21 Avril, 2004

April 21, 2004

21 Avril, 2004
Vol. 22 No. 6
Pour faire oublier le kidnapping: Le chantage de la drogue!


L’avocat Ira Kurzban a vivement rejeté les accusations portées contre le président Aristide et son épouse et il a catégoriquement déclaré que «Jean-Bertrand Aristide n’est pas en possession d’argent de la drogue».

Après le kidnapping en règle perpétré par les militaires de Washington le 29 février contre le président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide, les Etats-Unis multiplient désormais mensonges et déclarations insidieuses pour tenter de lier ce dernier au trafic de la drogue.

A cet effet, toute une campagne médiatique est orchestrée par une partie de la presse internationale, notamment en France et aux Etats-Unis, pour agiter de prétendus arguments à des déclarations fantaisistes d’agents de la Drug Enforcement Administration (DEA) qui prouveraient l’implication du président Aristide dans ce trafic. Dans un article publié le 2 avril 2004 dans le Wall Street Journal, il est question d’inculper formellement le président Aristide pour trafic de stupéfiants. Des magistrats nord-américains auraient avancé à ce grand quotidien de l’establishment qu’ils étaient en train d’enquêter sérieusement sur des accusations laissant croire que les trafiquants fournissaient des centaines de millions de dollars à Aristide pour favoriser le transit de la drogue vers les Etats-Unis. De plus, toujours selon le Wall Street Journal, des membres du service d’intelligence des Etats-Unis, qui ont évoqué des facteurs politiques dans le fait de retenir ces charges contre Aristide, celui-ci se serait rendu complice des narco-trafiquants en gardant un profil bas en dirigeant une partie de l’argent dans le compte du Parti Fanmi Lavalas.

De son côté, le Miami Herald (3-04-04) a fait référence à des officiels en Floride et à Washington qui disent investiguer sur des informations selon lesquelles Mme Mildred Aristide Trouillot et ses proches détiendraient des sommes dans des banques européennes évaluées à environ 250 millions de dollars. Toutes ces histoires sont évidemment par la presse française, d’autant plus que le correspondant du Monde dans la région, Jean-Michel Caroît, anime la désinformation à l’exemple de ce que faisait dans les années 80 et 90 Bertrand de Lagrange contre le gouvernement sandiniste. Dans un éditorial, Le Monde qui tentait d’associer le président Aristide à des propos tenus à Miami par Jacques Beaudouin Kétant au moment de son jugement pour trafic de drogue, s’engouffrait davantage dans les spéculations en prétendant que «Le temps n’est plus aux interrogations mais, hélas, aux certitudes. Les faits son têtus, qui s’accumulent, les uns après les autres, pour accuser l’ancien pasteur des pauvres, le père Aristide, de s’être bel et bien transformé en parrain de la drogue. Un de ses anciens complices (Jacques Kétant) a expliqué, devant un tribunal américain, qu’il avait versé 500.000 dollars par mois à celui qu’il traitait de ‘compadre’ pour que la police haïtienne le laisse tranquille.» Néanmoins, jusqu’ici aucune preuve, s’il en existe d’ailleurs, n’a encore été apportée et par l’administration du président George W. Bush et par ces médias internationaux, relayés vulgairement par une certaine presse locale sous la coupe de la bourgeoisie haïtienne. C’est dans ce contexte qu’a été arrêté à l’aéroport de Toronto, Oriel Jean, qui pendant deux jours n’a pu avoir accès à un avocat, au mépris de la Loi canadienne. Il a été extradé aux États-Unis évidemment pour l’obliger à servir de «témoin à charge» sous la menace.

Cependant, l’avocat Ira Kurzban a vivement rejeté les accusations portées contre le président Aristide et son épouse et il a catégoriquement déclaré que «Jean-Bertrand Aristide n’est pas en possession d’argent de la drogue».

Ce qu’il convient de signaler, par ailleurs, c’est qu’outre cette campagne de désinformation et de diffamation entretenue dans les médias pour essayer d’accuser le président Aristide, le gouvernement des Etats-Unis veut également utiliser ses proches pour les contraindre à témoigner contre lui en tentant d’établir une quelconque liaison avec le commerce de la drogue. En ce se sens, on pourrait citer l’ancien responsable de la sécurité au niveau du palais national, Oriel Jean, arrêté le 10 mars dernier à Toronto au Canada et extradé vers les Etats-Unis sur accusation de conspiration en vue de vendre illégalement de la cocaïne. Oriel Jean qui devra comparaître le 26 avril prochain devant les tribunaux à Miami, est notamment accusé par un informateur de la DEA, écrit Jean Michel Caroît du journal Le Monde, de «prélever 50.000 dollars sur chaque cargaison de cocaïne qui arrivait par avion en Haïti» (1/4/04). Caroît aurait dû réclamer sa part en échange de son silence.

En outre, rappelons que cette offensive des Etats-Unis contre le président Aristide et ses proches ne date pas d’aujourd’hui puisque Washington avait révoqué le visa d’entrée de plusieurs officiels du régime Lavalas et plaçait Haïti sur une liste noire de pays qui ne feraient pas assez d’effort pour combattre le trafic de la drogue alors qu’il reconnaissait que la quantité de stupéfiants transitant vers les Etats-Unis par Haïti passait de 15 à 8%. Cependant, si à cette époque la question de la drogue avait été agitée par les Etats-Unis pour acculer le régime Lavalas, aujourd’hui elle resurgit, si ce n’est plus brutalement, pour occulter les événements du 29 février et le scandale international constitué par le kidnapping d’un président élu démocratiquement.