19 Mai, 2004

May 19, 2004

19 Me, 2004
Vol. 22 No. 10
Insécurité:
Que fait le gouvernement de facto?


«Nous nous demandons quelle est la véritable mission de ces soldats étrangers qui ne font que s’exhiber pendant que nos enfants tombent sous les balles assassines des individus armés?»

Près de trois mois après le coup qui a renversé le gouvernement constitutionnel, le gouvernement de facto et ses tuteurs de la force multinationale, formée principalement de troupes nord-américaines, françaises et canadiennes laissent prospérer les actes de banditisme et d’insécurité à travers le pays. Mais sans exagérer, l’insécurité a pris une ampleur sans précédent, car maintenant les malfaiteurs effectuent des coups de plus en plus audacieux. Les maisons de transfert, les magasins, les cambistes, les petits détaillants sont quasiment assiégés et les propriétaires de magasins doivent se barricader, et certains d’entre eux projettent même de fermer les portes.

Dans la capitale et spécialement dans les villes de province, face aux anciens militaires que le Premier ministre de facto Gérard Latortue qualifiait de «combattants de la liberté», les habitants n’ont aucun recours. Ces ex-militaires et ledit Front du Nord de l’ex-commissaire Guy Philippe ont en effet pris le contrôle de plusieurs commissariats. « La situation d’insécurité dégénère dans le pays depuis que la police a perdu le contrôle des commissariats au profit des groupes armés qui n’hésitent pas à faire couler le sang des innocents pour parvenir à leurs fins» a signalé un citoyen. Pourtant, et ce n’est pas pour rien, la force multinationale les laisse faire et «dialogue» avec eux.

En une seule journée, dans la capitale, le vendredi 14 mai on a répertorié au moins cinq meurtres par balles, sans compter les vols et autres tentatives des bandits. Le 13 mai, c’est un membre du Conseil des sages, Christian Rousseau qui a été agressé par des individus armés sur la route de Delmas. Ces derniers l’ont dépouillé.

«Il est temps que le gouvernement assume ses responsabilités, il est temps qu’il se mette au côté de la Police nationale pour garantir la sécurité publique. La vie de nos jeunes est constamment en péril… », tel est le cri lancé par de nombreuses personnes. Aux Gonaïves où les chevaliers de nuit ne chôment pas, la question qui se pose publiquement est celle-ci: «Nous nous demandons quelle est la véritable mission de ces soldats étrangers qui ne font que s’exhiber pendant que nos enfants tombent sous les balles assassines des individus armés?»

La situation n’est pas tellement différente dans la deuxième ville du pays, le Cap-Haïtien. Quant à la région du Plateau Central, les ex-militaires «insurgés» y ont quasiment leur quartier général, et l’on devine que comme sources de revenus ils mettent à contribution par la force et les menaces la population de la région. Ne faut-il pas voir dans cette situation un état de fait voulu par les occupants, de même que le gouvernement de facto à d’autres priorités que celle d’assurer la protection des gens.