30 Juin, 2004

June 30, 2004

30 Jen, 2004
Vol. 22 No. 16
L’occupation sous pavillon de l’ONU


L’ambassadeur nord-américain James B. Foley (à gauche) le 25 juin. Le déploiement des soldats étrangers en Haïti après le kidnapping du président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide par des militaires US et l’exil forcé de la victime en terre étrangère, n’a rien à voir avec la stabilité du pays. Il s’agissait en réalité de l’établissement d’une force d’occupation sous les auspices conjoints de Washington et de Paris

Le vendredi 25 juin, la Force multinationale intérimaire (FMI) a transféré définitivement, en principe, ses responsabilités relatives aux opérations de maintien de la paix et de la sécurité en Haïti à la Minustah (Mission des Nations unies pour la stabilisation d’Haïti), au cours d’une cérémonie organisée à cet effet à Port-au-Prince en présence de certains membres du gouvernement de facto, dont le Premier ministre Gérard Latortue, de l’ambassadeur nord-américain James B. Foley et d’autres représentants du corps diplomatique, du responsable de la Force intérimaire, le général de brigade du corps des marines des Etats-Unis, Ronald S. Coleman et du commandant des contingents onusiens, le lieutenant-général brésilien Augusto Heleno Ribeiro Pereira.

Au cours de la cérémonie, les contingents canadien et chilien de la FMI, qui ont intégré la Minustah, ont troqué leurs barets respectifs contre le casque bleu de l’ONU. Rappelons que le 1er juin dernier s’était déroulée à la capitale une première cérémonie de passation d’autorité, mais la FMI avait décidé de prolonger son mandat dans le pays jusqu’au 1er juillet. Donc, mises à part les forces canadiennes et chiliennes, les soldats français et nord-américains devraient en principe se retirer du territoire national à partir de cette dernière date.

Dans son intervention, Ronald Coleman s’est félicité d’avoir effectué un bon travail en Haïti, déclarant: «Notre mission est accomplie. Nous avons rétabli la sécurité, calmé les craintes et préparé l’arrivée de la Minustah.» Cependant c’est sa version, pas celle de la population haïtienne qui n’a vu qu’une forte progression de l’insécurité depuis ce jour fatidique du 29 février, avec l’arrivée de la force d’occupation qui n’a fait qu’aider à pourchasser les militants Lavalas et à collaborer avec les ex-rebelles qui sèment encore la terreur dans le Plateau Central et tiennent le haut du pavé au Cap-Haïtien. Mais de fait, Coleman a été récompensé d’une plaque «Honneur et mérite» remise par Gérard Latortue. La même distinction a également été attribuée à un officier français, un canadien et un chilien au nom de leurs contingents respectifs.

D’entrée de jeu, pour sa part, Gérard Latortue a comblé d’éloges la force multinationale. Il s’est exprimé en ces termes: «Aujourd’hui, les mises en place étant suffisamment avancées, la Force multinationale intérimaire peut fièrement dire mission accomplie et transmettre en toute quiétude le flambeau au commandant de la Minustah. Je veux ici au nom du gouvernement et celui du peuple haïtien redire notre gratitude aux femmes et aux hommes de la force intérimaire, qui pendant ces quatre derniers mois n’ont pas ménagé leurs efforts pour éviter que le chaos ne s’installe dans le pays. Leur présence dissuade sur l’ensemble du territoire et leurs interventions efficaces nous ont épargné bien de déboires.» Que de cirage de bottes!

De manière contradictoire, le chef du gouvernement de facto a poursuivi son allocution par ces propos: «Nous avons noté depuis quelques jours une augmentation des activités criminelles dans la zone métropolitaine et aussi en province notamment aux Gonaïves. On a l’impression que quelqu’un quelque part planifie, organise et entretient ce climat d’insécurité.» Il faut évidemment un coupable à Gérard Latortue face à l’échec évident de la force étrangère d’occupation dans ce domaine.

Comme l’a souligné Latortue, on a constaté effectivement une recrudescence des actes d’insécurité pendant le mois de juin (voir l’article sur l’insécurité page 4). Ce qui met en exergue l’échec patent de la mission de la FMI, si celle-ci était vraiment chargée de la mission de rétablir l’ordre et la sécurité.

Nous savons, en fait que le déploiement des soldats étrangers en Haïti après le kidnapping du président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide par des militaires US et l’exil forcé de la victime en terre étrangère, n’a rien à voir avec la stabilité du pays. Il s’agissait en réalité de l’établissement d’une force d’occupation sous les auspices conjoints de Washington et de Paris. Dans ce contexte, la Minustah, censée relever des Nations unies sous commandement brésilien, ne sera pas moins placée sous les ordres des Etats-Unis, qui ont la haute main sur le pays. Dans ce contexte, la Minustah ne sera ainsi qu’une simple couverture au renforcement de l’occupation nord-américaine. Ce qui ne change nullement la donne.

Il incombe en conséquence au peuple haïtien de poursuivre et d’intensifier la mobilisation pour reconquérir la souveraineté nationale chèrement acquise par nos Ancêtres au prix des larmes et du sang.