11 Août, 2004

August 11 2004

11 Out, 2004
Vol. 22 No. 22

Léon Charles a formellement déconseillé aux policiers de s’engager dans la voie de la grève car, selon lui, cette pratique n’est pas prévue par les règlements internes de l’institution.
Les agents de la Police nationale (PNH) menacent d’observer un arrêt de travail à partir du 16 août au cas où leurs revendications ne sont pas prises en compte par la hiérarchie. Les policiers disent déplorer notamment le fait que les autorités refusent d’honorer les promesses qui leur avaient été faites par le directeur général de l’institution lui-même, Léon Charles, d’augmenter leurs salaires de cent pour cent. «Le directeur de la police s’était rendu lui-même à tous les commissariats de police pour promettre aux policiers qu’il y aurait d’ici le mois de juin une augmentation de salaire de 100%», précisait un agent du Corps d’intervention et de maintien d’ordre (CIMO).

Les policiers se plaignent également des mauvaises conditions de travail et critiquent particulièrement le processus utilisé pour l’octroi des promotions. Ou du moins de l’absence de toute règle car, selon eux, tout se fait sur la base du clientélisme, outre le fait qu’ils sont traités en parents pauvres sans avantages sociaux. Ils se montrent résolument décidés à mettre leur menace de grève à exécution pour forcer les autorités à satisfaire leurs revendications.

Parallèlement, un groupe d’anciens policiers, regroupés au sein de l’Organisation des policiers illégalement révoqués (OPIR) ont dénoncé les révocations illégales effectuées par le régime de facto dans l’institution tout en exigeant le versement des prestations prévues par la loi. «Si nous avons été révoqués, c’est parce que nous avons refusé de participer à un coup d’Etat contre le gouvernement Aristide» a déclaré le porte-parole, l’ancien commissaire Guerrier Edouard qui a précisé que plus de deux mille policiers ont été mis à pied par les autorités de facto.

Pour sa part, pour prévenir la grève, le directeur général de la PNH, Léon Charles, a exhorté les agents à la patience. Il a reconnu qu’une promesse d’augmentation de salaire de 100% avait en effet été faite aux policiers, indiquant toutefois qu’ils devraient pour l’instant se contenter d’un ajustement de 33%. Selon lui, les revendications des policiers seront satisfaites au fur et à mesure de la stabilisation de l’économie nationale. «De mars à aujourd’hui, le gouvernement a déployé beaucoup d’efforts pour fournir à la police le peu de moyens nécessaires pour fonctionner. Je reconnais que les revendications des policiers sont justes, d’ailleurs je suis le premier policier à m’intéresser à l’amélioration des conditions de travail des policiers. Dans le cadre de l’ajustement salarial qui est octroyé au sein de l’administration publique, le gouvernement a déjà consenti des efforts pour accorder déjà 30 pour cent. Il y avait certes des engagements qui avaient été pris, mais il manque d’argent; il y a restriction au niveau du budget» s’est défendu Léon Charles, qui aura cependant manqué de jugement en faisant des promesses en l’air. Sans doute n’avait-il pas encore pris alors le pouls de l’économie nationale? Et quand est-ce qu’il croit que cette «stabilisation» apparaîtra? Les centaines de millions promis au gouvernement de facto par la communauté internationale ne pourraient-ils pas servir à améliorer le sort de ses subordonnées? Le Premier ministre Latortue a pensé aux routes (spécialement celle de Port-de-Paix spécialement qui le laissait rêveur depuis sa plus tendre enfance, comme il le rappelait), aux infrastructures, à la stabilité, à la sécurité avec l’annonce de ces millions, mais ne croit-il pas que les policiers auront un certain rôle à jouer pour cette stabilité, cette sécurité?

En conclusion, Léon Charles a formellement déconseillé aux policiers de s’engager dans la voie de la grève car, selon lui, cette pratique n’est pas prévue par les règlements internes de l’institution. «Les policiers sont liés à la PNH par contrat. Ils ont pris l’engagement de protéger et servir et sont tenus de respecter leur serment et les règlements internes de l’institution policière. Il y a certes des revendications que nous avons porté d’ailleurs en haut lieu. Mais, il y a un travail de titan qui attend les policiers ; ils ne peuvent pas parler de grève. Je demande aux policiers de se calmer.» Raison de plus pour Léon Charles de tenir ses propres promesses. D’autant plus que ce n’est pas le moment d’affaiblir la PNH si l’on veut vraiment que les anciens militaires ne continuent pas à faire leur loi dans plusieurs régions du pays.