21 Juillet, 2004

July 21, 2004

21 Jiyé, 2004
Vol. 22 No. 19

Yvon Neptune (à gauche) et le ministre de facto de la Justice Bernard Gousse. Neptune Premier ministre du gouvernement constitutionnel renversé par le coup d’État du 29 février, incarcéré depuis le 27 juin dernier, a finalement comparu devant le juge d’instruction Brédy Fabien au tribunal de première instance de Port-au-Prince, le vendredi 16 juillet.

Yvon Neptune, Premier ministre du gouvernement constitutionnel renversé par le coup d’État du 29 février, incarcéré depuis le 27 juin dernier, a finalement comparu devant le juge d’instruction Brédy Fabien au tribunal de première instance de Port-au-Prince, le vendredi 16 juillet. Le prétexte utilisé pour son arrestation était d’abord pour son implication présumée dans le prétendu massacre qui aurait été perpétré à La Scierie à Saint-Marc au début du mois de février, peu de jours avant l’enlèvement et le départ forcé en exil du président Aristide.

Mais fort curieusement, ce 16 juillet il n’était pas question de ce «massacre» de La Scierie pour lequel il a été arrêté, mais sa comparution s’est déroulée autour des événements du 5 décembre 2003 à la faculté des Sciences humaines (FASCH) et à l’Institut national d’administration de gestion et de hautes études internationales (INAGHEI) lors des échauffourées entre membres des organisations populaires et des étudiants et provocateurs à la solde du Groupe des «184» d’André Apaid.

Rappelons que c’est la Coalition nationale pour les droits des Haïtiens (NCHR), qui s’est par ailleurs continuellement montrée indifférente sur les violations systématiques des droits des proches et sympathisants du régime Lavalas, qui avait «sorti» ce «massacre» qui avait fait, d’après elle, 50 victimes, dont les cadavres pourtant n’ont jamais été vus. Devant l’absence des cadavres, le chef de la NCHR Pierre Espérance avait cru bon d’inventer, comme nous l’avons déjà rapporté, que les chiens les avaient dévorés. Et Radio Métropole, croyant éviter le ridicule de l’invention de Pierre Espérance, s’enfonçait davantage en rapportant pour sa part que «la tuerie avait fait plus d’une cinquantaine de disparus dont certains calcinés…» (Métropole, 1-07-04). Si les corps n’étaient que calcinés, on devrait pourtant pouvoir les retrouver comme après l’incendie d’une maison. Le journaliste de Radio Métropole croyait-il pouvoir s’en tirer en voulant créer la confusion avec la crémation qui n’est obtenue que dans des fours sous pression à très haute température?

Plusieurs anciens collaborateurs de Yvon Neptune et des membres de sa famille, dont son épouse, qui se trouvaient au tribunal, ont fait observer que le gouvernement Latortue a pris en otage l’appareil judiciaire pour régler ses comptes. Ils ont estimé qu’il s’agit de manœuvres politiciennes pour tenter de trouver des prétextes en vue de prolonger le séjour en prison de Neptune, l’affaire de La Scierie étant cousue de fil blanc. Un des porte-parole de Fanmi Lavalas, Gilvert Angervil, a qualifié de «machination politique» les accusations portées contre Yvon Neptune. «Le gouvernement de facto issu d’un coup d’Etat tente de tromper l’opinion publique en faisant comparaître M. Neptune sur les événements du 5 décembre alors qu’il a été arrêté pour son implication présumée dans le dossier de La Scierie, a-t-il indiqué; C’est une vaste comédie et un véritable montage l’arrestation et l’interrogatoire de M. Neptune.»

De leur côté les avocats d’Yvon Neptune ont récusé les magistrats de Saint-Marc nommés récemment par le gouvernement de facto dans le cadre de cette affaire. Une requête a été déposée à la Cour de cassation, qui devra se prononcer sur cette démarche. Un des avocats de Yvon Neptune, Ephésien Joassaint, a signalé que les procédures normales et légales n’ont pas été respectées.

De nombreuses personnes s’étaient massées aux abords du tribunal de première instance de port-au-Prince pour exprimer leur solidarité à l’endroit du Premier ministre constitutionnel. Ils ont dénoncé les autorités de facto de s’être montrées complaisantes avec les anciens rebelles et les dirigeants de l’ancienne opposition qui ont dévasté des commissariats de police, libéré des centaines de criminels et de «dealers» de drogue, et assassiné des citoyens, dont des policiers, alors qu’elles s’acharnent à arrêter arbitrairement les membres de Fanmi Lavalas sous de fallacieux prétextes. «Liberté pour Neptune, liberté pour Neptune et arrestation pour Guy Philippe, chef des actions subversives des événements du 29 février», ont-ils lancé en affirmant leur détermination à rester mobilisés jusqu’à ce que leurs revendications soient satisfaites.

Même le Comité des avocats pour le respect des libertés individuelles (CARLI), peu suspect d’être pro-Lavalas, a dit déplorer que les droits des citoyens continuent à être violés et que beaucoup de personnes bénéficiant d’une ordonnance de libération sont gardées malgré tout en prison..

De toute évidence le changement du chef d’accusation lors de cette première comparution d’Yvon Neptune montre que le montage de La Scierie sera très difficile à faire avaler, et quant au motif chosi par le juge d’instruction, il apparaît assez farfelu, puisqu’à aucun moment on n’a vu ni entendu Neptune donner des ordres pour déclencher une confrontation. Il est clair que pour le gouvernement de facto il s’agit de le garder en prison pour une raison ou pour une autre. D’ailleurs n’est-ce pas Gérard Latortue lui-même qui a pointé du doigt Yvon Neptune pour signifier qu’il était temps de le mettre à l’ombre comme le rapportait Alterpresse dans une de ses dépêches sur son site Internet le 27 juin, qui disait: «Évoquant le 25 juin dernier le climat d’insécurité croissante dans le pays, l’actuel Premier ministre Gérard Latortue a fait directement référence à un récent appel à la mobilisation des partisans de Lavalas lancé par Yvon Neptune sur les ondes de la station privée Radio Solidarité.» Deux jours seulement plus tard, sur les ondes Neptune apprenait qu’un mandat d’arrêt avait été lancé contre lui et il se rendait à la police qui l’incarcérait aussitôt, comme l’a voulu à tout prix Gérard Latortue.