
André Apaid (à droite) et Victor Benoit: vu les conditions actuelles de l’économie tant mondiale que nationale, des contradictions ne sauront tarder à éclater au sein des classes dominantes. Car il n’y aura pas du blé pour tous les rats, et l’impérialisme a choisi la minorité qui devra gérer le grenier.
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La rencontre du 19 avril à la Primature, d’une durée de dix heures, entre le chef du gouvernement de facto Gérard Latortue et une délégation du parti Fanmi Lavalas, composée de Leslie Voltaire, Rudy Hériveaux, Gilvert Angervil et Emmanuel Cantave, concernant la date de la désignation du représentant Lavalas au Conseil électoral provisoire (CEP), n’avait abouti à aucune entente, et Latortue leur avait lancé un ultimatum pour le 30 avril pour intégrer l’appareil électoral. Pour leur part les membres du Comité exécutif de Fanmi Lavalas ont continué à exiger des garanties de sécurité avant de bouger. Ce qui est tout à fait normal, puisque c’est même une politique officielle du gouvernement de facto de harceler les proches du président Aristide.
Dans une correspondance en date du 28 avril, Fanmi Lavalas lui a réitéré sa volonté de participer à la formation du CEP moyennant toutefois la mise en application, entre autres, du point relatif à la question de sécurité inclus dans les clauses du Projet d’accord initial concernant la réalisation des élections dans le pays. Encore une fois, les dirigeants Lavalas ont exhorté le gouvernement de facto à cesser la campagne de persécutions orchestrée contre ses membres, à procéder au désarmement des groupes armés à travers le pays et à libérer les commissariats et les sous-commissariats de police placés sous le contrôle de bandes armées dans plusieurs départements.
Au lieu de prendre des dispositions urgentes visant à satisfaire tant soit peu ces demandes, le gouvernement de facto s’est empressé de nommer par arrêté présidentiel l’organisme électoral sans que Lavalas y soit représenté. Cet arrêté présidentiel stipule: «… Vu la Résolution 822 de l’Organisation des Etats américains; considérant l’entente convenue entre la communauté internationale, les organisations de la société civile et les partis politiques, portant sur la création de la commission tripartite et du conseil des sages ; considérant qu’il importe de procéder à la formation d’un nouveau conseil électoral devant réaliser des élections générales dans le pays; considérant qu’il y a lieu de nommer huit des neuf membres dudit Conseil en attendant que celui-ci soit rejoint par le membre manquant; sur rapport des ministres de l’Intérieur , des Collectivités et de la Sécurité nationale, de la Justice et de la Sécurité Publique , de l’Economie et des Finances et après délibération en Conseil des Ministres;
Arrête: Article 1- Les citoyens dont les noms suivent sont nommés Membres du Conseil Electoral Provisoire : Rosemond Pradel (Convergence Démocratique), Patrick Féquière (Partis politiques non-alignés), Pauris Jean-Baptiste (Eglise protestante), Max Mathurin (Cour de cassation), Laure Julien (Eglise catholique), Louis Gerson Richeme (Eglise épiscopale), François Benoît (Secteur privé), Freud Jean (Droits humains)…»
Au lendemain de la publication de l’arrêté, le 1er mai, Latortue qui se trouvait à Jacmel dans le cadre de la Fête de l’Agriculture et du Travail a exprimé sa satisfaction et en a profité pour préciser qu’il n’y aurait pas d’autres séances de discussions avec les représentants Lavalas. Cependant, il a ajouté que ces derniers disposent encore d’un certain délai, dont il n’a pas précisé la durée, pour compléter la formation du CEP. Sinon, indiquait-il, cinq des huit délégués composant déjà le CEP, en l’occurrence les représentants des Églises catholique, protestante et épiscopale, de la Cour de cassation et des droits humains devront se réunir pour choisir un secteur pour combler la place vacante et ce, selon les prescriptions de l’Accord initial. Un Accord initial qui a bon dos et qui peut servir à n’importe quoi. Mais l’essentiel pour ce roublard de Latortue, c’est d’être parvenu à ses fins tout en faisant semblant de solliciter la participation de Fanmi Lavalas au CEP. Les dirigeants de ce Parti en étaient-ils dupes? On espère que non, d’autant plus qu’on n’arrive pas à comprendre comment ils pourraient participer à des élections présidentielles alors que le président constitutionnel, qui est le chef de leur Parti, n’a point démissionné et qu’il a été victime d’un kidnapping, évidemment inadmissible et illégal.
En fait, la mise en place de ce CEP n’est que l’aboutissement d’une lutte de longue haleine pour l’élimination de Fanmi Lavalas, représentant des masses populaires de l’échiquier politique. D’ailleurs, Evans Paul du KID (Konvansyon inite demokratik) n’a-t-il pas récemment déclaré: «Je pense qu’un gouvernement démocratique doit être tolérant. Tous les secteurs doivent pouvoir fonctionner et exprimer leurs opinions. Mais cela comporte une limite. Car, je crois que Lavalas ne se reconnaît pas dans le contexte actuel.» Pour sa part, le dirigeant de Génération 2004, Claude Roumain, a utilisé tout un arsenal de qualificatifs pour dénigrer le parti Lavalas: «Ce n’est pas un véritable parti politique, c’est un gang à la tête duquel se trouve un chef tout-puissant, despotique ayant une tendance à l’anarchie (…), nous ne pouvons pas nous laisser faire par une telle entreprise…» Latortue remporte pour l’instant leur adhésion sur ce point, mais jusqu’à quand?
En définitive, face au projet des autorités d’occupation et de leurs mercenaires indigènes, d’éliminer le peuple de la scène politique, il reste à celui-ci sa capacité de mobilisation pour ne pas se laisser asservir, car s’il a perdu une bataille, il n’a point perdu la guerre. D’autant plus que vu les conditions actuelles de l’économie tant mondiale que nationale, des contradictions ne sauront tarder à éclater au sein des classes dominantes. Car il n’y aura pas du blé pour tous les rats, et l’impérialisme a choisi la minorité qui devra gérer le grenier.