements géographiques du pays, le retour à l’ordre constitutionnel et le retour physique du président Aristide.

La veille, dans la matinée, une messe d’action de grâces en mémoire de toutes les victimes du coup d’Etat du 30 septembre 1991 et de celui du 29 février 2004, avait été chantée à l’église du Perpétuel Secours du Belair par le père René. Dans son homélie, ce dernier faisait état de la situation lamentable des masses populaires et des sinistrés des des Gonaïves. Une exposition des photos des victimes de ces deux coups d’Etat a été présentée par la Fondation 30 Septembre. Selon le porte-parole de cette organisation, Wilson Mésilien, ces photos ont été exposées pour permettre à la population de se souvenir des crimes odieux dont elle a été l’objet de la part des militaires conduits par Raoul Cédras et Michel François, et des bandes paramilitaires du Fraph financé par la CIA et dirigé par Emmanuel Toto Constant et Louis Jodel Chamblain. Wilson Mésilien, qui a rappelé que le coup d’Etat de 1991 avait causé la mort de plus de cinq mille personnes, a déclaré déplorer que les bourreaux courent toujours les rues en toute impunité. «Tout bourreau doit être traduit en justice pour répondre de ses actes», a-t-il déclaré, en invitant l’administration nord-américaine à remettre les documents volés par ses soldats en 1994. Un porte-parole des militants Lavalas, Rodolph Pierre, a dénoncé l’insécurité, les kidnappings en nette progression à travers le pays, la vie chère et les persécutions politiques exercées contre les classes défavorisées. Il a déclaré que les militants Lavalas resteront mobilisés jusqu’au retour à l’ordre constitutionnel, en appelant la communauté internationale à passer des ordres à leurs laquais pour qu’ils cessent les pratiques arbitraires contre les couches défavorisées du pays. Plusieurs manifestants ont été blessés et d’autres arrêtés par la police.

Face au désordre qui s’est installé tôt dans la matinée du 30 septembre, où des individus non identifiés avaient érigé des barricades de pneus enflammés dans certaines artères de la capitale, des responsables de la Cellule de base Fanmi Lavalas avaient dénoncé ces provocations, visant à rejeter le blâme de ces violences sur les manifestants. Il était clair, en effet, que les autorités de facto avaient planifié ce stratagème. C’est ainsi qu’en réponse à une question, le directeur général de la Police, Léon Charles, a prétexté que les incidents qui se sont produits ne permettaient pas de croire que la manifestation serait pacifique. Mais comment les organisations populaires qui ont pris soin d’annoncer à la police dans une lettre datée du 24 septembre qu’elles allaient organiser une manifestation ce jeudi à l’occasion du 13ème anniversaire du coup d’Etat militaire de 1991 pouvaient-elles vouloir perturber leur propre mouvement?

La vérité est venue de la bouche même du Premier ministre de facto Gérard Latortue qui, dans son arrogance, a ouvertement et sans doute involontairement reconnu: «Nous avons tiré sur eux, certains d’entre eux sont tombés, d’autres blessés et d’autres encore ont pris la fuite», s’est-il réjoui lors d’un point de presse, où il se félicitait d’avoir le contrôle de la situation, et annonçait son intention d’interdire toutes les manifestations Lavalas. Ainsi dévoilait-il clairement son plan pour mettre fin à des manifestations qui, loin de s’essouffler, prennent de plus en plus d’ampleur contre son régime de facto et ses tuteurs les occupants étrangers. D’autant plus que le titulaire de facto de la Justice, Bernard Gousse, a abondé dans le même sens, taxant de «terroristes» les actions des organisations populaires Lavalas. «En consultation avec le Premier ministre, nous avons donné l’ordre d’interdire la manifestation. Ce n’est pas une question de violation de droits humains, ce n’est pas une question de violation de quoi que ce soit car la population sait quand il s’agit d’exprimer ses opinions, nous n’avons aucun problème», a-t-il prétendu sans vergogne.

Pour leur part, les organisateurs de la manifestation ont rejeté les déclarations du gouvernement de facto selon lesquelles la manifestation n’était pas une manifestation pacifique. Deux des responsables, Jean-Marie Samedi et Lesley Farreau ont précisé que personne ne disposait d’armes dans cette manifestation. Pour Farreau, les autorités de facto et la police avaient leur plan, et l’ont mis à exécution. «Il s’agissait d’un plan bien ficelé pour disperser les manifestants et empêcher la communauté internationale de voir l’ampleur du mouvement Lavalas», a-t-il fait remarquer. Surtout avec la présence de nombre de correspondants et de délégations étrangères dans le pays en rapport avec la catastrophe des Gonaïves.

Un porte-parole de Fanmi Lavalas, Gilvert Angervil, a nommément désigné le gouvernement de facto de Latortue d’être responsable des violences. «Le gouvernement en place a procédé au recrutement de bandits armés pour tirer sur des policiers, s’attaquer aux magasins du centre-ville pour tenter d’en faire porter la responsabilité aux partisans Lavalas», a-t-il signalé. Des propos corroborés par trois autres membres de Fanmi Lavalas, Rudy Hériveaux, Yvon Feuillé et Gérald Gilles, lors d’une émission intitulée «Ranmase» à Radio Caraïbes le 2 octobre. Ce qui a eu l’heur de déplaire aux autorités putschistes qui ont aussitôt procédé vers les six heures du soir à l’encerclement de la station et à l’arrestation de ces trois ex-sénateurs.

Le gouvernement de facto Alexandre/Latortue, face à une contestation qui grossit continuellement affiche son vrai visage, ne se donnant même pas la peine d’opérer ses arrestations avec un mandat et lançant même des «frappes préventives». D’ailleurs, comme des observateurs l’ont déjà signalé, les tortionnaires sont revenus à l’avant-scène et reconstituent les réseaux d’un pouvoir dictatorial répressif. Ce n’est pas par accident que l’ex-général Hérard Abraham, - qualifié de «général» par le ministre des Affaires étrangères du Canada Pierre Pettigrew lors de sa visite en Haïti la semaine dernière - trône sans trop se faire remarquer au ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique. Il a déjà cependant appelé à ses côtés comme «conseillers», entre autres l’ex-colonel Henri-Robert Marc-Charles de même que le tortionnaire et bourreau l’ex-général Williams Regala, membre du CNG (Conseil national de gouvernement) de triste mémoire à la chute des Duvalier en 1986. Les «techno-démocrates» tentent ainsi de briser la mobilisation populaire. Mais cette fois, rien ne pourra arrêter le peuple haïtien dans sa lutte bicentenaire pour la liberté, la justice sociale. Au contraire, les couches les plus défavorisées comptent maintenir leur mobilisation et, ce sont des milliers de manifestants qui ont envahi spontanément les rues du Cap-Haïtien, au moment même où les autorités de facto pratiquaient la répression à Port-au-Prince.