
En février 2004, au moment où le bras armé de l’opposition au président Aristide attaquait les commissariats du Plateau Central et de l’Artibonite et commettait toutes sortes d’exactions contre la population, Chamblain est revenu à leur tête au pays pour participer aux côtés de Guy Philippe, des ex-militaires et de certains repris de justice comme Jean Tatoune au renversement du président Aristide
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Le numéro deux de l’organisation paramilitaire Fraph, Louis Jodel Chamblain, qui avait sévi contre la population pendant la période du coup d’Etat militaire (1991 – 1994) qui avait interrompu le premier mandat du président Aristide, et qui récemment encore à la faveur des derniers événements a fait l’objet de dénonciations persistantes de la part des organisations de défense des droits humains tant nationales qu’internationales, -Amnesty International entre autres- s’est constitué prisonnier le 22 avril au commissariat de Pétionville. La veille, Louis Jodel Chamblain avait rencontré le ministre de la Justice, Bernard Gousse, et le directeur général de la Police nationale Léon Charles. C’est suite à ce tête-à-tête que Chamblain annonçait sur les ondes sa décision de se rendre à la justice le lendemain. Au jour indiqué, accompagné de sa femme Caroline, de son avocat Stanley Gaston et de deux de ses acolytes du Front, Winter Etienne et l’ex-commissaire Guy Philippe, l’ancien responsable du FRAPH présentait une conférence de presse à l’hôtel Ritz Kinam à Pétionville en présence du ministre Bernard Gousse, au cours de laquelle il a expliqué les raisons de sa décision en ces termes: « (…) Moi, le commandant Guy Philippe et les autres commandants de la révolution (sic!), nous n’avons jamais eu peur de Jean-Bertrand Aristide. Je m’étais armé de courage pour réaliser la révolution ayant conduit à la libération des étudiants haïtiens, de la classe intellectuelle haïtienne et d’Haïti toute entière. Et, puisque je fais l’objet de plusieurs accusations, je m’investis du même courage pour me présenter au monde entier avec une conscience en paix et des mains propres et vides. C’est pour cela d’ailleurs, je suis disposé à me faire prisonnier afin d’accorder une chance à la construction de la démocratie pour laquelle je lutte et à l’établissement de la justice dans le pays. Telles sont les raisons de mon sacrifice aujourd’hui.» On ne pouvait être plus solennel! Sur ce, le ministre Gousse ne pouvait pas ne pas se montrer à la hauteur de cet événement tout à fait «historique», puisqu’il avait cru absolument nécessaire d’y manifester sa présence. À son tour il lui fallait trouver les grands mots, et il s’en est acquitté en lâchant: «C’est une bonne et noble décision de sa part!... La sécurité n’implique pas seulement la répression, c’est aussi une affaire de persuasion, une affaire de confiance, dans le système judiciaire. Nous en avions discuté avec le représentant de Chamblain. Comme nous l’avions annoncé hier à la presse, tout s’est passé en ordre et la justice de son côté va faire son travail.» Tout avait donc été réglé comme un spectacle, et Louis Jodel Chamblain versait même des larmes. L’agence de presse électronique de Gotson Pierre, Alterpresse, en est arrivée à préciser que «Chamblain paraissait très ému et arrivait difficilement à contenir ses larmes en annonçant cette nouvelle à la presse» (AlterPresse, 22-04-04). Dommage que Gotson Pierre n’ait pas pensé à recueillir ces pleurs pour en remplir son bénitier et en asperger les autres criminels qui auront participé au renversement du gouvernement constitutionnel. Chamblain pleurait-il sur sa reddition «héroïque» ou sur les milliers de cadavres du Fraph? La question ne s’est pas posée car tout le monde en remettait pour son geste. L’inévitable Jean-Claude Bajeux, qui aurait pu se taire au moins cette fois, trouvait que l’attitude de Chamblain relevait de la «sagesse». L’immuable correspondant de l’Agence France Presse (AFP) en Haïti depuis l’ère de Papa Doc, Dominique Levanti faisait parvenir son papier aux journaux de la francophonie, où le ton «objectif» de rigueur n’a pu l’empêcher d’ajouter une note de compréhension à l’endroit du «condamné» pour expliquer la conduite antérieure de celui-ci: «Un document écrit, très favorable à Chamblain, concluait Levanti, a été remis hier aux journalistes. Sous le titre Qui est Louis Jodel Chamblain?, le texte affirme que durant le premier mandat de Jean-Bertrand Aristide (1991-1996), ‘la femme enceinte de Chamblain a été brutalement assassinée chez elle par des sbires d’Aristide armés de poignards’» (Le Devoir et La Presse, Montréal, 