14 Avril, 2004

April 14, 2004

14 Avril, 2004
Vol. 22 No. 5

L'industriel André Apaid (à gauche). La conclusion de cet accord sur la transition politique vient prouver une nouvelle fois l’asservissement total de la «classe politique» traditionnelle par les forces d’occupation chapeautées par les Etats-Unis qui contrôlent définitivement les moindres espaces du pouvoir en Haïti pour ne laisser que des miettes aux Conzés.

Le document «Consensus de transition politique» préparé le dimanche 4 avril par la «Société civile» d’André Apaid, les représenatants des partis politiques réunis dans la Convergence Démocratique, le Conseil des sages, le Premier ministre de facto Gérard Latortue et Michel Brunache, directeur de cabinet de Boniface Alexandre concernant la durée du processus de transition a été paraphé officiellement par ces derniers le surlendemain mardi 6 avril 2004 au Palais national, au lendemain de la visite du secrétaire d’État Colin Powell. Il ne manquait plus que la signature de celui-ci pour rendre les choses encore plus claires.

L’annonce de la conclusion de cet «accord politique» a été d’ailleurs faite en primeur à Powell qui devait d’ailleurs déjà en connaître le contenu. A cette occasion, Gérard Latortue qui venait d’avoir un entretien avec lui s’était félicité de l’empressement dont avaient fait preuve les signataires du document. Avaient-ils le choix d’agir autrement s’ils veulent encore garder «l’amitié» de Colin Powell? C’est en deux temps trois mouvements qu’ils ont signé; aucune contestation publique n’a été soulevée par aucun des signataires. Ils se sont exécutés comme de bons élèves.

Le contenu de celui-ci, en fait, fixe ainsi entre autre la mission du gouvernement de transition, la durée de celle-ci et les attributions du conseil des sages : «… Restrictions librement acceptées par certains hauts responsables : toute personne qui occupe pendant la transition le poste de Premier ministre, de ministre, de Secrétaire d’Etat, de membre du conseil électoral, du conseil des sages, de commissions communales et de Casec, renonce volontairement à se présenter aux prochaines élections. Les membres du gouvernement de transition et ceux du conseil électoral ne pourront pas faire par tie du premier cabinet ministériel qui sera mis en place après les prochaines élections ni occuper, pendant les deux années suivant ces dernières, les postes de chefs de missions diplomatiques ou consulaires… Durée de la transition. La transition politique prendra fin avec l’installation du président issu des prochaines élections. La détermination des dates et l’organisation de ces compétitions sont de la compétence du conseil électoral provisoire. En tout état de cause, les élections pour tous les postes doivent se terminer au cours de l’année 2005».

Prenant la parole au cours de la cérémonie du 6 avril, le coordonnateur du groupe des «184», l’industriel André Apaid Junior, qui s’était déjà prononcé en faveur de la réalisation d’élections en 2005, saluait donc son bébé en ces termes: «Je peux dire, au nom du regroupement de la société civile et du Groupe des 184 qui se trouvent au sein de la Plate-forme, que nous donnons notre adhésion pleine et entière à ce document de consensus et que nous sommes partenaires pour aider notre pays à trouver sa voie pour le bien-être de nos 8 millions de confrères et de consoeurs pour que Haïti sorte de son bourbiers.» Le dirigeant du KID Evans Paul, renchérissait à sa suite pour répéter que «par la signature de ce document guide de la transition, nous sommes en train de montrer en tant que responsables au plus haut niveau de l’Etat, dirigeants des organisations de la société civile et des partis politiques, que nous pourrons être à la hauteur de la lourde responsabilité qui nous incombe de travailler à la stabilité politique nécessaire à l’amélioration croissante des conditions de vie de tous les Haïtiens». Et, tout ceci salué par la voix de l’ambassadeur yankee à Port-au-Prince, James B. Foley, tout satisfait d’avoir mis ses laquais en demeure d’accepter ce document, qui déclare: «Des élections en 2005 pour choisir les représentants du peuple; je crois que c’est une bonne chose.» Tout cela dit assez cyniquement puisqu’aucun représentant du peuple ni aucun élu n’avait été invité à la parade!

