1 Septembre, 2004

September 1 2004

1 Septamn, 2004
Vol. 22 No. 25

Renaud Muselier, arrivé dans la matinée du lundi 30 août en Haïti, était chargé par le Quai d’Orsay de «faire le point de l’ensemble des programmes bilatéraux » de la France avec ses obligés en Haïti.
«Je n’oublie pas l’accueil que m’ont fait les étudiants de l’université d’Agronomie de Port-au-Prince et leurs professeurs» écrivait le ministre des Affaires étrangères Michel Barnier le 26 août dernier dans les colonnes du journal Libération pour vanter «le retour» de la France en Haïti à la faveur du coup d’État («Le Quai d’Orsay n’a pas abandonné Haïti», M. Barnier, Libération 26-08-04). Son second, Renaud Muselier, aurait aimé en dire autant lors de la visite qu’il effectuait ce lundi 30 août à l’hôpital Sainte-Catherine du quartier populaire de Cité Soleil. Mais tel n’a point été le cas, et l’article de son supérieur immédiat aura donné trop confiance à Muselier qui n’était pas encore revenu de sa surprise dans la soirée de ce jour.

En effet, comme il l’a lui-même conté, cela faisait une vingtaine de minutes qu’il paradait dans ce centre de santé avec sa délégation composée d’une dizaine de membres et de gardes du corps quand un groupe de plus de trois cents personnes ont encerclé l’hôpital. Et de 1h30 à 2h00 de l’après-midi Muselier et compagnie se trouvaient assiégés et incapables de bouger pour sortir. De la foule de manifestants jaillissaient des pierres et des tirs d’armes à feu, et les gendarmes français qui l’accompagnaient ripostaient. Dans l’échange qui s’ensuivait, au moins un des assaillants perdait la vie, un gendarme français et un policier haïtien étaient blessés.   Il se trouvait parmi les manifestants, des personnes qui réclamaient le retour physique du président constitutionnel Jean Bertrand Aristide, car il ne faudrait pas oublier le rôle lamentable qu’a joué le gouvernement français en complicité avec Washington dans le kidnapping du président Aristide.

D’après des témoins certains ont carrément exprimé ce lundi leur mécontentement contre la présence dans la zone des officiels haïtiens et étrangers, en scandant des slogans en faveur du président Aristide. Pourtant le vice-ministre des Affaires étrangères français aurait dû être sur ses gardes car tous les Haïtiens ne sont pas des René Dépestre, des Lyonel Trouillot et co., et ils acceptent très mal l’occupation de leur pays. Régulièrement d’ailleurs, même si la presse bourgeoise fait silence là-dessus, des blindés de la Minustah sont bombardés de pierres quand ils font une incursion à Cité Soleil. C’est en fait pendant deux heures de temps que Muselier est resté pris, et il a fallu l’intervention de blindés et d’hélicoptères de la Minustah pour le tirer d’affaire. «J’ai été exfiltré par la MINUSTAH avec l’appui de deux hélicoptères et de deux véhicules blindés», a-t-il avoué lui-même. «On nous a caillassés» a dit le Parigot, représentant de la France franchouillarde, qui n’a pas encore mis de côté son «Petit Lavisse» comme guide avant de se rendre dans les «colonies». Il a par ailleurs reconnu qu’il se trouvait dans une situation extrêmement délicate car des barrages leur interdisaient la sortie du bidonville à lui et à ses accompagnateurs.

Renaud Muselier, arrivé dans la matinée du lundi 30 août en Haïti, était chargé par le Quai d’Orsay de «faire le point de l’ensemble des programmes bilatéraux » de la France avec ses obligés en Haïti. Avant son départ pour assister à l’investiture du nouveau président panaméen Martin Torrijos, il a eu un entretien avec plusieurs personnalités étrangères et haïtiennes dont le chef de l’Etat putschiste Boniface Alexandre et le Premier ministre de facto Gérard Latortue, sous l’œil vigilant des militaires de la force onusienne.

À Latortue, il aura certainement fait des reproches pour ne pas l’avoir averti qu’il n’allait pas être le bienvenu à Cité Soleil. Ses amis de l’ambassade des Etats-Unis, qui y ont leurs espions, auraient pu au moins lui mettre la puce à l’oreille! Car ils étaient des centaines à se masser devant les locaux de l’hôpital Sainte-Catherine à Cité Soleil pour dénoncer l’occupation du pays par des étrangers en cette année du Bicentenaire. «Nous resterons mobilisés pour résister jusqu’au bout au gouvernement de facto établi par l’occupant tant que nous n’aurons pas notre président», ont lancé des manifestants qui ont fait remarquer qu’ils ne se laisseraient pas intimider par la chasse à l’homme entreprise par les autorités putschistes pour les empêcher de revendiquer leurs droits.

Au cours de cette manifestation spontanée, il s’en est suivi une grande panique au sein de la police nationale et des membres de la Minustah qui étaient intervenus pour réprimer les manifestants en tirant ça et là comme des écervelés. Une personne a même péri quand un blindé l’a heurté.

Pour sa part, René Monplaisir un porte-parole des militants Lavalas, a inscrit les violences à l’hôpital Sainte Catherine dans le cadre des manœuvres de certains secteurs du pays pour tenter de mettre les bâtons dans les roues des habitants des quartiers populaires qui exigent le retour du président constitutionnel. « Nous savons pertinemment que les riverains des quartiers populaires qui se mobilisent pour le retour d’Aristide sont très mal perçus par certains secteurs de la vie nationale», a-t-il signalé. René Monplaisir a informé qu’aux côtés des policiers en uniforme du CIMO et de la police administrative, des hommes en civil lourdement armés ont été également remarqués à cité Soleil. Donc même si Renaud Muselier s’est voulu affirmatif en dénonçant les «chimères» sur les ondes, il n’est pas absolument certain que les tirs venant du côté des manifestants étaient leur fait, mais il est tout aussi évident qu’il devrait comprendre à présent que la cohabitation du gouvernement français avec le régime de facto et son refus de discuter de la question de la «restitution de la dette de l’Indépendance», de même que le néocolonialisme, sont très mal vus par le peuple haïtien.