28 Avril, 2004

April 28, 2004

28 Avril, 2004
Vol. 22 No. 7

Si l’impérialisme et ses sous-fifres locaux croyaient tant aux vertus du suffrage universel, ils n’auraient pas eu à perpétrer deux coups d’Etat contre le président Aristide en moins de quinze ans.

Les autorités du gouvernement de facto Alexandre-Latortue manifestent leur détermination à mettre sur pied l’organisation d’élections générales durant l’année 2005, comme Gérard Latortue l’avait annoncé. Le 4 avril dernier, la «Société civile» du Groupe des «184» d’André Apaid junior et les partis politiques réunis dans la Convergence Démocratique concluaient sous leurs auspices l’accord «Consensus de transition politique» qui stipule les étapes de cette affaire d’élections.

Le gouvernement de facto est donc passé à la formation du Conseil électoral provisoire (CEP), en principe toujours selon la formule inscrite dans le Projet d’accord initial, entériné par la Résolution 822 du 4 septembre 2002 de l’OEA. Huit des neuf secteurs concernés, qui renâclaient sous la présidence constitutionnelle d’Aristide, ont aussitôt signé et confirmé leurs représentants respectifs qui sont déjà prêts à prêter serment pour organiser la grande aventure électorale. L’insécurité qui règne n’est plus un prétexte pour opposer un refus de participation comme cela avait été le cas sous le régime Lavalas.

En fait, c’est au tour désormais des membres de Fanmi Lavalas d’invoquer la question de la sécurité, et fort justement, car ses membres et partisans de même que les cadres et ex-fonctionnaires sont ouvertement persécutés par les dirigeants en place. Le Premier ministre de facto, Gérard Latortue lui-même, n’a-t-il pas déclaré publiquement que la chasse aux «chimères» constituaient une priorité de son gouvernement! Et sous ce terme, nous savons bien que ce sont les gens du peuple favorables au régime constitutionnel qui sont désignés ainsi de façon péjorative.

Pourtant, malgré ces menaces, comme condition pour envoyer son propre représentant à ce CEP, Fanmi Lavalas ne fait que réclamer des garanties de sécurité pour ses membres. «Nous avons toujours répété que les élections constituent la voie royale pour arriver au pouvoir dans tout système démocratique, mais on ne peut nous demander de désigner un représentant au CEP, pendant que nos membres et dirigeants sont persécutés ou incarcérés de façon illégale», indiquait l’ex-député Rudy Hériveaux, membre du bureau de communication du Parti Fanmi. Garantie de sécurité qu’il n’aura point car l’une des tâches poursuivies par les autorités d’occupation et leur Premier ministre Gérard Latortue, c’est de marginaliser totalement Fanmi Lavalas sinon d’en finir.

Latortue pourra toujours de son côté dire que c’est ce parti qui n’a pas voulu envoyer son délégué au CEP.

D’ailleurs, dans une correspondance adressée au sénateur Yvon Feuillé de Fanmi Lavalas, il lui avait lancé un ultimatum pour le lundi 19 avril, menaçant de le faire remplacer, «selon les clauses prévues par ledit Accord initial», que nous mentionnons plus haut. Mais à l’expiration du délai, Latortue a révisé sa position en prétendant qu’il ne souhaitait pas que le parti du président Aristide soit exclu du processus. Il accueillait des représentants du parti Fanmi Lavalas ce même 19 avril à la Primature pour discuter à nouveau de ses conditions. Toutefois, au terme de plus de dix heures, les deux parties ne seraient pas arrivées à s’entendre, sauf à donner un nouvel ultimatum jusqu’au 30 avril à Fanmi Lavalas pour faire connaître son représentant.

Mais, si le gouvernement de facto fait semblant de vouloir maintenir Fanmi Lavalas en lice, les dirigeants de l’ex-opposition, de leur côté, expriment ouvertement le souhait de le voir banni définitivement de la scène politique. « Je crois qu’ils (les lavalassiens) font du dilatoire pour essayer de bloquer le processus démocratique, comme ils l’ont toujours fait. Je crois qu’il faut avancer; nous devons le plus rapidement possible ne pas laisser ce qui reste de Lavalas empêcher la machine électorale de se mettre en place pour lancer le processus électoral» a clamé Claude Roumain de Génération 2004. Son acolyte du KID (Konvansyon Inite Demokratik), Evans Paul, se faisait plus féroce: «Je pense qu’un gouvernement démocratique doit être tolérant. Tous les secteurs doivent pouvoir fonctionner et exprimer leurs opinions. Mais cela comporte une limite. Car, je crois que Lavalas ne se reconnaît pas dans le contexte actuel (...). Je crois que la patience est à son comble.»

Mais pourquoi le parti Fanmi Lavalas veut-il s’obstiner ainsi à se jeter dans une telle aventure où sa sentence est prononcée à l’avance? Comment ce parti peut-il vouloir participer à des élections organisées par ceux-là mêmes qui ont été des complices du coup d’État et du kidnapping qui a mis fin au régime constitutionnel? Quelle logique, quelle cohérence préside à cette attitude? Car si l’impérialisme et ses sous-fifres locaux croyaient tant aux vertus du suffrage universel, ils n’auraient pas eu à perpétrer deux coups d’Etat contre le président Aristide en moins de quinze ans.