
Ce que Washington et Paris veulent effectivement c’est d’écarter le plus possible les masses défavorisées dans le choix de leurs dirigeants. Et c’est justement la raison pour laquelle le pays a connu en moins de treize ans deux coups d’Etat suivis de deux occupations du sol national par des militaires étrangers.
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En prévision des élections générales que compterait réaliser, suivant son programme, le gouvernement de facto l’année prochaine, des dispositifs sont en train d’être mis en place par la «communauté internationale», sous les auspices des Etats-Unis, conformément aux visées particulières de ces derniers. Deux missions d’«évaluation électorale», l’une de l’OEA et l’autre des Nations unies, conduites respectivement par Santiago Murray et Dong Nguyen ont récemment séjourné en Haïti. Au terme de sa mission de dix jours dans le pays, Nguyen a fait savoir le 17 juin que «ces entretiens ont permis de faire l’état des lieux dans le domaine de l’organisation des élections et d’explorer les modalités d’assistance technique de la communauté internationale. Le rôle des Nations unies consistera à assumer la responsabilité de l’assistance technique et la coordination de l’assistance bilatérale». D’autre part, s’exprimant à l’occasion d’une conférence sur la transition organisée à l’initiative du patronat haïtien, le Premier ministre du gouvernement de facto, Gérard Latortue, a fait état le mercredi 16 juin 2004 de la conclusion d’un accord de principe concernant la coopération électorale entre la Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (MINUSTHA), l’OEA et la Caricom. Latortue a plaidé en faveur de l’organisation de ces joutes en trois étapes. Cependant le Conseil électoral provisoire (CEP), composé en principe suivant la formule de l’Accord initial de l’OEA, manque encore d’un de ses membres, car Fanmi Lavalas refuse d’intégrer l’organisme, en raison de la campagne systématique de persécutions exercée contre ses membres et sympathisants à travers le pays. «Jusqu’à présent, nous n’avons pas encore trouvé de compromis au sein du secteur Lavalas concernant la décision finale qui devra être prise. Le chemin du dialogue reste encore ouvert et nous allons continuer à discuter pour adopter cette décision», a indiqué le sénateur Yvon Feuillé de Fanmi Lavalas à la suite d’une séance avec le Premier ministre de facto Gérard Latortue. Une rencontre par ailleurs tout à fait inconvenante, car on ne comprend pas que Feuillé, dont le président et chef du Parti a été victime d’un putsch et d’un kidnapping, en soit venu à des discussions avec les complices de ce crime. Par ailleurs, en dépit du souhait hypocritement formulé par l’ambassadeur des Etats-Unis James B. Foley, de voir le représentant du parti Fanmi Lavalas intégrer le CEP, il est évident que l’impérialisme apprécierait mieux que l’ex-parti au pouvoir soit totalement exclu du processus, et pour ce faire il s’emploiera à ce que les revendications même des dirigeants opportunistes de Fanmi Lavalas ne soient pas satisfaites. En effet, ce que Washington et Paris veulent effectivement c’est d’écarter le plus possible les masses défavorisées dans le choix de leurs dirigeants. Et c’est justement la raison pour laquelle le pays a connu en moins de treize ans deux coups d’Etat suivis de deux occupations du sol national par des militaires étrangers. Car, en fait, depuis le réveil des masses populaires au début des années 90 ayant culminé avec l’ascension au pouvoir de Jean-Bertrand Aristide, l’impérialisme qui traditionnellement tire les ficelles des régimes successifs en Haïti, se sentait fort inconfortable par rapport à ce nouveau développement, compte tenu du fait que les conditions n’étaient toujours pas réunies pour l’application de sa politique néolibérale. En ce sens, nous pouvons comprendre la hargne des Etats-Unis, qui ont fini par avoir gain de cause aux dépens des intérêts populaires en Haïti, en parvenant le 29 février dernier à chasser le président constitutionnel du pouvoir et à le remplacer par une équipe de prétendus «technocrates» totalement acquis à la cause des intérêts impérialistes. C’est ce qu’ils veulent en fait rééditer en s’activant dans la mise en place des prochaines élections. Pour cause, le CEP de huit membres a proposé la formule du vote électronique pour prétendument rendre plus fiable et plus rapide les opérations électorales. Cependant nul ne saurait être dupe face à une telle démarche qui ne peut que faciliter l’exécution de ce coup d’Etat électoral en préparation qu’ils n’avaient pu réussir en avril et mai 2000. Car, lorsqu’on sait que la grande majorité de la population vit dans des régions reculées dans la paysannerie et que les gens défavorisés vivant dans les bidonvilles n’ont même pas accès à la carte d’identité fiscale, comment la machine électorale pourra-t-elle, en moins d’un an, intégrer toutes ces populations dans le processus d’inscription à l’ordinateur? Tout ceci tend donc à montrer que la machine se met en place pour exclure les masses populaires de ces élections afin que les espaces du pouvoir soient remplis par les laquais au service des intérêts de l’impérialisme et des secteurs de la classe dominante locale.
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