1 Septembre, 2004

September 1 2004

1 Septamn, 2004
Vol. 22 No. 25

Il ne fait pas de doute que les anciens militaires bénéficient de hautes complicités pour se permettre de tels agissements sans provoquer de réaction de la part des tuteurs du gouvernement de facto.
Les ex-militaires s’enhardissent de plus en plus comme nous le rapportions dans notre édition du 18 août dernier («Les ex-militaires sur pied de guerre», Haïti-Progrès, Vol. 22 No 23, 18-24 août 2004). Et ce n’était alors qu’un début. En effet, dans l’après-midi du 27 août, un groupe de plus d’une centaine d’entre eux, conduits par l’ex-capitaine Ravix Rémicinthe, a pris le contrôle du commissariat de police de Petit-Goâve. Les occupants du poste, une dizaine de policiers, ont pris la poudre d’escampette. La Minustah (Mission des Nations unies pour la stabilisation d’Haïti), sensée se trouver dans le pays pour «rétablir l’ordre et la sécurité», a attendu environ quarante-huit heures pour dépêcher ses soldats sur les lieux, mais ces derniers, installés dans des blindés et appuyés par un hélicoptère ont rebroussé chemin, prétendant que c’était en raison de l’appui de la population aux anciens militaires. Pourquoi n’agiraient-ils pas de cette manière face aux sympathisants de Fanmi Lavalas?, c’est à se le demander.

Au cours de la journée du 29 août, les ex-soldats ont repeint le commissariat en jaune, la couleur des anciennes casernes des ex-Forces armées d’Haïti (FADH) dissoutes en 1994 par le président Aristide. Ils ont indiqué ainsi assez clairement les mobiles de leur action, comme l’affirmait leur chef Ravix Rémicinthe: «Nous ne pouvons pas fêter le bicentenaire de l’Indépendance du pays sans les forces armées haïtiennes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les militaires sont mobilisés à travers les neuf départements pour assumer leurs responsabilités. Le gouvernement doit nous encadrer dans cette initiative » a déclaré cet individu.

Il ne fait pas de doute que les anciens militaires bénéficient de hautes complicités pour se permettre de tels agissements sans provoquer de réaction de la part des tuteurs du gouvernement de facto. Les ex-militaires du Nord et de l’Artibonite ont aussitôt d’ailleurs suivi ce mouvement et annoncé le rétablissement de leurs bases dans ces régions. A Jacmel, ils ont envahi, le 30 août, les locaux de Radio Timoun pour y établir un campement. Donc tout est train d’être mis en place pour qu’ils aboutissent à leurs fins.

Leurs alliés potentiels et autres n’ont pas tardé à se mettre au diapason. Critiquant la gestion du dossier des militaires démobilisés par l’équipe gouvernementale de facto, l’ancien colonel Himler Rébu s’est dépêché de dire qu’avec cette occupation du poste de police de Petit-Goâve, la situation devient irréversible et les autorités ne peuvent qu’accepter le fait accompli. Le néo-duvaliériste Hubert De Ronceray, ce mardi 31 août, pour sa part, déclarait sur Télé Éclair que la position des anciens militaires «annonce un début de solution». L’acceptation de ce mouvement paraît dictée en haut lieu, puisque même les grands mandarins de la bourgeoisie de la sous-traitance ne s’en sont point alarmés. Le second d’André Apaid, Charles Baker ne trouvait rien d’autre à dire qu’il trouvait que le Premier ministre de facto Latortue avait trop laissé traîner cette question. Quant à André Apaid lui-même, il indiquait que les ex-militaires ne devaient pas se laisser manipuler. Sous-entendu par le secteur macoute, car il voudrait bien qu’ils soient uniquement à sa solde, évidemment. En fait bourgeoisie et féodaux ont tous deux besoin d’une force répressive centralisée pour tenir le peuple qui ne pourra point accepter la misère croissante que lui réserve leur projet. Le ministre de l’Intérieur de facto avait beau annoncé que 2700 ex-militaires suivaient l’entraînement pour être intégrés à la Police nationale et que 2000 autres pourraient être appelés, cela n’a point refroidi l’ardeur de Ravix Rémicinthe qui ne l’entend de cette oreille et qui tient à la reconstitution de l’armée. D’un point de vue personnel, Rémicinthe se voit déjà «général» et il n’a aucune raison d’accepter un job de commissaire. Surtout qu’il bénéficie certainement de grandes complicités.

Entre-temps, Gérard Latortue qui ne semble pas vouloir toucher à la question des revendications des ex-militaires, à savoir  le rétablissement de l’armée et le paiement de plus de «10 ans d’arriérés de salaire», parce que selon lui, son gouvernement n’est pas habilité à traiter ce dossier, a procédé le lundi 30 août à l’installation d’une commission dénommée commission interministérielle de fonds de pension des militaires dont la tâche sera « d’étudier les possibilités de régularisation de la pension de retraite des militaires qui y ont droit ou de remboursement des cotisations de ceux qui n’avaient pas réuni les conditions exigées par la loi régissant la matière et de faire les recommandations nécessaires au ministère de l’Economie et des Finances » stipule l’arrêté présidentiel créant cette structure.

Cependant de son côté, Ravix Rémicinthe, chef de file des ex-militaires, rejette le projet gouvernemental relatif au versement des fonds de pension. D’après Rémicinthe, les dirigeants feraient mieux de s’en tenir qu’aux revendications des ex-militaires.

En définitive, ce problème est loin d’être résolu. Pour cause, ces derniers qui semblent avoir l’appui du secteur macoute n’entendent pas faire marche arrière sur la question de la reconstitution des FAD’H alors que le gouvernement de facto pencherait plutôt pour l’intégration des ex-militaires dans la PNH et dans la perspective des prochaines élections le secteur bourgeois dissimule sa désapprobation de l’emprise des militaires. Dans tout cela, l’ambassadeur des Etats-Unis joue un jeu obscur, et jongle à sa guise avec le gouvernement de facto, mais les contradictions ne sont pas solubles suivant une grille préparée d’avance.