
On avait besoin d’un mercenaire docile, dévoué et obéissant, vous vous êtes proposé, vous avez eu le job, donc soyez patient, car moi je suis pressé et j’ai d’autres chats à fouetter. Et attendez nos instructions.
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Les quinze Etats membres formant le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) ont voté à l’unanimité le vendredi 30 avril une résolution prévoyant la création d’une force de paix pour Haïti qui devra remplacer d’ici le 1er juin prochain la force multinationale intérimaire, conduite par les Etats-Unis. Notons que cette dernière avait été déployée suite à une précédente résolution de l’ONU, la 1529, adoptée en marge de l’enlèvement et de l’exil forcé le 29 février du président constitutionnel haïtien, Jean-Bertrand Aristide.
Suivant cette nouvelle résolution 1542, le Conseil de sécurité «décide d’établir, sous le nom de Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), la force de stabilisation visée dans sa résolution 1529 (2004), pour une durée initiale de six mois qu’il compte renouveler, et demande que la passation des pouvoirs de la force multinationale intérimaire à la MINUSTAH se fasse le 1er juin 2004; décide que la MINUSTAH aura une composante civile et une composante militaire, conformément au rapport du secrétaire général sur Haïti (S/2004/300), la composante civile devant comporter au maximum 1622 membres de la police civile, y compris des conseillers et des unités constituées, et la composante militaire jusqu’à 6700 hommes, tous grades confondus, et demande en outre que la composante militaire rende compte directement au représentant spécial par l’intermédiaire du commandant de la force…»
De plus, conformément aux différentes tâches qui seront assignées à cette force, qui probablement sera chapeautée par le Brésil, elle aura entre autres à «pourvoir, à titre d’appui au gouvernement de transition, à la sécurité et à la stabilité propices au bon déroulement du processus constitutionnel et politique en Haïti; aider le gouvernement de transition à surveiller, restructurer et réformer la Police nationale haïtienne…, aider le gouvernement de transition, en particulier la Police nationale haïtienne, à mettre en œuvre des programmes de désarmement, de démobilisation et de réinsertion complets et durables à l’intention de tous les groupes armés… ; aider le gouvernement de transition à organiser, surveiller et tenir au plus vite des élections municipales, parlementaires et présidentielles libres et régulières, en particulier en fournissant une assistance technique, logistique et administrative…»
Autant de tâches et de prérogatives donc pour réduire, le plus que possible, à sa plus simple expression le gouvernement de facto Alexandre/Latortue et le maintenir dans son rôle d’intermédiaire et de gardien des intérêts des grandes puissances impérialistes à travers ce processus de transition politique. D’ailleurs, le Premier ministre de facto Gérard Latortue ne se montre aucunement gêné par rapport à ce renforcement de la mise sous tutelle du pays par les forces d’occupation, en dépit du fait qu’il se présentait ainsi que ses collaborateurs comme des «experts», des «compétents», des «technocrates»; une compétence dont les fruits se font encore attendre puisque la situation, à tous les niveaux, empire de jour en jour. De fait, il aura profité certainement de son récent périple à Washington pour ingurgiter les nouvelles instructions de ses patrons qui hésitent encore, malgré la médiatique solidarité exprimée à son endroit, à délier les cordons de leurs bourses.
Ceux qui l’ont placé là savent pourquoi, et il n’a qu’à user de patience. Il voulait être Premier ministre, il l’est, le reste ne dépend pas de lui.
La classe politique traditionnelle ne se dérobe pas non plus de l’emprise de l’occupant. Et opinant sur la création de la force de paix décidée par l’ONU pour prendre le contrôle définitif du pays, le dirigeant de la Plate-forme démocratique et du Konakom, Victor Benoit, a salué l’initiative tout en disant souhaiter qu’elle pourra accélérer le processus de désarmement et les réformes nécessaires au niveau de l’appareil judiciaire. Reste à savoir, cependant, combien de temps prendront-elles, les frustrations, pour se manifester? Les tuteurs ne paraissent même pas faire confiance à leurs poulains, et continuent à leur tenir la bride, pour éviter tout faux pas.
Avec cette résolution, en effet, les forces d’occupation se montrent déterminées à mettre les garde-fous nécessaires pour consolider leur mainmise, éviter tout dérapage, n’accorder un minimum d’autonomie que pour pouvoir au besoin rejeter le blâme sur les «technocrates» afin de parvenir à leurs fins.