23-04-04). C’est à croire que Dominique Levanti était présent sur les lieux, car il n’a même pas pris la peine de vérifier cette «nouvelle» qu’il tranmet aussi subtilement et généreusement. Il aurait pu au moins rappeler que ce mandat d’Aristide avait été interrompu de septembre 1991 à octobre 1994. Pour notre part, notons que ce n’est pas la première fois que cette même «justification» est mise de l’avant pour tenter d’expliquer des comportements criminels psychotiques. Ainsi c’est la même version qui avait été utilisée pour «comprendre» le sanguinaire François Brissol plus connu sous le nom de «Boss Pent», qui sévissait au Portail Saint-Joseph à Port-auPrince sous le règne de Duvalier père. On disait alors que la femme de Boss Pent avait été tuée de la même façon par «les sbires de Daniel Fignolé», candidat à la présidence en 1957. Dominique Levanti, qui était déjà à l’époque, correspondant de l’AFP, aurait pu aisément découvrir la similitude frappante des deux histoires. Pour Chamblain on n’aura eu qu’à changer le nom de Fignolé pour celui d’Aristide! Mais revenons à la question posée par le «document» en question dont a bien voulu nous entretenir Dominique Levanti: «Qui est Louis Jodel Chamblain?» Disons d’abord qu’au retour au pouvoir du président Aristide en 1994, il s’était réfugié en République dominicaine ainsi que d’autres membres du FRAPH et des militaires qui avaient participé à des exécutions sommaires, à des massacres durant le règne dictatorial des putschistes, celui par exemple de Raboteau aux Gonaïves en avril 1994, dont justement ce 22 avril ramenait le dixième anniversaire. Comme l’a écrit Amnesty International dans son rapport publié le 3 mars dernier, Chamblain a été jugé par contumace en deux fois et a été condamné aux travaux forcés à perpétuité en ces deux occasions, d’abord pour sa participation à la tuerie de Raboteau, ensuite pour son implication dans le meurtre d’Antoine Izméry le 11 septembre 1993. En février 2004, au moment où le bras armé de l’opposition au président Aristide attaquait les commissariats du Plateau Central et de l’Artibonite et commettait toutes sortes d’exactions contre la population, Chamblain est revenu à leur tête au pays pour participer aux côtés de Guy Philippe, des ex-militaires et de certains repris de justice comme Jean Tatoune au renversement du président Aristide suivant un scénario mis sur pied par les autorités nord-américaines et françaises qui allait aboutir au kidnapping du président constitutionnel le 29 février dernier. Pour en revenir au 22 avril 2004, il semble que le scénario ait été monté au cours de la rencontre entre les autorités et Chamblain, car alors que ce dernier tout en larmes annonçait à la presse la nouvelle de sa reddition volontaire, un contingent de policiers à la tête duquel se trouvait Léon Charles était déjà sur place pour l’emmener à la prison. D’après son avocat Stanley Gaston, au cours de la conférence de presse, le geste de son client annule automatiquement la décision par contumace puisque ce dernier s’est rendu disponible pour la justice avant l’échéance du délai de quinze ans prévu par la loi en pareil cas. Et Maître Gaston d’ajouter: «Un nouveau procès aura à se tenir, et nous sommes confiant.» Il ne pourrait en être différemment, et les proches du «prisonnier» évoquent déjà une décision de grâce en faveur de ce dernier. Un autre procès, comme le lui permet sa condamnation antérieure par contumace, peut tout aussi bien en arriver à un non-lieu ou un acquittement pur et simple, car quel témoin viendrait se hasarder par les temps qui courent à venir déposer contre un «combattant de la liberté» dont les complices restent toujours bien armés comme supplétifs des forces d’occupation étrangères? Mais qu’en sera-t-il de Jean Tatoune qui, lui, n’a pas été condamné par contumace, et qui n’a pas nécessairement droit à un nouveau procès? En définitive, tout ce spectacle est cousu de fil blanc et n’a été monté que pour satisfaire l’opinion publique internationale, donner crédit à des organisations dites des droits humains comme la NCHR et le CARLI, et donner bonne presse au régime fantoche Alexandre-Latortue qui pourra entre-temps, au nom de la justice, pourchasser en toute quiétude les «chimères» et sympathisants du gouvernement constitutionnel renversé. La Fondation 30 Septembre, qui s’est depuis longtemps consacrée à réclamer justice pour les victimes du coup d’État de septembre 1991, a d’ailleurs qualifié de mascarade la reddition de l’ex-paramilitaire, «fruit d’un compromis» entre ce dernier et le gouvernement de facto de Gérard Latortue.
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