7 Juillet, 2004

July 7, 2004

7 Jiyé, 2004
Vol. 22 No. 17

la prestation de serment le 1er juillet de Mme Josepha Raymond Gauthier, comme neuvième et dernier membre, en remplacement du représentant du Parti Fanmi Lavalas

Le Conseil électoral provisoire (CEP) est désormais au complet avec la prestation de serment le 1er juillet de Mme Josepha Raymond Gauthier, comme neuvième et dernier membre, en remplacement du représentant du Parti Fanmi Lavalas. Le Premier ministre de facto avait en effet manoeuvré pour écarter toute intégration de Fanmi Lavalas en refusant de faire cesser les persécutions contre les membres et proches de ce parti. C’est prétendument suivant l’Accord initial de l’OEA, sur la base duquel est constitué cet organisme électoral, il est prévu qu’en cas du refus d’un des secteurs désignés à intégrer le CEP, cinq des neuf autres secteurs, à savoir les Droits humains, les Eglises catholique et épiscopale, la Fédération protestante et la Cour de cassation, pourvoiraient au remplacement du membre manquant. C’est donc cela qui a été appliqué pour désigner Mme Josepha R. Gauthier dont un arrêté présidentiel en date du 28 juin 2004 entérinait la nomination.

Au cours de la cérémonie de prestation de serment de Mme Gauthier au Palais de Justice de Port-au-Prince, cette dernière n’a pas ménagé ses cordes vocales en s’élançant pour s’écrier: « C’est une occasion extraordinaire qui nous est offerte de travailler à l’édification d’une Haïti bien organisée et lancée sur la voie d’une démocratie constructive, offrant des chances égales à tous les fils de la patrie. Le premier pas en ce sens est l’organisation d’élections libres et honnêtes, pierre angulaire, base et fondement de cette démocratie» Pour sa part, le Premier ministre de facto Gérard Latortue a fait savoir que l’organisme électoral jouira d’une indépendance totale par rapport au pouvoir exécutif et que tout aurait été fait pour favoriser l’inclusion de tous les secteurs dans le processus électoral. Pourtant, comme nous l’avons dit plus haut, on connaît bien toutes les manœuvres déployées, tous les artifices, tous les moyens dilatoires utilisés par le régime de facto pour tenir à distance le parti Fanmi Lavalas, sinon pour le démanteler, même si certains de ses dirigeants ont certes affiché une certaine volonté de faire le jeu de l’occupant. De fait, selon des informations diffusées par Radio Métropole, des anciens parlementaires Lavalas ont même pris part à la cérémonie organisée à la résidence de l’ambassadeur des Etats-Unis James Foley, pour commémorer l’anniversaire de l’indépendance de son pays le 4 juillet dernier.

«Je crois que ça va être l’une des rares fois dans l’histoire de ce pays où il y aura un gouvernement qui n’essayera, ni directement ni indirectement d’influencer votre travail. Cette fois-ci nous voulons laisser au peuple souverain la décision de choisir ses élus… je crois que tout le monde se rendra compte de l’effort monumental du gouvernement pour n’exclure personne de ce Conseil électoral », a voulu se convaincre Latortue, qui en a profité pour vanter les vertus de Mme Gauthier qu’il estime être en mesure d’assumer sa fonction au CEP. Toutefois, deux militants Lavalas, Ricot Pierre-Louis et Herby Frantz ont exigé le 5 juillet qu’une enquête soit initiée au sujet de Josepha Gauthier, qui avait été impliquée dans le trafic de la drogue. Selon ces militants, cette dernière avait été arrêtée sous le gouvernement militaire du général Prosper Avril pour implication présumée dans le commerce de la drogue.

Le secrétaire général du CEP, Rosemond Pradel, a accueilli favorablement l’arrivée de Mme Gauthier au sein de l’institution. Selon lui, cela permettra au CEP d’avancer dans la préparation de l’ordre du jour et la finalisation des règlements internes. Le représentant de la Convergence Démocratique au sein de l’organisme en a également profité pour faire savoir que la formule qui devra être utilisée pour organiser les élections doit être trouvée suite à un consensus. Car, selon lui, les avis seraient partagés entre le déroulement simultané ou en trois étapes de ces élections. «Nous devons trouver une solution consensuelle avec les partis politiques en ce qui concerne la formule à adopter pour organiser les prochaines élections», a soutenu M. Pradel.

Néanmoins, parallèlement à ces préparatifs, les conditions de sécurité à travers le pays continuent de se dégrader de plus en plus, en dépit de la présence des casques bleus des Nations unies. Ainsi, à moins d’une année de leur tenue, ou se demande comment ces troupes vont-elles pouvoir rassurer la population pour la persuader de participer à un processus électoral qui soit crédible et démocratique? Une tâche qui peut paraître pour le moins utopique pour le régime de facto, puisqu’il est évident que celui-ci ne fera qu’exécuter les ordres des puissances impérialistes, qui veilleront à ce que les prochains élus soient totalement acquis à leurs intérêts. De surcroît, peut-on parler d’élections libres et démocratiques dans un pays sous occupation étrangère?

De toute évidence, les élections projetées en 2005 seront une mascarade permettant aux classes dominantes d’accaparer tous les espaces du pouvoir politique pour tenter d’écarter une fois de plus les masses défavorisées du pays, et à l’impérialisme d’appliquer à sa guise le plan néolibéral.