
La commission qui comptait dans ses rangs l’ex-militaire nord-américain Stan Goff, le professeur de droit criminel Luis Barrios, l’avocat Brian Concannon et le journaliste Kim Ives, a surtout insisté sur le rôle qu’ont joué les Etats-Unis dans la préparation des opérations à partir de la République dominicaine
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Une commission d’enquête indépendante, qui s’est rendue en République dominicaine pour enquêter sur les circonstances qui ont entouré le départ forcé du président Aristide du pouvoir le 29 février dernier, a établi l’implication directe des Etats-Unis et de la République dominicaine dans l’armement et l’entraînement des groupes dirigés par l’ex-membre du FRAPH (Front pour l’Avancement et le Progrès d’Haïti) Louis Jodel Chamblain et l’ex-commissaire Guy Philippe, qui ont franchi, au début du mois de février, la frontière haïtiano-dominicaine. «Notre objectif était de découvrir quand, où, pourquoi et comment les dirigeants des dites forces rebelles ont pu s’entraîner et s’armer en République dominicaine, en dépit du fait que le gouvernement de Meija réitérait l’assurance envers le gouvernement haïtien, depuis les trois années qui ont précédé le coup d’Etat du 29 février 2004, qu’aucun mouvement de guérilla ne serait toléré sur son territoire » déclarait un membre de la commission, Teresa Gutierez de l’International Action Center (IAC), au cours d’une conférence de presse à la Renaissance Jaragua Hôtel à Santo Domingo le 29 mars. La commission qui comptait dans ses rangs l’ex-militaire nord-américain Stan Goff, le professeur de droit criminel Luis Barrios, l’avocat Brian Concannon et le journaliste Kim Ives, a surtout insisté sur le rôle qu’ont joué les Etats-Unis dans la préparation des opérations à partir de la République dominicaine. Selon le professeur Luis Barrios, les «rebelles» haïtiens ont été armés et entraînés dans des camps militaires dominicains situés à l’est de San Isidro et dans la partie ouest des régions de Haina et de Neiba. «Deux cents soldats des forces spéciales des Etats-Unis avaient débarqué en République dominicaine en février 2003, avec l’autorisation du président dominicain Hipolito Meija, et faisaient partie de l’opération militaire qui devrait former les rebelles haïtiens» précise le rapport de la Commission qui a indiqué avoir rencontré, durant son séjour, près de 40 personnalités dominicaines, incluant des journalistes, des avocats, des prêtres, des universitaires, des officiels du gouvernement, des anciens employés du gouvernement, des anciens militaires, des leaders de partis politiques et des dirigeants communautaires. L’avocat nord-américain Brian Concannon a pour sa part mis l’accent sur l’illégalité du coup d’Etat perpétré contre le président Aristide ainsi que les obligations légales du gouvernement dominicain par rapport à la Charte de l’Organisation des Etats américains (OEA) qui fait obligation de ne pas accepter un transfert de pouvoir inconstitutionnel dans un autre Etat membre. «L’appui au coup d’Etat par les Etats-Unis, la République dominicaine et d’autres pays était illégal selon les lois internationales, y compris la Charte démocratique interaméricaine et la Charte de l’OEA.» D’autant plus que les Etats-Unis avaient signé en 1976 un traité multilatéral, auquel Haïti avait également souscrit, prévenant et punissant les crimes contre les personnes internationalement protégées, dont les chefs d’Etat et les diplomates. La République dominciaine est aussi sur la sellette dans cette affaire et sa participation dans le complot a été assez active, non pas seulement celle de sa caste militaire proprement dite. Ainsi comme le faisait observer Teresa Gutierrez: «Nous voulons aussi arriver à comprendre comment se fait-il que ces dites forces rebelles ont pu jouir de toute leur liberté, alors que la plupart d’entre eux, particulièrement leurs chefs, ont été condamnés en Haïti et dans d’autres pays.» Inutile de dire que le compte rendu de la commission a attiré l’attention de la presse dominicaine qui en a largement fait état. Le président Hipolito Mejia a dû une fois de plus tenté de se disculper, déclarant entre autres: «Mon gouvernement a gardé sa neutralité face à la crise qu’a connue le gouvernement haïtien que dirigeait Jean-Bertrand Aristide.» Comment peut-il parler de neutralité alors qu’il abritait dans son pays des conspirateurs qui agissaient au vu et au su de ses forces armées? Mejia a aussi voulu nier que les États-Unis lui avaient vendu des armes, alors qu’il était de norotiété publique, et l’annonce officielle en avait été faite depuis l’année dernière- ce que nous rapportions ici même dans ces pages –que 20 mille fusils allaient être livrés à la République dominicaine. Et Luis Barrios l’a reconfirmé dans ses déclarations au sein de la commission d’enquête, disant que «les autorités états-uniennes ont confirmé qu’environ 20 mille fusils ont été remis par les États-Unis au gouvernement dominicain et elles ont admis que beaucoup de ces armes ont pu parvenir aux mains de rebelles haïtiens»... Tout aussi alarmé sans doute par les preuves apportées par la commission d’enquête, en marge du discours qu’il prononçait le 30 mars à l’ouverture d’un séminaire sur le thème de «Gérance stratégique dans les institutions spécialisés d’études supérieures de la République dominicaine», l’ambassadeur de Washington dans ce pays, Hans Hertell a consacré toute une plaidoirie pour tenter de nier la participation de son gouvernement au coup d’État, n’offrant malheureusement aucun véritable démenti sauf des dénégations sans substance, dans le genre: «Ça n’a rien à voir avec la vérité; nous n’avons pas entraîné d’Haïtiens, nous n’avons été mêlés à aucun renversement»... (Listin Diario, 31-03-04). Que pouvait-il dire d’autre? Quand on sait que, ne serait-ce que pour le kidnapping du président Aristide, son collègue en Haïti et un commando sous les ordres de ce dernier ont été les acteurs principaux... Ce n’est point étonnant si on fait la sourde oreille et si la grande presse se tait jusqu’à présent concernant la demande d’enquête faite auprès des Nations unies par l’Afrique du Sud et les pays de la Caricom au lendemain même du coup d’État du 29 février dernier. Car, en effet, «au fur et à mesure, les preuves s’accumulent sur l’implication directe de l’administration Bush à travers les dirigeants dominicains dans la mise en oeuvre du complot qui allait aboutir au kidnapping du président Aristide et à son exil forcé. Il est aussi prouvé que les autorités dominicaines étaient effectivement de mèche avec les anciens militaires retranchés sur leur territoire et qui complotaient contre l’administration Lavalas.
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