16 Juin, 2004

June 16, 2004

16 Jen, 2004
Vol. 22 No. 14
«L’indécence» de Robert Ménard


La présence de Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières, dont on connaît par ailleurs les agissements louches n’était pas tout à fait étrangère à toute cette histoire. Sous prétexte de défendre la liberté de la presse, on le voit s’immiscer partout où il a mission de participer à la déstabilisation de tout gouvernement progressiste.

A l’occasion de la Journée latino-américaine de la presse le 7 juin, l’Association des journalistes haïtiens (AJH) a octroyé cinq prix à des journalistes haïtiens issus de différents médias. La remise des prix s’est déroulée à l’hôtel Le Plaza au Champ-de-Mars, au cours d’une cérémonie à laquelle assistaient le Premier ministre de facto Gérard Latortue qui avait sans doute voulu se joindre au secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), Robert Ménard revenu au pays dans le cadre d’une prétendue mission.

Les récipiendaires, tels que choisis par un jury assez large, puisque composé en effet de Guyler C. Delva, secrétaire général de l’AJH, de Georges Michel de radio Métropole, Clarence Fortuné du quotidien Le Matin, Jacques Price Jean de la Télévision nationale, Marcus Garcia de Mélodie FM et Venel Remarais de radio Solidarité, ont été sélectionné : le correspondant de Radio Métropole dans le Nord, Pierre Elie Sem, qui a reçu le prix Jean Léopold Dominique; Frantz Duval du magazine culturel Ticket, également collaborateur au quotidien Le Nouvelliste qui a reçu, lui, le prix Carlo Désinor; les prix Gasner Raymond et Micheline Soukar ont été attribués respectivement à Roosevelt Jean-François de Mélodie FM et à Vasty Désir de Radio Kiskeya; tandis que le prix Brignol Lindor a été décerné au correspondant de Radio Solidarité et de la Télévision Nationale à Mirebalais, Jeanty André Omilert.

Ce dernier choix n’a pas eu l’heur de plaire à plusieurs aspirants et ce pour diverses raisons. Bien entendu il y avait la récompense en argent qui allait avec le prix, mais ce n’était pas tout. Tout un tapage médiatique a donc été organisé, à l’instigation de certains secteurs pour reprocher au secrétaire général de l’AJH, Guyler C. Delva, d’avoir décerné le prix Brignol Lindor à un «activiste Lavalas». Pourtant Delva n’avait point été l’unique membre du jury comme nous l’avons indiqué ci-dessus.

D’abord le journaliste Jean Max Blanc de Radio Kiskeya, qui semblait réclamer un prix pour sa part, a exprimé sa frustration à l’issue de la cérémonie en ces termes: «Je suis révolté du fait que les vrais journalistes haïtiens qui sont encore actifs dans la profession ne puissent obtenir une prime. Dommage, l’AJH fonctionne comme un cercle d’amis.» Le secrétaire exécutif de l’AJH, Méroné Jean Wilkens de Radio Métropole, qui aura sans doute trouvé l’occasion propice pour effectuer un putsch contre Delva, s’est mis de la partie en déclarant: «Brignol Lindor a été assassiné par des proches du pouvoir Lavalas alors que Omilert travaillait pour Lavalas. C’est un scandale.» Le scandale n’est pourtant pas là où il voudrait le voir!

En réalité, Jeanty André Omilert a été ainsi pris à partie parce qu’il n’aura pas voulu tout simplement soutenir le mouvement anti-Aristide à l’instar des journalistes à la solde de la Plate-forme politique de André Apaid Junior, où s’étaient regroupés les opposants au régime Lavalas. D’ailleurs Omilert de son côté allait leur rendre la monnaie de leur pièce en décidant d’abandonner le prix ainsi que les 30,000 gourdes qui l’accompagnaient. En l’occurrence il a déclaré : «Après quatre jours de tapage, de grincements de dents et d’obscénités pour les 30,000 gourdes qui accompagnent le prix, j’ai décidé de me retirer, tout en demandant que le montant soit partagé entre mes accusateurs intéressés (…) Entre-temps, je tâcherai de rester toujours un journaliste professionnel, honnête, soucieux de sa réputation et qui n’est disposé à participer à aucun mouvement n’ayant rien à voir avec la profession de journaliste.» C’était dit et bien dit.

À son tour Guyler C. Delva a notamment déclaré: «Cela met en exergue l’extrémisme de certaines personnes qui veulent que tout soit fait à leur façon. Elles veulent tout avoir (…) Je n’avais pas imposé le nom de Jeanty André Omilert. Celui-ci a été primé suite aux consultations des membres du jury.»

La présence de Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières, dont on connaît par ailleurs les agissements louches (Voir dans notre précédente édition l’article: «Ménard ne peut nier ses liens avec la CIA», p.16), n’était pas tout à fait étrangère à toute cette histoire. Sous prétexte de défendre la liberté de la presse, on le voit s’immiscer partout où il a mission de participer à la déstabilisation de tout gouvernement progressiste. C’est ainsi qu’il s’introduisait sur la scène politique haïtienne en feignant de vouloir réclamer justice pour Jean Dominique, et il croit ainsi avoir acquis droit de cité pour toutes ses magouilles. Ainsi il n’avait aucune gêne à déclarer au cours d’une conférence de presse le 10 juin: «Donner le prix qui porte le nom de Brignol Lindor à un journaliste que je ne connais pas et qui travaille dans un média que je ne connais pas est inadmissible, indécent et inacceptable.» Ce qui est indécent, c’est justement le comportement qui confirme ainsi qu’il faut être à sa solde pour recevoir son prix. Sa réputation n’est donc pas surfaite et il n’est pas étonnant de le voir reçu comme un hôte privilégié dans les palaces de Miami, et de voir Gérard Latortue venir se joindre à lui. Et ce n’est pas tout car, ajoutant l’impudence à l’indécence, Robert Ménard a annoncé que RSF a décidé de rompre ses relations avec l’AJH, trouvant là une bonne raison pour garder pour lui-même les 500 euros qu’il avait promis dans le cadre de la remise des prix. Finalement c’est tout à l’honneur de Guyler C. Delva que ces événements lui permettent de se débarrasser d’une tutelle aussi douteuse et compromettante.