7 Juillet, 2004

July 7, 2004

7 Jiyé, 2004
Vol. 22 No. 17

Le lieutenant général Heleno Augusto Pereira... L’initiative de Lula relayé par le perroquet Latortue pourrait créer plutôt l’effet contraire, car beaucoup de gens, ceux surtout qui ne possèedent pas d’armes, pourraient se précipiter pour en essayer d’en acquérir pour avoir accès à cette superbe rencontre...

La force d’occupation, désormais en principe sous le commandement du Brésil avec l’entrée en jeu de la MINUSTAH (Mission des Nations unies pour la stabilisation d’Haïti) qui doit compter 6700 soldats et 1622 policiers civils, multiplie les rencontres avec la presse pour indiquer ses priorités qui seraient, entre autres, la professionnalisation de la Police nationale et l’établissement de La Minustah l’ordre et de la sécurité, qui doivent nécessairement passer par le désarmement.

Prenant prétexte de ce dernier aspect, les occupants ont dirigé une vaste campagne de persécution et d’intimidation dans les quartiers populaires contre les militants et partisans Lavalas. En effet, depuis le départ forcé du pouvoir, le 29 février, du président constitutionnel Jean Bertrand Aristide, les militants, les partisans, les sympathisants de Fanmi Lavalas et les masses populaires en général font l’objet chaque jour d’arrestations arbitraires et d’exécutions sommaires de la part des ex-militaires haïtiens.

Ainsi, la proposition des autorités brésiliennes, annoncée en grande pompe dans les médias de la capitale, relative à un éventuel match de football qui doit être organisé pour le 18 août prochain entre la sélection de football de leur pays et l’équipe nationale, match pour lequel les spectateurs obtiendraient leur billet d’entrée au stade Sylvio Cator en échange d’armes illégales en leur possession, n’est pas étrangère à cette campagne de démagogie. Pour assurer son soutien à la campagne de désarmement dont la tâche incombe en principe à son lieutenant général Heleno Augusto Pereira, le président brésilien, Luiz Inacio da Silva, a déclaré qu’il ferait le déplacement spécialement pour ce match, à en croire le président de la Fédération brésilienne de football, Ricardo Teixeira. Il a en outre indiqué que les grandes vedettes de la seleçao, dont Ronaldo et Ronaldinho, seraient présentes pour disputer la rencontre.

A propos de ce célèbre match, le porte-parole de la Minustah Toussaint Kongo Doudou, s’est écrié: «C’est une idée géniale (…) En fait c’est une proposition avancée par le gouvernement brésilien. Maintenant pour ce qui concerne les infrastructures, les modalités, les organisateurs pourront traiter ces questions un peu plus tard.»

S’agit-il d’une farce ou d’une autre façon pour les occupants de se moquer de la population? Le président brésilien croit-il vraiment qu’une telle galéjade servira au désarmement? Pourquoi n’essaierait-il pas de faire jouer la seleçao dans les favelas de Rio de Janeiro où il a fallu l’intervention, sans succès d’ailleurs, de l’armée brésilienne pour tenter d’en extirper un gang de trafiquants? C’est au Brésil d’ailleurs qu’on massacre le plus d’enfants des rues. Ceci n’empêche pas cela, dira-t-on, mais le folklore a ses limites, et croit-on vraiment que de véritables criminels viendraient remettre leurs «outils de travail» pour voir Ronaldo et Ronaldinho qui, par ailleurs, auront bien de la difficulté à obtenir de leurs clubs européens, le Real Madrid et le Barça, la permission de participer à une telle improvisation? Remarquons entre autres que Roberto Carlos, Ronaldo, Cafu, Kaka, Ronaldinho ne prennent même pas part à la Copa América qui se déroule actuellement au Pérou; ils disent avoir besoin d’un repos bien mérité après une éprouvante saison européenne.

L’initiative de Lula relayé par le perroquet Latortue pourrait créer plutôt l’effet contraire, car beaucoup de gens, ceux surtout qui ne possèedent pas d’armes, pourraient se précipiter pour en essayer d’en acquérir pour avoir accès à cette superbe rencontre. Par ailleurs, comme il ne semble pas que Lula et Latortue aient précisé quel genre d’armes doit être remis pour entrer au stade, on peut prévoir que beaucoup de spectateurs s’amèneront avec un petit couteau ou même un canif, etc. Pourquoi de préférence n’organiserait-on pas un concours de danse entre le président brésilien qui danserait une samba et son homologue de facto haïtien Boniface Alexandre qui, comme «Charles Oscar», exécuterait une «banda»? Cela pourrait avoir autant sinon plus de succès et pourrait même attirer des touristes.