31 Mars, 2004

March 31, 2004

31 Mas, 2004
Vol. 22 No. 3

Osner Févry (à gauche) et André Apaid Junior... Févry a accusé celui-ci d’effectuer des manigances pour s’accaparer des rênes du pays: « Si quelqu’un pense pouvoir écarter les nègres afin d’acheter la Téléco, de régler son problème de nationalité en vue d’être président d’Haïti. Si cette personne veut débuter sa campagne électorale à mon détriment, je me défendrai et la lutte sera dure... »

A moins d’un mois de l’installation de Boniface Alexandre comme président provisoire de facto, déjà son entourage fait l’objet d’un scandale impliquant son directeur de cabinet, Michel Pierre Brunache qui est aussi son gendre et l’avocat Osner Févry responsable de l’une des ramifications du Parti démocrate chrétien haïtien (PDCH), son conseiller particulier.

Il serait question d’après les informations diffusées par les médias de la capitale d’une vaste opération d’escroquerie consistant en la surfacturation des achats de carburant dans le cadre d’une commande pour Electricité d’Haïti (EDH). Osner Févry aurait récolté la plus grande part du magot, soit 900 000 dollars US et Michel P. Brunache 150 000, si le contrat avait été signé.

Osner Févry a très mal pris ces «rumeurs», car il dit avoir démissionné de lui-même et n’avoir manifesté sa colère que quand les médias ont commencé à les présentées comme des «informations». Il a dit avoir démissionné de lui-même et le 27 mars il a déversé sa bile sur les ondes de Radio Quiskeya: «Depuis plus d’une semaine une catégorie des gens appelés les contrebandiers historiques ont fait circuler toutes sortes de rumeurs autour de la présidence, autour des personnes affectées auprès du président et du secrétariat de celui-ci…La question de carburant a été soulevée réellement puisque le directeur de l’EDH s’était rendu au Palais à ce sujet. Mais ce que je sais, c’est que des gens qui se sont enrichis aux dépens de l’Etat pendant une vingtaine d’années dans la question du carburant ont exhorté le président à signer un contrat avec eux. Je me suis interposé rappelant au président que selon la loi si une affaire dépasse 100 mille gourdes, elle doit faire l’objet d’appel d’offres devant être soumis à la Cour des comptes et au Sénat. J’ai conseillé de fait au président de ne pas se mêler de cette affaire grâce à laquelle des familles qui ont stocké du carburant de Jean-Claude Duvalier à Aristide vont s’enrichir davantage. Ces familles ont déjà détruit l’économie nationale… »

Dans la foulée, Osner Févry, qualifiant la bourgeoisie de répugnante et antinationale à l’instar de l’historien haïtien Michel Soukar et de la sociologue canadienne Micheline Label, en a profité pour sortir du tiroir les vieux discours noiristes qui avaient alimenté le règne dictatorial de Duvalier père et, s’adressant de toute évidence au chef de file de la «Plate-forme démocratique», André Apaid Junior, Févry a accusé celui-ci d’effectuer des manigances pour s’accaparer des rênes du pays: « Si quelqu’un pense pouvoir écarter les nègres afin d’acheter la Téléco, de régler son problème de nationalité en vue d’être président d’Haïti. Si cette personne veut débuter sa campagne électorale à mon détriment, je me défendrai et la lutte sera dure », a fait valoir Osner Févry, marquant de fait l’amorce d’une lutte ouverte au sein de l’alliance entre les bourgeois et les macoutes qui avaient fait front commun contre le gouvernement du président Aristide.

André Apaid, de son côté, ne semble pas se faire beaucoup de soucis quant au déroulement du plan des forces d’occupation où il joue un rôle majeur. Au cours d’une émission sur les ondes de radio Vision 2000, Apaid a esquivé toute question relative au scandale touchant le palais présidentiel. Ses propos tournaient plutôt autour du processus de transition: « Je dois dire que dès le début, nous avions confiance puisque nous avions négocié entre nous et l’internationale pour mettre en place un processus et nous voyons des personnalités sérieuses issues d’institutions sérieuses prendre de lourdes responsabilités…Je suis sûr que l’équipe en place va nous amener à bon port… Dans notre pays la présidence doit avoir un certain recul par rapport au pouvoir qui normalement revient au Premier ministre.» Il rappelait ainsi à l’entourage de Boniface Alexandre que ce dernier n’avait qu’un rôle de marionnette, car le Premier ministre de facto Gérard Latortue est effectivement l’homme choisi par Washington pour concrétiser le plan néo-libéral dans le pays à travers l’aile bourgeoise des classes dominantes, particulièrement le secteur de la sous-traitance dont l’un des plus éminents représentants est justement André Apaid. Incidemment, rappelons que les manufactures d’André Apaid sous-traitent pour des industries états-uniennes parmi les plus importantes pour les industries de l’armement et les composantes électroniques telles que Sperry-Unisys, IBM, Remington, Honeywell...

Ainsi comme nous l’avons toujours fait remarquer, l’alliance macouto-bourgeoise était conjoncturelle. Une fois les masses présumément mises à l’écart, la lutte pour le contrôle du pouvoir, entre les deux secteurs refait surface. Dans ce contexte, le peuple a acquis assez de maturité pour ne pas se laisser embrigader par l’un ou l’autre, mais doit quand même redoubler de vigilance. l