
«Ce que nous faisons aujourd’hui est une marche pacifique et non violente pour dire que nous n’entendons pas reculer conformément à la Constitution qui reconnaît notre existence en tant que membres de la force publique...»
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Un mois avant la fin du délai imparti par le Conseil supérieur de la police nationale (CSPN) aux groupes armés, principalement les militaires démobilisés, pour déposer leurs armes, plus de 150 anciens membres des Forces armées d’Haïti (Fadh) dissoutes en 1995 ont défilé le dimanche 15 août dans plusieurs rues de la capitale pour signifier, ont-ils dit, que «l’armée ne dort pas».Portant pour la plupart des tenues de camouflage et des uniformes réglementaires des ex-Fadh, ces individus sont partis de Pétionville pour aboutir au Champ-de-Mars, devant l’édifice de l’ancien quartier général de l’armée. Tout au long du parcours, comme à la parade, n’était-ce leurs airs patibulaires, une fanfare les accompagnait, et ils saluaient militairement les curieux postés aux carrefours. Certains d’entre eux portaient d’ailleurs des mitraillettes Uzi ou d’autres armes. Quant à l’objectif de cette manifestation de force, l’un de leurs porte-parole sur place, Ravix Remicinthe, a fait savoir que ses frères d’armes sont en train d’augmenter la pression pour forcer les autorités à leur verser le paiement de dix ans et sept mois d’arriérés de salaire que leur doit l’Etat haïtien et qu’ils sont déterminés à jouer un rôle actif dans la sécurisation du territoire national moyennant que des moyens soient mis à leur disposition. Feignant une attitude nationaliste, et sur un ton qui se faisait progressivement menaçant, Remicinthe disait: «Nous déplorons le fait que ce soient des étrangers qui assurent la sécurité dans le pays alors que nous pouvons assumer cette responsabilité. Nous voulons être encadrés afin d’assurer correctement la sécurité de la population. Nous exigeons nos 10 ans et 7 mois d’arriérés de salaire. C’est un droit et non une faveur. Ce que nous faisons aujourd’hui est une marche pacifique et non violente pour dire que nous n’entendons pas reculer conformément à la Constitution qui reconnaît notre existence en tant que membres de la force publique. La Constitution nous donne le droit de porter des armes et celles-ci sont destinées à nous sécuriser. Ainsi, nous lançons un message à l’endroit des autorités de facto, notamment le Premier ministre Latortue, afin qu’ils contactent des conseillers pour éviter certains problèmes qui peuvent surgir à l’avenir.» Autrement dit: à bon entendeur, salut! Il s’en est ensuite pris directement au directeur général de la Police nationale (PNH), Léon Charles: «Léon Charles, en tant qu’ancien membre des FAD’H devra être jugé par la Constitution parce qu’il prône le désarmement des militaires qui sont reconnus par celle-ci» a-t-il déclaré solennellement. Ce n’est certainement pas par hasard que le commandant de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), le Brésilien Augusto Heleno Ribeiro Pereira, se trouvait sur place, à ce moment-là, dans l’aire du Champ-de-Mars, pour assister à cette démonstration. Mais tout ce qu’il a trouvé à dire en réponse à un journaliste se résumait à ceci: «C’est la compétence du gouvernement haïtien de traiter les questions politiques. Ce n’est pas à moi de faire des suggestions au gouvernement qui est d’ailleurs souverain.» En effet, c’est bien d’une question politique qu’il s’agit, si l’on veut comprendre par là cette forme de complicité tacite de la force d’occupation qui aurait entre autres pour mission, même si de temps en temps ses dirigeants prétendent le contraire, de procéder au désarmement, mais qui regarde impassible ce défilé de hors-la-loi armés, et il y a en outre une ironie certaine de voir Ribeiro Pereira parler de gouvernement «souverain». Peut-être bien que le général Heleno a oublié que le pays est actuellement occupé et que seuls les Etats-Unis pourront décider, dans ce contexte, de l’avenir de ces anciens militaires qui ne semblent pour l’instant constituer aucun danger potentiel pour leurs intérêts. Ailleurs aussi les anciens militaires se montrent très actifs, notamment dans le Plateau Central et dans le Nord, où ils continuent d’exiger le paiement de leurs arriérés de salaire. Leur porte-parole au Cap-Haïtien, Francklin Jean, qui a fait savoir qu’une délégation du «haut état-major des Forces armées» sera mise sur pied pour discuter avec les autorités de facto, a même annoncé en grande pompe des actions en justice contre elles si leurs revendications ne sont pas satisfaites. Entre-temps, la date de l’ultimatum donné par le CSPN approche à grand pas. Mais cela semble loin de préoccuper les anciens militaires qui redoublent d’audace tout au contraire. Ainsi, avons-nous vu cinq policiers envoyés au commissariat de Morne-Cabri se faire rosser ce 17 août par une trentaine de ces bandits qui les ont chassés et dépouillés de leurs armes, des M-14 (Signal FM 17 août 2004). L’hélicoptère de la PNH survolait même les lieux pour savoir ce qu’étaient devenus ces agents. Aucune autre action n’a été entreprise pour ramener à la raison ces anciens militaires qui se montrent donc de plus en plus audacieux, et même en l’occurrence sur pied de guerre, comme s’ils savaient bien avoir la protection d’un secteur tout-puissant qui compte bien les utiliser au moment voulu.
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