26 Mai, 2004

May 26, 2004

26 Me, 2004
Vol. 22 No. 11

Depuis le kidnapping perpétré par les forces spéciales des Etats-Unis le 29 février dernier sur la personne du président Aristide et le débarquement des troupes d’occupation en Haïti, les dirigeants de la Caricom avaient exigé que la lumière soit faite sur ces événements et maintenu fermement ne pas reconnaître jusqu’à ce jour la légitimité des autorités placées au pouvoir par l’occupant.

Selon un article publié le 19 mai 2004 dans le quotidien trinidadien Trinidad and Tobago Express  sous la plume de Rickey Singh, une session spéciale du Conseil permanent de l’OEA était prévue pour le vendredi 21 mai dernier à l’initiative des dirigeants de la Communauté caribéenne (Caricom), autour des circonstances qui ont entouré le soudain départ du pouvoir du président constitutionnel haïtien Jean-Bertrand Aristide le 29 février dernier. «Un débat animé, prévu pour vendredi à l’initiative de la Caricom, sera engagé au Conseil permanent de l’OEA pour adresser la crise haïtienne dans l’intention spécifique d’invoquer l’article 20 de la Charte démocratique interaméricaine sur la gouvernance constitutionnelle et l’ordre démocratique», écrivait le journal.

L’article 20 de la Charte démocratique interaméricaine en question stipule ce qui suit: «Dans le cas d’une altération inconstitutionnelle d’un régime constitutionnel atteignant gravement l’ordre démocratique d’un Etat membre, tout Etat membre ou le Secrétaire général de l’OEA peut réclamer la convocation immédiate du Conseil permanent pour entreprendre une évaluation collective de la situation et prendre les décisions qui s’imposent.» Depuis le kidnapping perpétré par les forces spéciales des Etats-Unis le 29 février dernier sur la personne du président Aristide et le débarquement des troupes d’occupation en Haïti, les dirigeants de la Caricom avaient exigé que la lumière soit faite sur ces événements et maintenu fermement ne pas reconnaître jusqu’à ce jour la légitimité des autorités placées au pouvoir par l’occupant. Elle voulait porter l’affaire devant l’Assemblée générale des Nations unies, mais le secrétaire d’État des États-Unis Colin Powell avait déclaré qu’il n’en était pas question. Et ses services continuaient à insister quand même pour faire croire que le président Aristide avait sciemment démissionné de son poste et que sa décision était destinée à éviter un bain de sang, en faisant allusion aux «rebelles» qui marchaient sur Port-au-Prince.

En fait, dans cette même volonté de vouloir masquer les événements qui s’étaient déroulés ce 29 février, l’ambassadeur des Etats-Unis à l’OEA, John Maisto, a demandé publiquement à la Caricom à surseoir à sa requête introduite auprès du Conseil permanent de l’OEA pour faire la lumière sur le départ précipité du président Aristide. Cependant, suite à cette ingérence, l’actuel président de la Caricom, le Premier ministre d’Antigua et Barbuda, Baldwin Spencer, a aussitôt réaffirmé la ferme détermination de l’Organisation régionale d’exiger l’OEA à se pencher sur le cas d’Haïti, notamment sur les circonstances du départ d’Aristide et de son exil au cours de la réunion qui doit se tenir à Quito, en Équateur, au début du mois de juin.

De son côté, embarrassé par l’insistance de la Caricom à faire respecter la Charte démocratique, le gouvernement de facto Alexandre/Latortue ne trouvait mieux à faire que de solliciter à l’OEA le report pour le jeudi 27 mai de cette session spéciale qui aura la délicate tâche de mettre à nu le complot tramé par les Etats-Unis de concert avec la France pour chasser manu militari un président élu démocratiquement à travers des élections. En fait, le chef du gouvernement de facto Gérard Latortue devra se rendre à l’évidence pour comprendre que son régime ne pourra indéfiniment fuir les règles des conventions internationales. Car, si, comme il se plaît à le répéter à l’instar de ses patrons états-uniens et français, le président Aristide avait décidé volontairement de se démettre de ses fonctions, pourquoi tant appréhender l’enquête exigée par la Caricom?

De toute façon, la Caricom et d’autres nations de l’Amérique Latine et l’Union africaine, y compris l’Afrique du Sud, se montrent déterminées à ne pas plier l’échine devant l’arrogance impériale des puissances néo-colonialistes qui, en plus d’avoir commis ce grave forfait en Haïti en y intervenant militairement au moment où son peuple commémore le bicentenaire de son Indépendance, souhaiteraient astreindre les autres peuples des pays en développement au silence par toutes sortes de pressions. Par exemple, c’est ainsi que Washington a décidé de boycotter deux importantes rencontres qu’il devait avoir avec la Caricom sur la sécurité et le trafic de produit illicites dans la région.

Ce recours de la Caricom à la procédure institutionnelle de l’OEA fait suite au blocage des Etats-Unis à l’enquête des Nations unies réclamée aux mêmes fins au lendemain du kidnapping du président Aristide conjointement par la Caricom, le Venezuela, l’Afrique du Sud et l’Union Africaine. L’OEA doit se réunir à Quito, en Équateur, au début du mois de juin, et il sera difficile d’éviter cette question, d’autant plus que dans le cadre de l’envoi de troupes à titre de responsable des casques bleus qui devraient remplacer en principe la «force multinationale» composée principalement des États-unis, de la France et du Canada, le Brésil s’est entendu avec l’Argentine pour parler d’Haïti. Quelle que soit l’issue de la discussion qui se tiendra d’une façon ou d’une autre, la question du kidnapping sera débattue, et quelle qu’en soit la suite qui y sera donnée, il sera officiellement établi que les États-Unis qui avaient eux-mêmes imposé cette Charte démocratique interaméricaine sont les premiers à la violer impudemment. Et à défaut pour le droit de pouvoir sévir contre la force, de leur côté les laquais de l’impérialisme, Gérard Latortue et sa clique devront traîner longtemps encore leur étiquette de putschistes et d’usurpateurs.