
Léon Charles Directeur de la Police Nationale d'Haïti (à gauche) et le Colonel David Lapan: Les membres, partisans et sympathisants du parti Fanmi Lavalas continuent à faire l’objet de persécutions trois mois après le kidnapping du président constitutionnel. A la longue liste des exactions s’est ajoutée le 18 mai dernier la violation de leur droit d’expression...
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Les membres, partisans et sympathisants du parti Fanmi Lavalas continuent à faire l’objet de persécutions trois mois après le kidnapping du président constitutionnel. A la longue liste des exactions s’est ajoutée le 18 mai dernier la violation de leur droit d’expression au cours de la manifestation de protestations contre l’occupation et ses avatars qu’ils avaient organisée en ce jour anniversaire de la création du bicolore national le 18 mai 1803. En effet, comme nous le rapportions dans notre précédente édition, les milliers de militants, qui réclamaient ce jour-là la fin des arrestations arbitraires, des persécutions contre les partisans du président Aristide et pour le retour à l’ordre constitutionnel de même que pour dénoncer le pourrissement des conditions de vie des masses, avaient été brutalement dispersés par les tirs d’armes des policiers, assistés par des membres de la force multinationale. Le jeune militant Simpson Saintus, 23 ans, était tué d’une balle à la tête et plusieurs autres personnes blessées, sans compter les nombreuses arrestations. L’inspecteur général Jean Yonel Trécil avait prétendu que la police n’avait pas été informée; mais les organisateurs ont publié l’accusé de réception de la notification qu’ils avaient adressée le 12 mai au directeur général de la PNH Léon Charles. Mais sur Radio Solidarité, le porte-parole de la force multinationale, David Lapan, prenait prétexte du mensonge des responsables policiers pour justifier la participation de ses marines à la répression de la manifestation. D’après Lapan, la force d’occupation avait agi ainsi en raison des déclarations de Léon Charles, qui avait insisté sur «l’illégalité du mouvement». Sans doute voulant faire de l’ironie, mais manifestant plutôt son cynisme, quarante-huit heures après, le 20 mai, la Direction générale de la police adressait «une lettre d’excuse» aux organisateurs dans laquelle le directeur général Léon Charles déclare: «La Direction générale de la police nationale d’Haïti vous présente ses salutations patriotiques et s’empresse de vous présenter ses profondes excuses pour avoir nié la légalité de la manifestation prévue pour la journée du 18 mai. En effet, cette prise de position était malheureusement fondée sur le fait que notre secrétariat avait commis la négligence de transmettre à temps votre correspondance datée du 12 mai 2004 … » Une négligence qui aura tout de même coûté la vie à Simpson Saintus et à d’autres encore. Mais il en faudrait plus que la vie de milliers de citoyens pour l’émouvoir sans doute dans la tâche qui lui a été confiée et qu’il accomplit avec tant de zèle... Cependant, les organisateurs ont bien compris son jeu macabre, et ont indiqué que de simples mots d’excuses ne suffisaient pas, l’invitant plutôt à traduire en justice les policiers fautifs. Ils ont par ailleurs exprimé leur détermination à poursuivre leur mobilisation dans les prochains jours, en dépit, affirmaient-ils, de la campagne de répression et d’intimidation. Toujours dans le cadre de cette répression contre Fanmi Lavalas, en dépit du privilège que lui confère son immunité parlementaire, le président du Sénat Yvon Feuillé a été interpellé le 19 mai par des policiers dans la région des Cayes alors qu’il était en route vers Port-au-Prince. Son véhicule pourtant bien identifié, portant une plaque d’immatriculation officielle, a été systématiquement fouillé puis confisqué. D’après l’Agence France Presse (AFP), qui aurait recueilli des informations auprès de l’inspecteur Yonel Trécil, le sénateur serait placé sous le contrôle de la police dans le cadre d’une enquête sur le trafic de drogue. Le 21 mai, deux jours après, c’est la résidence de Feuillé, à Port-Salut qui était l’objet d’une fouille en règle. Sur les ondes de Radio Solidarité, le sénateur a déclaré craindre pour sa vie, comme il l’expliquait: «Un premier plan consistait à placer certaines choses dans ma voiture, mais ils l’ont fouillé et n’ont rien trouvé. Je dispose d’un procès-verbal qui l’atteste. Ce plan ayant échoué, ils ont poursuivi les persécutions. C’est ainsi que le 21 mai, ils sont venus à Port-Salut et ont perquisitionné le Village Hôtel où j’ai l’habitude de séjourner quand je suis dans la région, mais je ne fréquente pas cet hôtel depuis six mois. Ils ont également fouillé les résidences de certains de mes proches comme Jean Roland, un militant Lavalas, Gauthier, Nazaire et la copine de celui-ci. Ensuite, lourdement armés ils ont osé pénétrer chez moi renversant tout sur leur passage. J’ai fait construire une cabane dans la cour de la maison pour mon chien, ils l’ont détruite, ont creusé le sol à la recherche de je ne sais quoi, mais là encore ils n’ont trouvé pas même une cartouche… Ma vie est en danger, d’ailleurs on a concocté plusieurs fois mon assassinat. A titre d’exemple, quand ils ont pointé leurs armes en ma direction à Carrefour Orel (coin de rue bien connu dans la ville des Cayes), si mon garde du corps m’accompagnait ce jour-là, il aurait réagi et les policiers auraient tiré et j’aurais été tué… » En définitive, le harcèlement dont fait l’objet le sénateur Yvon Feuillé, un des dirigeants de Fanmi Lavalas, l’arrestation de Annette Auguste dit Sò Anne le 10 mai et celle de nombreux autres militants Lavalas que la presse «indépendante» et étrangère s’est bien gardée de rapporter, et la mise sous scellés des locaux de Radio et Télé Timoun appartenant à la Fondation Aristide pour la démocratie, entrent bien dans le cadre d’une entreprise systématique d’éliminer Fanmi Lavalas, en acculant ses membres et les autres militants à abandonner le terrain. Ainsi les sous-fifres locaux de l’impérialisme espèrent-ils anéantir le projet des masses populaires de participer à l’établissement d’un Etat de droit en Haïti.
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