
Le lundi 5 juillet, les responsables des organisations de la «société civile» et les dirigeants de partis politiques ont remis au Premier ministre de facto Gérard Latortue, un document contenant des recommandations sur «le désarmement et l’intégration sociale des membres des groupes armés».
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Au cours d’une cérémonie à la Primature le lundi 5 juillet, les responsables des organisations de la «société civile» et les dirigeants de partis politiques ont remis au Premier ministre de facto Gérard Latortue, un document contenant des recommandations sur «le désarmement et l’intégration sociale des membres des groupes armés». Ses concepteurs, qui se disent motivés par le danger que représente pour la société haïtienne l’existence de nombreux groupes armés dans le pays et vouloir leur apporter leur contribution à la résolution de cette question, ont formulé un ensemble de propositions en quelque sorte sous forme de question/réponse. Par exemple:«Qui désarmer?»- Réponse: «Les membres des gangs armés impliqués dans le trafic de la drogue, le vol, les kidnappings, les viols, etc ; les enfants faisant partie ou non des gangs; les partisans armés de Jean Bertrand Aristide, connus sous le nom de chimères; les ex-insurgés contre Aristide qui se sont constitués en front politico-militaire; les militaires démobilisés ayant en leur possession des armes de guerre…» etc. Quant aux dispositions qui devront être prises par le gouvernement de facto pour réussir ce programme de désarmement, le document précise que «Le gouvernement doit clairement définir une stratégie» qui consistera entre autres à «lancer une grande campagne médiatique afin de sensibiliser la population, regagner sa confiance et l’impliquer dans l’opération de désarmement ; recréer la confiance dans la PNH pour que les citoyens puissent sans crainte dénoncer les caches d’armes et les criminels armés; remonter aux sources et interpeller tous ceux qui auraient été impliqués dans l’importation d’armes dans le pays ou qui avaient des escortes armées à leur disposition ; engager des discussions politiques sérieuses et fermes avec les dirigeants du Front afin de récupérer toutes leurs armes, indépendamment des arrangements pour l’intégration dans les forces de sécurité; engager des discussions politiques avec les lavalassiens qui désirent rompre avec la logique de la violence et rechercher la collaboration…», etc. Par ailleurs, ces secteurs ont également tablé sur le rôle qu’ils devront jouer dans le cadre de cette campagne de désarmement. En ce sens, ils déclarent vouloir entre autres «agir comme une force de pression pour porter les acteurs nationaux et internationaux à prendre leurs responsabilités; participer à une vaste campagne d’information et de motivation en faveur du désarmement en vue de combattre la peur qui s’est installée dans les couches les plus vulnérables de la population; entreprendre des investissements sociaux dont le but n’est pas uniquement l’obtention du profit». Ils mettent aussi l’accent sur la nécessité pour le gouvernement d’adopter des mesures d’accompagnement visant à faciliter la réussite de ce programme de désarmement. Les concepteurs du document proposent en fait de «créer des emplois par le moyen de travaux à haute intensité de main d’œuvre afin de juguler le chômage ; lancer des projets socio-économiques dans les quartiers vulnérables ; accorder une attention particulière aux jeunes des quartiers populaires en leur offrant des activités alternatives : sports, formation professionnelle …» A en juger par la teneur de ces mesures réclamées à l’Etat, on constate avec peine que ces secteurs de la «société civile» et des partis politiques continuent de s’enfermer dans des positions fantaisistes en refusant, comme ils l’ont toujours fait, de se rendre à l’évidence. Car, comment peut-on envisager de résoudre un problème ponctuel et pressant comme celui du désarmement des groupes armés, en liant ce problème à des programmes de développement qui nécessitent plusieurs années pour leur réalisation? Là où ce document est encore plus saugrenu, c’est la confusion qu’il entretient lorsqu’il s’agit de déterminer les instances compétentes pour opérer ce désarmement. En fait, il indique que «la responsabilité du désarmement incombe à l’Etat haïtien et au peuple haïtien. La communauté internationale peut aider après que l’Etat aura défini une stratégie et précisé ses attentes par rapport aux forces multinationales. Celles-ci ne devraient en aucun cas prendre l’initiative d’action de désarmement de leur propre chef». Alors qu’au tout début du texte, il est pourtant dit: «Considérant la présence en Haïti d’une force des Nations unies dont le mandat porte sur la question du désarmement…» Ceci constitue donc une contradiction flagrante qui traduit l’embarras des auteurs à fixer clairement le rôle de la force d’occupation dans le processus. De plus, alors qu’ils comptent sur les occupants pour faire aboutir le désarmement, ils exigent par ailleurs du gouvernement de facto de «faire cesser les liens privilégiés existant aujourd’hui entre certains chefs de gangs et les forces multinationales»» et à la communauté internationale de «cesser d’avoir un comportement équivoque sur la question du désarmement». C’est maintenant qu’ils s’en rendent compte? Situation périlleuse, puisqu’ils viennent d’avoir la révélation que l’occupant mettra ces bandes armées au service du secteur qu’il aura choisi pour remporter ces élections tant attendues par ces politicards. En effet, alors qu’ils disaient vouloir désarmer ceux qui détiennent des armes illégales pour garantir le calme dans le pays, les occupants ont plutôt renforcé la position des membres du Fraph, des macoutes et des anciens membres des Forces armées (FAD’H) en leur garantissant une totale impunité. Ce sont également ces mêmes occupants qui avaient contribué à armer plusieurs factions de Cité Soleil pour attiser la confrontation entre des bandes armées. Pourtant, les secteurs qui veulent se montrer préoccupés aujourd’hui du danger de la circulation des armes illégales à travers le pays, n’avaient à cette époque pas levé le petit doigt pour dénoncer les agissements des forces d’occupation. Et lorsque certains dirigeants Lavalas de l’époque, tels Gérard Pierre-Charles, Evans Paul, Victor Benoît, Micha Gaillard ont voulu porter la question haïtienne devant le Conseil de sécurité des Nations unies, Haïti-Progrès avait dénoncé catégoriquement de telles tractations estimant qu’il était inconcevable que le président Aristide revienne au pouvoir dans les valises de Washington. Cette situation, faut-il le rappeler, avait poussé notre co-directeur Benjamin Dupuy à démissionner de son poste d’ambassadeur itinérant du gouvernement Lavalas. De toute évidence, il faut se rendre compte que l’impérialisme n’a jamais véritablement œuvré dans le sens de la résolution des conflits dans les pays du tiers monde, puisqu’en fait il en tire avantage. Les exemples pour illustrer cette situation à travers le monde abondent. En ce sens, il serait inconcevable de s’attendre à ce que l’impérialisme puisse s’attaquer effectivement aux problèmes de désarmement et aux difficultés économiques auxquels nous sommes confrontés.
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