
Protestation à Miami contre la visite de Gérard Latortue...La première partie de la tournée de Gérard Latortue n’aura pas été vraiment fructueuse
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La situation économique assez inquiétante qui règne en Haïti ne pouvait laissé dormir tranquille le Premier ministre de facto Gérard Latortue. L’administration Bush qui a permis son accession à ce poste a d’autres chats à fouetter, surtout avec les événements qui se précipitent en Irak, et en cette année d’élections, les problèmes de Latortue sont le cadet de ses soucis. En effet, les promesses ne semblent pas satisfaire ce dernier, car après avoir salué son «expertise» et son «indépendance», ses tuteurs paraissent l’avoir oublié. C’est dans ce contexte, qu’il a pris l’avion le 4 mai à destination de Washington, pour rencontrer des personnes qui «comptent»: les représentants des organismes financiers internationaux, des membres du Congrès, des fonctionnaires de l’administration Bush, de l’Usaid. Après sa rencontre le soir même de son arrivée avec le secrétaire d’Etat Colin Powell, celui-ci a cependant affiché une grande réticence à préciser le montant de l’aide éventuelle supplémentaire qu’il pourrait lui fournir. « Je n’ai pas un chiffre à vous fournir pour le moment, nous y travaillons maintenant (...) Nous voyons les comptes disponibles pour nous au Département pour voir si nous pourrions être à même d’effectuer des transferts pour soutenir Haïti (...) Nous sommes réellement en train de chercher, et ce dans d’autres départements aussi» a déclaré Powell qui se porterait ainsi volontaire pour passer le chapeau auprès de ses collègues pour Latortue? Celui-ci, pour sa part, à défaut d’obtenir du concret, de «l’actuel», s’est mis à faire des remerciements pour les «850 millions de dollars» en assistance bilatérale que les États-Unis avaient octroyés à son pays de «1995 à 2003». Il continue à croire qu’en lançant continuellement des flèches au régime Lavalas, ses interlocuteurs s’attendriront sur son cas? Il a l’air de ne pas comprendre qu’il est maintenant en 2004, et qu’il le veuille ou non, il pourra pas passer son temps à se lamenter sur le gouvernement Lavalas pour faire diversion. Il a poursuivi ensuite sa tournée, rencontrant cette fois des membres du Congrès pour parler entre autres en faveur de l’approbation du projet de la loi «Hero», suivant lequel les États-unis accorderaient des préférences commerciales à Haïti permettant de créer des emplois dans l’industrie manufacturière. En cette occasion, à nouveau il sortait une autre de ses perles, découvrant que «la racine du problème haïtien est le chômage». Il ne lui resterait donc qu’à détruire l’arbre par la racine, et c’est ce que ses patrons attendent de lui. Puis ce fut la visite à l’Association des chambres de commerce américaines en Amérique latine (AACCLA) où il y allait cette fois de son savoir d’«économiste», en contant à ses auditeurs que «sur une population de 8 millions de personnes, 40 % d’entre elles ont un bon pouvoir d’achat, ce qui représente plus de 3 millions de personnes (...) Par conséquent nous avons un marché potentiel qui peut croître rapidement si les gens viennent investir, créant plus de revenus... Les premiers investisseurs à arriver seront sans doute ceux qui feront les plus gros profits». Une fois encore, on ne peut savoir d’où il tire ses chiffres, puisque d’après lui, 40 % de la population détient un bon pouvoir d’achat, pourquoi classe-t-on alors Haïti comme le pays le plus pauvre de l’hémisphère? Le jeudi 6 mai, Gérard Latortue a été invité à prendre la parole devant les membres du Conseil permanent de l’Organisation des Etats américains (OEA). « A nos amis de la CARICOM, disait l’effronté qui grognait il y a à peine deux mois contre cette même Caricom avec laquelle il décidait sans autre forme de procès de geler les relations diplomatiques, je n’ai pas besoin de rappeler mon engagement personnel et déjà aussi en faveur de l’intégration régionale. Haïti est membre de cette organisation et entend le rester.» Au beau milieu de son discours, les membres de la Caricom présents dans la salle décidaient de se retirer. Ce qui allait paraître plus renversant durant cette intervention, c’est sans doute lorsque Latortue, pour flatter le gouvernement brésilien dont les soldats devront bientôt prendre la direction des forces de paix des Nations unies en Haïti (MINUSTHA), est tombé dans des platitudes, des niaiseries: «Laissez-moi rappeler à nos amis brésiliens que quand il s’agit de football, les Haïtiens sont brésiliens d’abord, et