4 Août, 2004

August 4, 2004

4 Out, 2004
Vol. 22 No. 21

28 juillet 2004: Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées au Bélair pour entreprendre un parcours à travers les rues de Port-au-Prince.

La répression déclenchée par les forces d’occupation et les autorités de facto contre les cadres, militants et sympathisants du parti Fanmi Lavalas depuis le coup d’Etat du 29 février dernier n’est pas parvenue à freiner les masses populaires et leurs représentants dans leurs revendications.

Le jour du Drapeau, le 18 mai dernier, la Cellule de réflexion base Fanmi Lavalas avait organisé une manifestation. Ce jour-là, un jeune militant de 23 ans, Simpson Saintus, avait été tué d’une balle à la tête par les forces multinationales. Mais le 14 juillet, jour de l’anniversaire de la prise de la Bastille en France, les membres des organisations populaires (OP) avaient tenu à faire un piquet devant l’ambassade de France pour dénoncer la politique de ce pays envers Haïti. Leur porte parole, Claudy Sidney, déclarait en cette occasion: «Nous avons attiré l’attention des peuples français et nord-américain épris de démocratie sur les agissement des dirigeants de leurs pays qui travaillent contre la population haïtienne et contre la démocratie.»

Le lendemain 15 juillet, une manifestation mobilisant des milliers de personnes parcouraient plusieurs artères de la capitale pour protester contre l’incarcération de hauts fonctionnaires du gouvernement constitutionnel et de militants du parti Fanmi Lavalas.

Le 23 juillet, la Cellule de réflexion réalisait cette fois un sit-in devant l’ambassade des Etats-Unis. La veille, le 22 juillet, ses dirigeants avaient au cours d’une conférence de presse réitéré leur détermination à poursuivre la mobilisation et annonçaient une grande manifestation pacifique pour le mercredi 28 juillet.

Au jour dit, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées au Bélair pour entreprendre un parcours à travers les rues de Port-au-Prince. Cette mobilisation a été d’autant plus motivée que cette date correspond à ce jour honni du 28 juillet 1915, où les marines des Etats-Unis souillaient le drapeau haïtien et procédaient à la première occupation du pays qui allait durer dix-neuf années, de 1915 à 1934. «En ce jour du mercredi 28 juillet 2004, la Cellule nationale de l’organisation populaire base Fanmi Lavalas veut réitérer sa position par rapport à la situation malheureuse établie dans le pays par l’occupant et les autorités de facto. Rappelons-nous, le 28 juillet 1915, les marines nord-américains débarquèrent dans le pays avec la complicité d’une bourgeoisie rapace et des représentants du secteur féodal et de l’Église... L’occupant établit un système féroce similaire à celui de l’esclavage. De 1915 à 1920, plus de 400 mille compatriotes durent quitter le pays pour émigrer à Cuba; plusieurs milliers d’autres se rendirent dans les bateys de Saint-Domingue. Ainsi du 28 juillet 1915 au 28 juillet 2004, cela fait 89 années depuis que l’impérialisme nord-américain s’entête à vouloir détruire le rêve du peuple haïtien», déclarait un des organisateurs de la marche.

Rassemblés pour le départ devant l’église du Perpétuel-Secours au Bélair, les participants ont d’abord organisé une cérémonie symbolique simulant celle réalisée en 1791 au Bois-Caïman par Boukman qui lançait le signal de la révolte des esclaves dans la plaine du Nord. Quelqu’un a procédé à la lecture d’un serment de fidélité: «A l’ombre de notre drapeau, nous nous engageons à respecter la charte, les statuts, les règlements et le code d’éthique de l’organisation Fanmi Lavalas, à être loyal et fidèle envers notre patrie et notre organisation. A l’ombre de notre drapeau, nous nous engageons à promouvoir la paix, cette paix tant souhaitée et recherchée par le président Aristide: paix des cœurs et des entrailles. A l’ombre de notre drapeau, nous nous engageons à travailler dans la dignité, pour une Haïti socialement juste, économiquement libre et politiquement indépendante. A l’ombre de notre drapeau, nous nous engageons à travailler pacifiquement pour le retour à l’ordre constitutionnel avec le président Jean Bertrand Aristide physiquement…»

Vers 10 heures, la manifestation s’est mise en branle pour effectuer le trajet suivant: rues Saint-Martin, Tiremasse, Delmas 2, Carrefour Aviation, boulevard Harry Truman. A ce niveau, les manifestants, qui portaient des t-shirts à l’effigie du président Aristide et arboraient de petits étendards bleu et rouge, ont pris la direction de l’ambassade des Etats-Unis à la Cité de l’exposition. Arrivés devant l’édifice où était installé un fort contingent de la Police nationale, tout en scandant des propos hostiles au président George W. Bush qu’ils accusent d’être responsable de la situation actuelle, ils ont brûlé symboliquement cinq petits cercueils noirs sur lesquels étaient inscrits les noms de James B. Foley, ambassadeur des Etats-Unis, Gérard Latortue, Premier ministre de facto, Boniface Alexandre, président de facto, Bernard Gousse, ministre de facto de la Justice et Dany Toussaint, ex-sénateur.

Galvanisés par une musique, les manifestants ont repris la marche pour se rendre devant le Pénitencier national suivant la trajectoire préalablement établie. Cette destination concordait avec leur réclamation relative à la libération des militants et des cadres Lavalas dont l’ancien Premier ministre constitutionnel Yvon Neptune, l’ancien ministre de l’Intérieur Jocelerme Privert et Annette Auguste dit Sò Ann. Cependant, ils n’ont pas pu approcher le centre carcéral en raison de la présence d’une forte escorte formée de militaires brésiliens de la Minustah (Mission des nations unies pour la stabilisation d’Haïti) et de policiers de l’Apena (Administration pénitenciaire nationale). Ils ont quand même lancé des cris fort audibles pour exiger la libération de Neptune, Privert et Sò Ann, etc.

Revenus à leur point de départ, au Bélair, ils ont réitéré leurs principales revendications dans la conjoncture: le retour du président Aristide, le départ de l’occupant et la libération des militants Lavalas illégalement incarcérés.

La manifestation a pris fin sans incidents majeurs. Toutefois on apprenait que la Police avait empêché des groupes de militants de Cité Soleil de rejoindre le rassemblement. Les organisateurs ont annoncé la poursuite de la mobilisation par des sit-in chaque vendredi devant l’ambassade des Etats-Unis.