14 Juillet, 2004

July 14, 2004

14 Jiyé, 2004
Vol. 22 No. 18
Justice:
Des succursales de Fort-Dimanche à travers le pays?


Peu de temps après sa visite, le représentant du PNUD, Adama Guindo a annoncé l’octroi d’un don de 350 mille dollars, dont 50 mille pour l’Administration pénitentiaire (APENA), comme si c’était uniquement là que résidait tout le problème.

Adama Guindo, coordonnateur rési

dant du Programme des Nations unies

pour le développement (PNUD), a visité le Pénitencier national le lundi 5 juillet pour s’enquérir des conditions de détention. Accompagné de l’escorte apropriée, dont le Premier ministre de facto Gérard Latortue et le représentant de l’OEA Kenneth Modester, Adama Guindo a déclaré constater divers problèmes au niveau des infrastructures pénitenciaires et du respect des droits des détenus.

En effet, des dizaines de détenus, pour la plupart des partisans du gouvernement Lavalas, arrêtés par le «Front de reconstruction nationale» (FRON) composé de macoutes, de membres du Fraph et de militaires démobilisés qui ont saccagé des commissariats de police, libéré des centaines de criminels et assassiné des dizaines de policiers-, sont incarcérés depuis plusieurs mois dans des conditions dégradantes aux Gonaïves. Ces citoyens sont enfermés dans un dépôt exigu dépourvu de fenêtres, qui avait été aménagé par le gouvernement Aristide/Neptune pour recevoir des matériaux de construction et des outils destinés à la construction de la place publique de la ville. Les centres carcéraux de la ville des Gonaïves et bien d’autres des dix départements du pays ont été détruits par les anciens rebelles dudit «Front». C’est à se demander incidemment à qui font-ils référence, ces secteurs qui ne cessent de parler de l’impunité, alors que le chef du gouvernement de facto avait qualifié ces terroristes de «combattants de la liberté»?

De son côté, le substitut commissaire du gouvernement des Gonaïves, Enoch Généus, s’est lui-même dit indigné par les conditions de détention. Le commissaire du gouvernement, Louiselmé Joseph, a pour sa part signalé que les prisonniers gardés dans le dépôt sont déférés en justice dans d’autres villes. «Les activités judiciaires ne fonctionnent plus au parquet du tribunal de première instance des Gonaïves. Les juges n’ont même pas de chaises pour siéger ni de bureaux. Cette situation a de graves incidences sur l’appareil judiciaire local», a-t-il signalé.

Dans la métropole du Sud, aux Cayes, la situation est similaire. Près de quarante-cinq personnes sont détenues dans des conditions exécrables dans la petite pièce de garde à vue du commissariat, dont la capacité d’accueil serait de neuf personnes. L’ex-délégué départemental Jacques Mathelier, incarcéré également dans cette pièce, a dénoncé la violation flagrante des droits humains sous le gouvernement de facto. Il a invité les organisations internationales de droits humains à venir enquêter. «La situation est intenable dans cette chambre de 3,50 m X 2,50 m. Il y a parmi nous des gens qui sont là depuis deux mois, d’autres trois, sans jamais une fois comparaître devant leur juge naturel. Nous acceptons cette situation, puisque nous sommes des prisonniers politiques», a-t-il lancé.

Des organisations de droits humains de la région ont bien tenté d’attirer l’attention des dirigeants sur les conditions déplorables d’hygiène des détenus dont la plupart sont frappés de plusieurs formes de dermatites. Dans une requête adressée au commissaire du gouvernement de la région, l’un des responsables de ces organisations, Félix Léger, a réclamé l’intervention des autorités locales pour permettre aux personnes incarcérées de recevoir les soins que nécessite leur cas. C’est grâce à l’intervention d’un de ces organismes que Jacques Mathelier a pu être transféré à un centre de santé. Pour leur part, plusieurs parents des prisonniers ont dénoncé l’indifférence des organisations de droits humains, notamment la Coalition nationale pour les droits des Haïtiens (NCHR), très bruyante, elle, quand il s’agit d’accuser les fonctionnaires et sympathisants du gouvernement Lavalas,- qui gardent le mutisme le plus absolu face à ces graves et évidentes violations de droits humains. «Pour la NCHR, seuls les partisans de l’ancienne opposition ont des droits», ont-ils fait observer en taxant l’attitude de la NCHR de discriminatoire. Ne parlons même pas du Centre œcuménique des droits humains de Jean-Claude Bajeux, un individu obnubilé par sa haine d’Aristide.

Le Mouvement des femmes pour l’avancement d’Haïti (Mofava) a lancé un appel aux organisations internationales à se pencher sur la situation des droits de l’homme en Haïti à un moment où les centres de détention regorgent de prisonniers politiques depuis l’arrivée des «technocrates». Même l’Association nationale des magistrats haïtiens (Anamah) a dû dresser un bilan négatif de l’appareil judiciaire, quatre mois après le départ forcé du président Aristide. L’organisme a souligné qu’aucun effort n’a été entrepris par les responsables de facto et fait valoir que les pratiques arbitraires demeurent inchangées, sans compter les révocations sans fondement du personnel compétent pour les remplacer par des affidés du régime putschiste.

Parallèlement, peu de temps après sa visite, le représentant du PNUD, Adama Guindo a annoncé l’octroi d’un don de 350 mille dollars, dont 50 mille pour l’Administration pénitentiaire (APENA), comme si c’était uniquement là que résidait tout le problème. D’ailleurs, il est à craindre que ce don ait été attribué en vue d’éviter de poser justement les vrais problèmes et de continuer à maintenir arbitrairement des citoyens en prison uniquement pour leur appartenance politique. On se croirait de retour au temps des Duvalier, avec au lieu d’un plusieurs petits «Fort-Dimanche» répartis à travers tout le pays et gérés en certains lieux par des bandits évadés peu de temps auparavant. Une différence cependant, à l’époque des Duvalier l’opinion publique dénonçait les exactions de la dictature, tandis qu’à présent c’est la «communauté internationale» et les médias à sa solde qui donnent leur bénédiction au régime de facto.