12 Mai, 2004

May 12, 2004

12 Me, 2004
Vol. 22 No. 9

La chasse aux sorcières lancée depuis le kidnapping et l’exil forcé du président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide le 29 février dernier par les autorités de facto de connivence placées avec les forces militaires d’occupation dirigées par les États-Unis, continue de plus belle. Aucun sympathisant du gouvernement constitutionnel ne serait à l’abri de cette rage pour arriver à déraciner le mouvement Lavalas. Dans la nuit du dimanche 9 mai, c’est Annette Auguste dite Sò Ann et sa famille qui allaient faire les frais de furie des occupants et de leurs sbires indigènes. Comme nous le disons plus haut, c’est en pleine nuit, vers minuit qu’un détachement des forces d’occupation, des militaires nord-américains arrivés dans un véhicule blindé, armés jusqu’aux dents comme s’ils allaient à l’assaut d’un repaire d’Al Qaida, investissaient sa résidence à Delmas, dans la banlieue de la capitale.

«Les militaires américains ont fait usage d’une grenade pour faire sauter la barrière de la résidence afin d’y pénétrer. Les éclats ont même endommagé un véhicule qui se trouvait dans la cour et provoqué la mort du chien... Ils ont ensuite kidnappé dix autres personnes, menotté une enfant de cinq ans après avoir perpétré d’autres dégâts matériels et même emporté d’autres biens comme ils le font d’habitude partout où ils passent», nous disait un proche.

Intervenant le lendemain sur les ondes, une nièce de Sò Ann, présente lors de l’opération, a confirmé que les soldats yankees avaient emmené dix membres de la famille, dont des enfants en bas âge qui ne devaient être libérés que six heures plus tard. Mme Annette Auguste a donc été gardée prisonnière et incarcéré au Pénitencier national. «Cet acte relève du terrorisme. Ils disent combattre le terrorisme alors qu’ils l’ont fait chez moi. Sans mandat» a constaté la nièce de Sò Ann.

Cependant, outre le caractère illégal de l’interpellation, tant par l’heure tardive que par les moyens utilisés, sans aucun mandat, la violation systématique des droits de la victime qui a été bousculée et frappée, piétinée, il y a aussi les raisons entourant l’arrestation qui prêtent puisque, d’un côté, le porte-parole de la Force multinationale, David Lapan, a indiqué que la militante politique avait été arrêtée à cause de mauvais propos tenus contre les militaires étrangers et les policiers nationaux, alors que d’un autre côté, le dirigeant de ladite Coalition nationale pour les droits des Haïtiens (NCHR), Vilès Alizar, a voulu faire croire que Sò Ann est accusée d’avoir fourni les moyens nécessaires aux membres d’organisations populaires (OP) qui s’étaient attaqués aux étudiants de la Faculté des sciences humaines le 5 décembre dernier. Le fils d’Annette Auguste, Ralph Samedi, a toutefois fait remarquer: «Si ma mère a tenu des propos menaçants à l’encontre de la force multinationale, il faudra qu’on dise sur quelle radio, sur quelle télévision.» Et même dans le cas où ce serait vrai, une telle accusation ne fait que prouver que la force d’occupation voudrait même supprimer la liberté d’expression.

Un des porte-parole du parti Fanmi Lavalas, l’ex-député Gilvert Angervil a vivement dénoncé l’arrestation d’Annette Auguste qui s’inscrit dans le cadre de la campagne de persécutions exercée contre les partisans du parti à travers le pays. «Ce que veulent les autorités en fait, c’est de mettre sous les verrous tous les dirigeants et membres de Fanmi Lavalas, persécuter, harceler et pousser dans le maquis tous les partisans du parti à travers le pays… voilà le type de démocratie qu’ils voulaient en réclamant de l’étranger qu’il fasse partir le président Aristide.»

Il s’agit aussi pour le gouvernement de facto, en s’en prenant à une militante connue, d’intimider tous les autres pour les dissuader de prendre part à la grande manifestation programmée par Fanmi Lavalas pour le 18 mai prochain, jour de la Fête du drapeau.

Cependant, les militants du secteur populaire n’entendent pas lâcher prise face aux putschistes et leurs cerbères étrangers. Tout en exigeant l’élargissement de la militante Lavalas Sò Ann, ils en appellent à la mobilisation générale pour forcer l’occupant à quitter le pays et pour obtenir le départ des autorités de facto. «Nous demandons aux organisations populaires de rester mobilisées à travers le pays en attendant nos mots d’ordre», a déclaré Millien Roger de «Base Fanmi Lavalas».