Cependant, l’adoption de l’«accord» a été vivement contestée par d’autres secteurs politiques qui soutiennent avoir été littéralement exclus du processus. En effet, ils l’ont été, car ils se voient marginalisés, mais n’auraient-ils pas mieux fait de «s’aligner» comme d’autres confrères qui contre mauvaise fortune font bon coeur pour ne pas être totalement exclus par l’Occupant? Par exemple Gérard Pierre-Charles ne doit pas être très heureux de s’être fait doubler comme un débutant par André Apaid, mais il a gardé le silence tout en envoyant son second Paul Denis signer...

Le secteur duvaliériste des classes dominantes est particulièrement chimérique, car le partage n’a pas eu lieu comme prévu et c’est la bourgeoisie, particulièrement le pôle de la sous-traitance avec André Apaid qui a désormais l’oreille de Washington. Ainsi le dirigeant du Groupe de réflexion sur Haïti (GREH), l’ex-colonel Himmler Rébu, se trouve à faire des clins d’oeil au Parti Fanmi Lavalas, son grand ennemi, en disant ne pas comprendre le fait que le parti Fanmi Lavalas et le regroupement des partis politiques non-alignés dirigé par Osner Févry n’aient pas participé aux pourparlers ayant débouché sur cet accord; il y voit une volonté évidente d’exclure certains secteurs politiques. «Je suis favorable au principe d’un accord politique. Cependant, les choses doivent se faire dans la plus grande transparence. C’est une absurdité de la part des auteurs dudit document de déclarer avoir laissé aux autres partis la possibilité de le signer ultérieurement», a fait observer Rébu. De son côté, le porte-parole de Fanmi Lavalas, Gilvert Angervil, a critiqué la conclusion de cet accord qui, selon lui, ne saurait favoriser la réconciliation nationale. «Fanmi Lavalas tient à informer l’opinion nationale qu’elle n’a pas été invitée à ces pourparlers qui ont réuni sans doute les différents groupes de la minorité politique du pays qui agissent en dehors de toute légalité constitutionnelle. Tout accord politique sur l’avenir de la société haïtienne n’a de sens et de légitimité que si Fanmi y a joué un rôle», a-t-il indiqué, puisqu’en fait il ne saurait participer à ce processus destiné à donner une apparence de légitimité et de légalité au coup d’État. Pour sa part, le leader du PNDPH, Turneb Delpé, qui rejette également le document dit de consensus de transition politique, a «révélé avoir quitté la table des discussions pour protester contre le contenu de ce document notamment sur la question de la présence des forces étrangères» (Métropole 7-4-04). Delpé devient nationaliste dès que l’occupant ne le prend plus comme confident? Il aura pourtant tout autant travaillé avec les signataires à l’occupation étrangère du pays.

Précisons que la Constitution requiert l’organisation des élections présidentielles dans les 90 jours qui suivent la vacance présidentielle. En outre, les élections législatives et locales anticipées, prescrites par la résolution 822 de l’OEA restée lettre morte, tant par le refus de la Convergence démocratique de signer le Projet d’accord initial, que par le refus entêté de la Plate-forme démocratique et des Églises de nommer leurs représentants au Conseil électoral provisoire en formulant des exigences inconstitutionnelles d’option zéro, devraient normalement avoir lieu avant la fin du mandat de la 47ème législature le 12 janvier dernier.

En définitive, la conclusion de cet accord sur la transition politique vient prouver une nouvelle fois l’asservissement total de la «classe politique» traditionnelle par les forces d’occupation chapeautées par les Etats-Unis qui contrôlent définitivement les moindres espaces du pouvoir en Haïti pour ne laisser que des miettes aux Conzés.