
Concernant le kidnapping du Président Aristide, Denzil Douglas (à gauche) disait au sommet de la CARICOM: «Nous nous préparons à discuter la possibilité d’identifier exactement quelles ont été les circonstances. Nous remettons cette affaire entre les mains de l’Assemblée générale de l’ONU pour clarification»
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Le sommet des Etats de la Caricom s’est tenu comme prévu, les 25 et 26 mars à St Kitts, sans la présence, cependant du Premier ministre de facto haïtien Gérard Latortue. Pourtant ce dernier aurait bien voulu être là, et ce n’était pas faute d’essayer.
Mais s’il avait perdu la mémoire, ses homologues de la Caricom pour leur part se souvenaient bien de ses éclats contre le Premier ministre de la Jamaïque et président en exercice de la Caricom Percival Patterson pour la décision de ce dernier d’accueillir pour quelques semaines le président Aristide dans son pays. On se souvient que Latortue allant au-delà de ses prérogatives, disait rappeler son ambassadeur à la Jamaïque, gelait ses relations avec Kingston et avec la Caricom. Gestes d’autant plus inamicaux que c’était la première «sortie» diplomatique de Gérard Latortue qui s’en prenait avec virulence dès son arrivée au pouvoir à ses plus proches voisins de la Caraïbe qui, il y a peu, accueillait Haïti comme membre à part entière de la Caricom. Délire de puissance de la part du Premier ministre de facto qui penserait que pour avoir été intrônisé par Washington il pouvait faire fi de toutes les règles à l’instar de ses patrons? Le ministre jamaïcain des Affaires étrangères K. D. Knight le faisait remarquer au début du sommet: «Gérard Latortue va vite apprendre la différence entre être un Premier ministre à la tête d’un gouvernement et un citoyen privé vivant en Floride.» On sait que c’est de sa résidence à Boca Ratón en Floride que Latortue est arrivé pour occuper son poste. D’ailleurs, à peine quelques jours auparavant, soit le 22 mars, les Premiers ministres des Grenadines, de St Lucie et d’Antigua, respectivement Ralph Gonsalves, Kenny anthony et Lester Bird disaient qu’ils ne pouvaient même pas envisager d’accepter de rencontrer Latortue en l’absence d’une rétractation par ce dernier de son attaque publique contre la Caricom. «M. Latortue a fait montre d’une grave insensibilité en annonçant d’emblée le gel de l’appartenance d’Haïti à la Caricom; ensuite il s’est rendu aux Gonaïves avec des criminels connus et des bandits présentés comme des ‘libérateurs’, et maintenant il veut rencontrer les chefs de gouvernement de la Caricom pour discuter de la situation haïtienne. Je suis totalement opposé à une telle rencontre avec lui en ce moment», de dire Gonsalves. Le chef de gouvernement de Trinidad et Tobago Patrick Manning, pour sa part, corroborait ces propos et disait «avoir aussi de sérieux problèmes de voir un fonctionnaire de l’OEA participant à ce meeting politique aux Gonaïves»... Le fonctionnaire en question est bien sûr David Lee, le chef de la Mission spéciale qui paradait au milieu des terroristes et des bandits qui accompagnaient Gérard Latortue dans cette tournée gonaïvienne. À ce sommet, où Gérard Latortue aurait aimé participer, il n’était pas seulement question de ne pas l’y inviter, les quatorze autres membres voulaient statuer officiellement sur la reconnaissance de son gouvernement. Mais c’était quasiment l’unanimité pour lui imposer une période de réflexion. «Nous ne voulons pas qu’Haïti soit isolée. Mais, pour cela, il faut que le Premier ministre haïtien arrête de s’afficher avec des rebelles, des criminels condamnés qui s’affirment comme des dirigeants», indiquait le chancelier de la Jamaïque.
Pour sa part, le Premier ministre Patterson, mettait l’emphase sur l’enjeu que représente l’absence des Etats de la Caricom dans le règlement de la question haïtienne par les Etats-Unis et la France après l’éviction du président Aristide. «Nous sommes peut-être petits en taille et en pouvoir militaire, mais notre influence dans l’hémisphère ne peut pas être sous-estimée. Nous ne croyons pas possible une solution permanente en Haïti sans une implication de la Caricom», déclarait Percival Patterson, qui a encore exprimé des réserves sur les conditions dans lesquelles s’est effectué le départ du pouvoir du président Aristide. En effet les dirigeants de la Caraïbe ont demandé une fois de plus qu’une enquête soit diligentée par l’ONU afin de faire le jour sur les circonstances qui ont entouré le départ du président Aristide. En ce sens, le Premier ministre de St Kitts et Nevis Densil Douglas a déclaré avoir exprimé les inquiétudes de la Caricom à l’envoyé spécial de l’Organisation des Nations unies, Réginald Dumas, qui a participé pendant deux heures aux débats sur Haïti. « Nous nous préparons à discuter la possibilité d’identifier exactement quelles ont été les circonstances. Nous remettons cette affaire entre les mains de l’Assemblée générale de l’ONU pour clarification», a déclaré Densil Douglas. A l’issue du sommet, les dirigeants de la Communauté caribéenne se sont donné rendez-vous à la Grenade en juillet prochain pour donner suite au dossier du gouvernement de facto haïtien. Ce qu’il convient de retenir de ce sommet est la détermination affichée par les nations de la Caricom de ne pas accepter comme un fait accompli cette intervention armée des Etats Unis et de la France en Haïti pour renverser un président constitutionnel, créant ainsi «un dangereux précédent» comme le signalait déjà dès le lendemain du coup d’État Percival Patterson, Premier ministre de la Jamaïque. La position de la Caricom est d’autant plus significative que l’Union africaine (UA), regroupant plus d’une cinquantaine d’Etat, a adopté la même attitude sur cette question. Il s’agit en effet d’un procédé tout à fait révoltant, car si on avait l’habitude de voir la CIA effectuer clandestinement des coups d’État, cette fois c’est de façon officielle que les États-Unis et la France ont kidnappé un président de la République pour le renverser.
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