haïtiens en second lieu. J’aimerais bien voir un match Haïti-Brésil et voir tous les Haïtiens pour le Brésil et contre Haïti. Les Haïtiens attendent déjà les soldats brésiliens pour venir nous aider à maintenir la paix et à désarmer les groupes armés dans le pays. » Surtout pour jouer au footbal, si l’on en croit son discours! Le Premier ministre de facto devait d’ailleurs dès la veille éprouver une plus grande déconvenue avant celle infligée par les membres de la Caricom, lorsqu’il s’apprêtait à rencontrer les congressmen du Black Caucus. En effet, la majorité des représentants de ce secteur, soit plus de 22 parlementaires ont catégoriquement refusé de s’asseoir avec Latortue. Dans un communiqué de presse daté du 5 mai, la représentante Maxime Waters, membre très influent du Black Caucus, a décrit le Premier ministre de facto comme «Une marionnette installée par les partisans du coup d’Etat qui a renversé le président élu démocratiquement Jean-Bertrand Aristide. Il est totalement contrôlé par l’assistant secrétaire d’Etat pour les affaires hémisphériques, Roger Noriega». En définitive, le périple de Gérard Latortue à Washington ne lui aura rapporté une fois de plus que de vagues promesses, puisque les dirigeants de la Banque Interaméricaine (BID) qui disent vouloir décaisser 15 millions de dollars au profit d’Haïti, affirment pourtant attendre l’aval du Fonds Monétaire International (FMI) avant d’agir en ce sens. Le Premier ministre de facto Latortue est donc rentré à Port-au-Prince le vendredi 7 mai pour, en réalité, n’effectuer qu’un transit, puisqu’il devait prendre un autre avion le même jour pour se rendre une nouvelle fois aux Etats-Unis, cette fois-ci à New York où il a rencontré le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU) Kofi Annan à propos de l’arrivée en Haïti le mois prochain de la force de paix, la MINUSTHA qui doit remplacer la force multinationale intérimaire. Ensuite, Latortue s’est rendu en Europe pour s’entretenir avec le président français Jacques Chirac à Paris et les dirigeants de l’Union européenne à Bruxelles (Belgique). Ce mardi 11 mai il était reçu de façon assez rapide par le présentateur de nouvelles de TV5. Après d’autres platitudes sur les affinités françaises des Haïtiens, il lisait littéralement ses réponses à des questions préparées à l’avance. Somme toute, la première partie de la tournée de Gérard Latortue n’aura pas été vraiment fructueuse. Il y a eu bien sûr l’un des médias promoteurs du coup d’État du 29 février dernier, Radio Métropole en l’occurrence, pour exulter, lancer des cris de triomphe, fabriquer des illusions en énumérant les promesses de l’aide qui va s’abattre sur Gérard Latortue: «En moins de trois mois, chantait le speaker de Métropole le 11 mai, le gouvernement Alexandre/Latortue aura battu le record du nombre de visites de soutien ou de solidarité reçues de la part de l’étranger. Tout laisse croire que l’International sourit à Haïti. Qu’ils s’agissent des responsables américains, latinoaméricains, français, canadiens, européens ou encore la brève rencontre de Gérard Latortue avec le président américain George Bush, le temps est à l’appui pour Haïti. 40 millions de dollars en plus, promet Colin Powell, ajouté aux 55 millions pour l’assistance humanitaire, 13 millions supplémentaires du côté canadien, annoncent les ministres Graham, Cairol et Coderre. Sans compter les 15 millions déjà versés pour le chapitre humanitaire. Appui moral du Vatican qui réclame l’annulation de la dette extérieure en attendant l’apport français avec la venue, cette semaine, du chef de la diplomatie française Michel Barnier.» Autrement dit, si l’on devait prêter foi aux dires de Radio Métropole, avec de tels apports déjà engrangés, il n’y aurait aucune raison pour Gérard Latortue d’aller continuer sa quête auprès de l’Union européenne! Sans mjême aller plus loin, on sait bien qu’outre que ce sont des promesses très vagues qu’aura reçues Latortue de la part de Powell, pour sa plus grande part l’aide énumérée par Métropole concerne les ONG. Un geste d’ailleurs résume à lui tout seul l’appui de Washington à Latortue, c’est celui de Colin Powell qui, donnant la poignée de main au Premier ministre de facto pour la photo, consultait en même temps ostensiblement et assez cavalièrement sa montre, l’air de lui dire: On avait besoin d’un mercenaire docile, dévoué et obéissant, vous vous êtes proposé, vous avez eu le job, donc soyez patient, car moi je suis pressé et j’ai d’autres chats à fouetter. Et attendez nos instructions.
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