
A l’occasion de ce Premier Mai, qui ramène également la journée de l’Agriculture, les autorités de facto ont voulu opter pour «la tradition» en organisant, pour tenter d’imiter le gouvernement constitutionnel, une foire agro-artisanale au Champ-de-Mars dans la capitale.
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Ce Premier Mai 2004 ramenait la Journée internationale des Travailleurs. Cela fait donc exactement 114 ans depuis que cette date a été retenue pour commémorer l’anniversaire. de ce 1er mai 1890, quand les dirigeants de la Deuxième Internationale décidèrent de dédier le premier jour du mois de mai aux ouvriers du monde en hommage aux centaines de milliers de travailleurs, dont 80.000 à Chicago, qui avaient manifesté quatre ans plus tôt, aux Etats-Unis pour dénoncer leurs conditions de travail et exiger la journée de travail de huit heures. Trois jours après cette grande mobilisation du 3 janvier 1886, des violences inouïes allaient être exercées contre les ouvriers à Chicago après que ceux-ci, au nombre d’un millier, eurent organisé une manifestation devant les locaux de l’usine Formik Harvester pour exiger leur réintégration au sein de l’entreprise. Mais c’est à partir de 1917, après le triomphe de la Révolution soviétique que cette célébration se généralisait. En Haïti, cette commémoration intervient en 2004 dans un contexte où les bottes de l’impérialisme yankee souillent une fois de plus le sol national fragilisant, en conséquence, davantage les conditions d’existence déjà précaires des masses populaires. Car il ne fait l’ombre d’aucun doute que la présence militaire de l’occupant vient conforter la position des «industriels» de la sous-traitance dans le pays, dont André Apaid, profiteurs attitrés d’une main-d’oeuvre taillable et corvéable à loisir. Surtout que désormais leurs représentants occupent les hautes sphères du pouvoir politique. De fait, le Premier ministre de facto Gérard Latortue, en visite la semaine dernière en République dominicaine, avait invité le secteur privé haïtien à suivre l’exemple des investisseurs dominicains en créant des zones franches industrielles afin, prétendument, de générer des emplois. Ainsi, son passage au timon des affaires publiques lui donnera l’occasion de mettre les structures en place pour laisser les coudées franches aux investisseurs, tant étrangers que nationaux, pour poursuivre leur mainmise sur l’économie nationale et étouffer encore plus le peuple haïtien. Par ailleurs, à l’occasion de ce Premier Mai, qui ramène également la journée de l’Agriculture, les autorités de facto ont voulu opter pour «la tradition» en organisant, pour tenter d’imiter le gouvernement constitutionnel, une foire agro-artisanale au Champ-de-Mars dans la capitale. A l’image de la situation catastrophique que connaît actuellement le pays, le déroulement de cette foire ne pouvait occulter les réelles préoccupations de la population. Pour preuve, à l’occasion de la cérémonie de lancement de cette activité, le Premier ministre de facto a été conspué par nombre de participants qui lui criaient: «La vie est chère, nous n’en pouvons plus. Cessez de faire de la rhétorique, baissez de préférence le prix du riz.» Latortue a alors quasiment perdu la parole, et n’a pu que bafouiller que son gouvernement n’était pas responsable de la cherté de la vie. «Le rôle de l’Etat est de mettre des infrastructures pour favoriser les investissements afin de générer des emplois et la production. Ce n’est donc pas la vie qui est chère, c’est de préférence l’argent qui fait défaut», a lancé ce sophiste qui a avoué en même temps que peu lui importait les conditions de vie du peuple. Et même ces investissements, d’où vont-ils venir? Une dizaine de sous-traitants en plus qui vont employer un millier de personnes pour s’enrichir, c’est cela sa solution? Cela suffira-t-il pour qu’il continue à détruire toute trace de production de denrées alimentaires dans le pays? De toutes façons, le public ne semblait pas disposé à avaliser ses couleuvres. D’autre part, toujours avec sa manière démagogique d’aborder les questions socio-économiques, Gérard Latortue a voulu verser des larmes de crocodile sur le sort des paysans, tout en feignant d’ignorer les torts causés à ces derniers par les grands dons à travers le pays et notamment dans la vallée de l’Artibonite. «J’ai parlé au président de la République (Le sien: Boniface Alexandre) pour lui dire qu’on doit reconnaître le paysan ; c’est lui qui nous a envoyé à l’école, qui nous donne à manger,… et nous les appelons des gens en dehors. Donc, il serait juste de faire une statue du paysan inconnu », a-t-il ânonné. Et tant qu’à faire des statues, pourquoi n’en ferait-il pas sculpter une pour l’âne bien connu? Quant aux produits exposés à l’occasion de cette foire, on a pu constater une nette détérioration au niveau de la qualité et de l’originalité par rapport aux années antérieures. En effet, la plupart des produits qui ont été soumis à l’appréciation du public, à part certains plats typiquement locaux et des articles d’artisanat, sont importés et n’ont pratiquement pas leur place dans une telle activité, où c’est la production locale qui devrait être mise en valeur. Des activités similaires ont été également organisées dans les grandes villes du pays, notamment à Jacmel où la fête du Travail a coïncidé avec la fête patronale de cette ville. La commémoration de la Journée mondiale des Travailleurs et de l’Agriculture cette année aura permis néanmoins au peuple haïtien de se rendre compte à quel type de gouvernement il a désormais affaire. En fait, cette équipe de facto, ayant à sa tête Gérard Latortue, prouve bien qu’il n’a que faire des véritables revendications de la population, sinon qu’elle ne cherche uniquement qu’à satisfaire la soif d’accumulation de l’impérialisme et de ses sous-fifres.
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