28 Avril, 2004

April 28, 2004

28 Avril, 2004
Vol. 22 No. 7
Économie: Des discours sans ressources!


Selon la ministre de l’Industrie, du Commerce et du Tourisme, Danielle Saint-Lot, la situation ne serait pas prête de s’améliorer puisque les prix ne commenceront à baisser que dans les six prochains mois

Malgré les promesses tapageuses clai ronnées par le gouvernement de facto, la situation générale ne connaît pas d’amélioration et surtout les perspectives sont plutôt sombres, tant au niveau de la sécurité que des conditions de vie. La situation se dégrade même à un rythme ahurissant, et les autorités en place n’ont point encore offert l’amorce d’un projet, à part la mise sur pied de leurs élections et la chasse aux sorcières menée contre les partisans et membres du régime Lavalas.

En effet, environ deux mois après le départ des autorités Lavalas, les « technocrates » du gouvernement de facto Alexandre-Latortue continuent à se plaindre des anciens dirigeants qui leur auraient légué un lourd et difficile héritage. Ne l’avaient-ils pas prévu?, car ce n’est pas d’aujourd’hui qu’ils étaient à l’affût ; ils auraient dû se préparer à une telle éventualité.

A propos notamment des produits de première nécessité, leurs prix ont en moyenne doublé (Voir tableau ci-dessous). Et ceci, malgré les promesses avancées par le régime de facto dans un document intitulé «Position du gouvernement et action envisagée», qui prétend que «la stratégie économique du gouvernement adresse les questions économiques d’urgence, liées à l’arrêt brusque d’une activité déjà fortement ralentie suite aux violences politiques des trois derniers mois… A un second niveau, de manière plus structurelle, elle vise à maintenir et, dans la mesure du possible, à augmenter l’offre des services sociaux de base et des biens de consommation essentiels afin de répondre en proportion à des besoins de la population trop souvent laissés insatisfaits». Pourtant on n’arrive pas à voir à quoi correspond dans la réalité ce discours des «technocrates». Comment expliquer cette flambée des prix des produits de première nécessité sur le marché face à une relative stabilité de la gourde par rapport au dollar US (40 gourdes pour un dollar). Cependant, à en croire la ministre de l’Industrie, du Commerce et du Tourisme, Danielle Saint-Lot, la situation ne serait pas prête de s’améliorer puisque les prix ne commenceront à baisser que dans les six prochains mois.  Sans toutefois avancer le bien fondé d’une telle affirmation, que tout le monde aura oubliée d’ici ces «six mois».

C’est dans ce contexte que les autorités ont rencontré le jeudi 22 avril à l’Hôtel Montana les bailleurs de fonds internationaux en vue de leur présenter un «programme de développement». De fait, l’ambassadeur des Etats-Unis James B. Foley, ne se félicitait-il pas de la voie empruntée par l’équipe de Gérard Latortue, en soutenant en marge de cette réunion : « Nous croyons qu’il est du devoir de l’international de soutenir ce projet combien important pour l’avenir du pays et du peuple haïtien. Je peux dire d’ores et déjà que nous sommes impressionné par le travail qui a été fait. La qualité de notre soutien va dépendre beaucoup des questions de transparence, de réforme et de la lutte contre la corruption. Nous avons depuis longtemps un très bon partenariat avec le peuple haïtien, mais maintenant nous avons une chance de travail avec une équipe dans laquelle nous pouvons avoir confiance.» Là encore, les mots sont loin d’être suivis de gestes concrets. Le secrétaire d’État Colin Powell, lors d’une présentation au Congrès suite à sa visite au début du mois d’avril en Haïti, n’avait même pas daigné réclamé ni d’aide supplémentaire ni d’aide d’urgence pour ses protégés haïtiens.

De son côté, le Premier ministre de facto Gérard Latortue, qui a dit vouloir consulter les forces vives de la société afin de finaliser l’élaboration d’un document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP), a précisé que son programme est axé principalement sur l’électricité, les infrastructures routières, la formation des ressources humaines et le développement rural. « Je vous le dis, vous avez la chance d’avoir une équipe d’hommes et de femmes décidés à vouloir changer... Prenez le risque avec nous pour que vous ne soyez pas obligés de revenir en Haïti dans 10 ans pour refaire l’exercice que nous faisons ce matin. Fonctionnement démocratique des institutions, la décentralisation, la gestion rationnelle des entreprises publiques, le développement du partenariat public-privé, tout ceci entre dans nos préoccupations », a déclaré Latortue aux bailleurs de fonds internationaux, qui n’ont pas paru s’émouvoir de cette envolée. Ils n’étaient certainement pas venus pour cela, mais plutôt pour faire leur propre évaluation à long terme, car Latortue oublie souvent que son gouvernement est censé être provisoire et que ses grands projets ne devraient pas aller au-delà de la période prescrite par son propre «Accord de transition». Mais on ne sait jamais, peut-être compte-il trouver moyen de s’accrocher un peu plus de temps?

Cette réunion avait été précédée les 16 et 17 avril d’un atelier de travail autour du thème «Partenariat public/privé pour la relance de l’économie», au cours duquel des recommandations ont été faites concernant les mécanismes et réglementations qui devront être mis en œuvre par le gouvernement provisoire de facto pour sécuriser et promouvoir les investissements. En marge de cette activité à laquelle participait deux cent dix personnes, la ministre du Commerce Danielle Saint-Lot faisait savoir: «Les moyens, on les a. Les ressources, on les a. Ce qui nous manque, c’est la vision. C’est cette vision qu’on s’est attelé à chercher et qu’on a pu dégager aujourd’hui.» Discours des plus optimistes, s’il en est, et c’est à se demander sur quelle planète vit la ministre?

Force est de constater que les besoins vitaux et revendications de la population sont donc sciemment mis de côté, le seul souci étant de suivre à la lettre les directives des autorités d’occupation dans tous les domaines, aussi bien pour l’économie que pour la stratégie politique...

Prix de quelques produits de première nécessité

une (grande) marmite de maïs

65,10gdes* avant

85gdes maintenant
Sac de riz 900gdes avant 1500 à 1800gdes maintenant
une (petite) marmite sucre rouge 50gdes avant 60gdes maintenant
une (petite) marmite sucre blanc 50gdes avant 75gdes maintenant
Un sac de sucre 900gdes
Grande Marmite pois blanc 150gdes avant
Petite Marmite pois blanc 30gdes maintenant
Grande marmite pois Miami 85gdes avant 125gdes maintenant
Grande Marmite pois noir  100gdes avant  125gdes maintenant
Petite marmite pois noir 20gdes avant 25gdes maintenant
Gallon l’huile 150gdes avant 200 à 250gdes maintenant
1 litre l’huile 50gdes avant 75gdes maintenant
Spagetti « Lavaji »  250gdes avant 300gdes maintenant
Spagetti « Milano » 150gdes avant 175gdes maintenant
Spagetti Itala 125gdes maintenant 150gdes maintenant
Petite marmite farine 50gdes avant 60gdes maintenant
Lait Carnation 13gdes avant 18gdes maintenant
Bongu Pain 25gdes
5 bananes 25gdes
Igname 25gdes
Une barre de savon 10gdes
Allumette 15gdes

*Le mardi 27 avril, un dollar US valait entre 36 et 40 gourdes.