
De gauche à droite le Premier ministre de facto Gérard Latortue et le commandant brésilien Heleno. En définitive... sur l’insécurité en général le peuple haïtien comprend assez bien qu’il ne peut pas compter sur les autorités de facto et encore moins sur la Minustah (Mission des Nations unies pour la stabilisation d’Haïti).
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Depuis le renversement des autorités constitutionnelles le 29 février dernier, à qui l’opposition imputait tous les actes d’insécurité, celle-ci n’a fait que proliférer géométriquement partout dans le pays avec l’arrivée du gouvernement de facto imposé par Washington.. Chaque jour apporte son lot de victimes et les promesses du régime putschiste à l’effet que des dispositions ont été prises pour remédier à cette situation n’y ont rien changé. Cette question sert plutôt à alimenter les discours démagogiques des dirigeants de facto, dont un volet concerne justment le programme de «désarmement». En réalité, leur prétendue lutte contre l’insécurité correspond surtout à la chasse qu’ils font aux cadres, militants et sympathisants Lavalas qui sont jetés en prison et les moins connus abattus purement et simplement, tandis que parallèlement on laisse la main libre aux militaires démobilisés pour agir en toute impunité. Mise à part cette situation, c’est l’ampleur de l’insécurité générale qui se propage même dans les communautés rurales de façon systématique qui est le plus inquiétant. Nous ne tomberons pas dans les travers de l’ex-opposition et des putschistes en général, c’est-à-dire les autorités en place, pour les rendre directement reponsables de tous les actes de banditisme de droit commun et autres, mais il est certain qu’ils ont créé l’atmosphère, le cadre et rendu disponibles la main-d’œuvre criminelle pour l’extension de l’insécurité. Les faits témoignent d’eux-mêmes de cette situation, et sont d’autant plus révoltant que les criminels agissent encore avec plus de cruauté. En attestent les cadavres décapités et mutilés retrouvés dans divers endroits du pays. Par exemple, à Caperlier, près de Petit-Goâve, les habitants ont découvert le 4 août les restes découpés en morceaux d’un dénommé Toutou Gaillard. Le même jour, à Gros-Morne dans l’Artibonite, le cadavre d’une jeune femme à laquelle il manquait les jambes a été retrouvé près d’une rivière. Il était impossible d’identifier la victime en raison des blessures au visage. Un autre corps a été retrouvé dans le même état, le 27 juillet, dans la première section de Belle-Fontaine près de la Croix-des-Bouquets, ville située non loin de la capitale. Le coordonnateur de l’organisation paysanne de Belle-Fontaine, Célestin Jean Victor Turenne rapportait les événements en ces termes: «Des bandits lourdement armés ont fait une incursion dans la localité hier matin et se sont dirigés directement chez le dénommé Ti-Betiz. Ils ont tué celui-ci en le décapitant et ont emporté la tête laissant sur place le reste du corps amputé des bras. Au cours de la même journée, les mêmes individus s’étaient rendus à Grande-Savanne où ils ont tiré sur un certain Jacquelin laissant ce dernier pour mort.» Le 30 juillet, quatre personnes ont été tuées aux Gonaïves dont Bernard Douze, propriétaire d’une station d’essence. Des individus ont ouvert le feu sur son véhicule et, atteint, Douze a perdu le contrôle de la voiture qui est venue heurter au passage un groupe de petits commerçants, tuant trois d’entre eux et blessant plusieurs autres. Le 3 août, les policiers des Gonaïves indiquaient avoir capturé deux individus soupçonnés d’implication dans l’assassinat de Douze. Sur la route nationale numéro 3, au niveau du Morne-Cabrit, des bandits armés opèrent en toute quiétude, profitant de l’absence des policiers dans cette zone pour rançonner chauffeurs de transport en commun et passagers. Évidemment, devant l’indifférence et l’inaction des autorités de facto, on assiste malheureusement à des cas de justice expéditive, car tout le monde n’est pas prêt à se laisser massacrer sans se défendre. Ainsi dans la commune de Monbin-Crochu, les paysans ont lynché à mort trois présumés voleurs dans la nuit du 29 juillet. Les habitants ont indiqué n’avoir d’autre recours que d’assurer eux-mêmes leur sécurité à cause de l’absence de forces de l’ordre dans la région. Dans la capitale l’insécurité n’est pas moindre. On enregistre des victimes dans tous les secteurs de la société, dont des crimes politiques visant évidemment la plupart du temps des sympathisants Lavalas. Le 27 juillet dernier, les riverains de Delmas 33 ont découvert le cadavre de l’ancien député de Saint-Raphaël, Jocelyn Saint-Louis. Le 4 août, dans la soirée, un membre d’organisation populaire, Guy Solon, réputé proche de Fanmi Lavalas a été abattu de plusieurs balles à Delmas 19 par des individus circulant à bord d’unvéhicule pick-up. Parfois pour donner le change, et pour continuer à accuser les «chimères» Lavalas comme vient de le faire le nouveau chef de la Police nationale Léon Charles, il peut arriver que les proches du gouvernement de facto s’en prennent à leurs propres partisans, sans omettre que des contradictions au sein de cette même engeance conduisent à des menaces mutuelles. Dans la nuit du 1er août, la résidence du responsable du Centre œcuménique des droits humains, Jean-Claude Bajeux, a essuyé des tirs d’armes automatiques. Une situation intenable pour la population, et les proches des victimes déplorent que les responsables de la Police nationale n’aient pas déployé d’efforts concrets contre ce déferlement de violence. Les quelques arrestations à Port-au-Prince de présumés bandits sont loin de constituer une réponse adéquate à l’attente des habitants et visent plus souvent qu’autrement des gens du peuple ayant manifesté leur sympathie pour le gouvernement constitutionnel renversé et le président Aristide. En fait la montée de ce fléau depuis ces cinq derniers mois résulte aussi de la libération des détenus criminels par les ex-rebelles de Guy Philippe après le putsch contre le président Aristide le 29 février. En outre, les ex-militaires qui ont été utilisés contre ce dernier, se comportent maintenant en maîtres et seigneurs terrorisant notamment les habitants des quartiers populaires et des zones rurales. Quant à la question de leur désarmement brandie par les autorités de facto, ils la rejettent d’un revers de main arguant qu’ils représentent une force légale qui a été inconstitutionnellement destituée. On l’a bien vu, les admonestations, ultimatum du gouvernement de facto à l’endroit des anciens militaires n’on servi qu’à rendre ces derniers encore plus arrogants et plus défiants. En fait il s’agit moins de défi que de «négociation» sur le rôle que doivent continuer à jouer ces derniers. Concernant l’ultimatum pour la mi-septembre lancé par le Conseil supérieur de la police nationale (CSPN) présidé par le Premier ministre de facto Gérard Latortue, à leur endroit pour déposer les armes, on a vu précédemment le secteur macoute les appuyer. Ainsi le responsable du Groupe de réflexion sur Haïti (GREH), l’ancien colonel Himler Rébu estime que ce serait une erreur si le gouvernement de facto s’avisait de scier la branche sur laquelle il est assis. Pour Rébu: «Ce gouvernement ne peut pas se montrer irresponsable et ingrat à ce point, car c’est sur la force d’action des hommes militaires qu’il a été installé (…) Donc, c’est une blague, ces gens-là rêvent…» En définitive, sur cette question, et sur l’insécurité en général le peuple haïtien comprend assez bien qu’il ne peut pas compter sur les autorités de facto et encore moins sur la Minustah (Mission des Nations unies pour la stabilisation d’Haïti). l
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