7 Avril, 2004

April 7, 2004

7 Avril, 2004
Vol. 22 No. 4

Colin Powell, est arrivé à Port-au-Prince le lundi 5 avril dans le cadre d’une visite officielle effectuée environ un mois après le kidnapping du président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide perpétré par son administration le 29 février.

Comme annoncé, le secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Colin Powell, est arrivé à Port-au-Prince le lundi 5 avril dans le cadre d’une visite officielle effectuée environ un mois après le kidnapping du président constitutionnel Jean-Bertrand Aristide perpétré par son administration le 29 février.

Powell qui a été accueilli à l’aéroport Toussaint-Louverture par le Premier ministre de facto Gérard Latortue, a eu des entretiens avec celui-ci et pour la forme avec le président provisoire de facto Boniface Alexandre. Selon toute évidence, le chef de la diplomatie nord-américaine est venu personnellement sur place pour signifier clairement à la classe politique qu’elle devra suivre à la lettre les instructions qu’il transmettra à Gérard Latortue. Les membres de celle-ci ne se sont pas fait prier car, déjà la veille de son arrivée jour, ils signaient rapidement le protocole d’accord sur la tâche du gouvernement de transition de facto qui préconise entre autres l’organisation d’élections générales au courant de l’année 2005. (Nous reviendrons la semaine prochaine sur les multiples détails de cet «accord» obligé.)

Les principaux protagonistes ont paraphé ce document, dont une feuille porte la signature d’une quinzaine de membres de la «société civile» avec bien sûr en tête de liste André M Apaid, qui n’aura quand même pas exigé que tous au sein de son Groupe des «184» y figurent; viennent ensuite sur une autre page les barons de la Convergence, à l’exception de Gérard Pierre-Charles qui a dépêché cependant son porte-parole Paul Denis (OPL/Convergence); Evans Paul et André Michel pour le KID/Convergence; Victor Benoît et Micha Gaillard (Konakom/Convergence); Hubert De Ronceray (MPSN/Convergence); Gérard Blot («Non alignés); Serge Gilles qui omet de signaler signaler son propre parti, le Panpra, et qui ne joint à son nom que Convergence ( ?), etc. Finalement pour clore le document nous trouvons les signatures de six des sept membres du dit Conseil des sages suivies de celles de Gérard Latortue et du directeur du cabinet particulier du président provisoire, Michel Brunache qui fait précéder son nom du titre de «témoin». Témoin de quoi? Ou de qui? Le président Boniface Alexandre n’aurait-il pas été convié à parapher cet historique document? Ce «consensus» mettrait donc fin aux protestations de l’OPL et de son chef Gérard Pierre-Charles qui plaidait, pour sa part, farouchement quelques jours auparavant en faveur de la réalisation des élections dans les 90 jours suivant le départ forcé du président constitutionnel. Au cours de la conférence de presse donnée conjointement par le secrétaire d’Etat Powell et Gérard Latortue, ce dernier a trouvé opportun de faire un compte rendu pour le moins exhaustif des préoccupations et des besoins pressants de son équipe à l’attention du représentant des forces d’occupation: «Concernant les problèmes économiques, j’ai donné au secrétaire d’Etat un briefing sur l’état économique du pays. Un pays complètement en faillite. Lorsque les gens de l’ancien régime ont laissé le gouvernement, ils ont emporté tout ce qu’il y avait dans les caisses de l’Etat. La situation est comparable à un pays en proie à une guerre. Pour cela, j’ai parlé au secrétaire d’Etat sur la possibilité, qu’en attendant de rétablir nos relations avec le Fonds monétaire international (FMI), la Banque interaméricaine et la Banque mondiale, pour que nous puissions jeter un pont pour nous permettre de faire face à nos problèmes et pour surtout créer des emplois dans les zones défavorisées… Hier soir il était neuf heures lorsque nous avons signé un accord avec les partis politiques et les secteurs de la Société civile sur un consensus trouvé sur le processus de transition. Donc, Colin Powell est la première personne à qui j’en ai parlé puisque le document n’a été signé que hier soir. Dès la semaine prochaine, nous allons mettre en place le Conseil électoral provisoire.» De son côté, Colin Powell a pris la parole pour vanter son intervention armée dans le pays et pour fixer les objectifs de son administration dans la perspective de venir en aide au gouvernement de facto auquel il a exprimé bien évidemment son plein soutien: «Au nom du président Bush et du peuple américain, je suis à Port-au-Prince, pour donner la preuve de l’appui de l’Amérique à Haïti. Notre objectif est d’aider le peuple haïtien et ses leaders à entamer un nouveau commencement et construire un espoir pour le futur. Il y a six semaines seulement, Haïti était au bord de l’effondrement. Au dernier week-end de février, je crois que nous avions évité un bain de sang en Haïti» a-t-il prétendu.

Bien sûr, Powell savait bien que la «générosité» de son discours ne suffirait pas pour apaiser la faim de ses auditeurs et sujets et il a poursuivi: «Nous demandons à tous les groupes armés de déposer leurs armes pour permettre aux forces constitutionnellement établies d’imposer la loi dans le pays… Tous ceux qui veulent servir le gouvernement en place et les forces de sécurité nationale doivent renoncer formellement à la violence et aux pratiques anti-démocratiques… Dans les mois à venir, (C’est nous qui soulignons) le gouvernement des Etats-Unis fera tout ce qu’il pourra pour aider Haïti, notamment en débloquant 55 millions de dollars en faveur de l’assistance humanitaire. Nous avons travaillé aussi avec la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement pour trouver les ressources nécessaires pour permettre au pays de fonctionner. Nous savons déjà que l’Union européenne et les autres amis d’Haïti, se montrent disponibles à lui accorder leur aide.»

En résumé, rien de concret, et comme pour ne pas décourager complètement ses troupes, il annonçait l’octroi d’un 9 millions de dollars pour le développement de la démocratie... Un petit pactole qui pourra être partagé sous couvert d’ONG si tout le monde continue à se montrer bien sage! L’insatisfaction est là, pourtant, même si elle se fait sournoise car ce n’est pas par hasard que le coordonnateur de l’OPL Gérard-Charles n’a point signé personnellement et a délégué son homme à tout faire, Paul Denis, et si parmi les «sept sages», il manque la signature de Danielle Magloire, une proche de l’OPL. Il y a aussi Osner Févry du groupe des «Non alignés» qui a fait des éclats ce mardi 6 avril sur les ondes, disant qu’il n’était point d’accord avec cette question d’élections d’ici deux ans... Pourtant tous ceux qui sont entrés dans le jeu de l’impérialisme pour en arriver à l’occupation du pays, en combattant contre les intérêts des masses haïtiennes, que ce soit l’OPL ou d’autres groupuscules à sa ressemblance, devront s’aligner conformément à la décision de leur patron.