
...En fait de bilan, il faudrait plutôt vérifier la justesse des prévisions sur ce qui allait advenir avec l’occupation du pays.
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Plus de cent jours de fonction du gouvernement de facto des «technocrates» établi par la force d’occupation après le kidnapping du président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide perpétré le 29 février, l’Initiative citoyenne organisait les 12 et 13 juin dans la métropole du Nord un colloque sur le thème «Un pari à gagner». Parmi les participants on retrouvait des membres du gouvernement de facto, dont le ministre des Finances, Henri Bazin, à titre de représentant de Gérard Latortue en l’absence de ce dernier en voyage aux Etats-Unis; des leaders politiques, des représentants de la «société civile», de la «communauté internationale» et la presse. En général, il s’agissait de toute une clique de personnages ayant contribué au renversement du gouvernement constitutionnel et à la mise sous tutelle du pays. De façon assez cynique, les organisateurs avaient choisi la zone de Vertières, haut lieu historique où eut lieu le 18 novembre 1803 la dernière bataille qui consacra la victoire des troupes indigènes contre la puissante armée coloniale française, avant la déclaration de l’indépendance nationale le 1er janvier 1804.
En fait, ce colloque prétendait dresser le bilan des trois premiers mois de l’administration Latortue. Et en dépit du pourrissement de la situation socio-économique et politique du pays, avec l’augmentation du coût de la vie qui a triplé depuis le départ forcé du président Aristide, la hausse de l’insécurité , la répression systématique orchestrée par les occupants et les militaires démobilisés contre les militants et les partisans Lavalas, auxquels s’ajoute la mise à pied massive des fonctionnaires publics présumés proches de Fanmi Lavalas, les participants blâmaient simplement le laxisme du pouvoir en place dans la gestion de certains dossiers. D’après Henri Bazin, la lenteur du gouvernement est due à l’héritage d’une administration en banqueroute. Il ne faisait que se répéter. C’était à se demander: Pourquoi ce colloque? Et pourquoi au bout de cent jours au lieu de 90 ou 105 jours? Y aurait-il quelque chose de magique dans le nombre 100? En tout cas il n’y a pas eu de miracles à cette réunion où ces putschistes se regardaient parler.
Gérard Latortue, à son retour au pays dans une conférence de presse à la Primature le 17 juin, a encore raconté les mêmes choses: «Ce n’est pas une question d’optimisme ou de pessimisme. C’est du réalisme, car nous avions trouvé un pays complètement ravagé (…) Dans tout pays développé, bien structuré, on accorde cent jours à un gouvernement pour présenter son premier bilan mais avec l’état de délabrement du pays, nous ne pouvons pas résoudre tous les problèmes au cours des trois premiers mois.» Justement on voudrait bien savoir lequel des problèmes il aimerait bien résoudre?, car la situation n’a fait qu’empirer. A-t-il déjà fixé une date pour annoncer qu’il en a résolu au moins un? Dans deux cents jours? Autrement il va lui falloir prolonger la période prévue pour le maintien au pouvoir de son gouvernement de facto? Est-ce que cela ferait partie de ses plans tels que conçus par ses tuteurs?
Cependant, diverses voix commencent à exprimer leurs inquiétudes quant au fonctionnement du gouvernement de facto. Et parmi elles, nombre de ces étudiants dont les putschistes avaient amplement requis la collaboration pour déstabiliser le gouvernement constitutionnel. En effet, la Coordination des étudiants universitaires haïtiens (CEUH) a dénoncé le favoritisme, le clientélisme et le trafic d’influence qui sont pratiqués au niveau de cette administration.
Pour sa part, le responsable du Centre haïtien d’appui à la démocratie et aux droits de l’homme (CHADHO), Enock Saint-Jean, a présenté un bilan négatif, dans le plein sens du terme, des cent jours, le 16 juin, s’alarmant de la constante dégradation des conditions de vie de la population.
Mais, l’un des responsables du Groupe des «184», Anthony Barbier se devait de défendre son gouvernement et il a situé le programme des «technocrates» dans la ligne des «grands axes du contrat social». Un «contrat social» dont on attend encore les retombées…
Dans un document intitulé «Cadre de coopération intérimaire» (CCI) élaboré pour le gouvernement Alexandre/Latortue à une réunion tenue à Washington le 23 mars dernier, selon une déclaration signée le 11 juin par certains secteurs de la «société civile» dont la SOFA (Solidarité fanm ayisyen), la PAPDA (Plateforme des plaidoyers pour un développement alternatif), la POHDH (Plateforme des organisations haïtiennes des droits humains) et l’UNNOH (Union nationale des normaliens haïtiens), ils déclarent: «Cet exercice (l’élaboration du CCI) se réalise dans le contexte d’une perte croissante de souveraineté. La mise sous tutelle de notre pays est envisagée dans le cadre d’une opération militaire à long terme (…) Le contenu des documents partiels et des résumés que nous avons pu examiner au cours de la journée du 11 juin révèle une absence de vision nationale et une vision dominée par les recettes d’inspiration néolibérale (…) Le processus d’élaboration du CCI entre dans un cadre colonial maquillé. Le CCI se développe sans souci de transparence. Des sommes importantes avoisinant deux millions de dollars ont été dépensées pour la mobilisation des experts du CCI. (…) Ce dernier constitue un instrument qui renforce les structures et les formes de domination actuelles».
En fait, l’élaboration du CCI ne fait que confirmer ce que nous dénonçons régulièrement, et il aurait été plus constructif de la part de ces organismes de dénoncer la déstabilisation du gouvernement constitutionnel et son renversement qui ne pouvait conduire qu’à cette situation qu’ils devaient bien avoir prévue advenant l’occupation et la mise sous tutelle du pays.
D’autant plus que les signataires de la déclaration n’ont abordé qu’à moitié le problème de l’impérialisme. Ils ne peuvent se permettre de déplaire aux institutions internationales qui les financent. En fait, l’objectif inavoué de ce groupe est d’obtenir à partir d’une lutte d’arrière-garde certaines réformes dans le plan néolibéral. N’ont-ils de pas participé au processus d’occupation du pays? D’ailleurs le secrétaire d’Etat à l’Environnement Yves André Wainwright n’est-il pas un des dirigeants de la PAPDA!
Donc, en fait de bilan, il faudrait plutôt vérifier la justesse des prévisions sur ce qui allait advenir avec l’occupation du pays.