
Le sénateur Dany Toussaint, «Mon bureau prendra contact au plus tôt avec le secrétariat du Sénat pour les formalités pratiques liées à cette décision»
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Immédiatement après le départ forcé du président Aristide, un Conseil des sages, ainsi nommé, composé de sept personnalités issues de domaines différents, a été mis sur pied pour servir à désigner un Premier ministre, semble-t-il tout désigné, en la personne de Gérard Latortue et à la formation d’un cabinet ministériel. Cette mission accomplie, ce Conseil aurait dû en principe tirer sa révérence. Mais ses membres paraissent avoir une toute autre perspective quant aux limites du rôle que leurs tuteurs attendaient d’eux. En fait, dans leur grande sagesse, ces «sages» refusent d’être délogés: «J’y suis, j’y reste!»
À présent, ils veulent non seulement prolonger leur «mandat», mais surtout l’élargir avec le contrôle de l’exécutif. Et ils voudraient s’en donner les moyens. Tant qu’à être dans l’illégalité comme tout le processus depuis le début du coup d’État, autant l’être jusqu’au bout. Et pour aller de l’avant et se maintenir en place ils comptent augmenter leur nombre, cela leur fera autant d’alliés dans d’autres milieux insatisfaits de ne pas avoir obtenu de place après s’être demenés pour en arriver au départ du gouvernement constitutionnel. Ainsi les sept «sages» voudraient voir porter leur nombre à un total de vingt-sept personnes représentant «tous les départements et secteurs du pays» et la transformation de leur groupe en Conseil d’Etat.
D’après le représentant du secteur universitaire au Conseil des sages, Christian Rousseau, cette dernière perspective correspond au plan de transition des organisations de la «société civile» qui ont délégué leurs membres. Il a déclaré à ce sujet: «Bien avant que le Conseil des sages soit établi, les organisations de la société civile qui y ont mandaté des gens avaient envisagé un aspect de contrôle de l’exécutif. Nous savons qu’il existe actuellement une carence au niveau du Parlement, donc dans une démocratie il est inimaginable que le pouvoir exécutif puisse fonctionner sans qu’aucun organe en assure le contrôle.» Sauf que son Conseil n’a point été élu. Pourtant l’objectif des «sages» sur ce point n’est rien d’autre de siéger à la place des quinze sénateurs restants, que Christian Rousseau a d’ailleurs exhorté à démissionner. D’après lui, cela faciliterait la résolution du «problème» du Sénat. Rousseau n’a toutefois pas précisé la nature du problème en question.
Le sénateur Dany Toussaint, qui s’était déjà bien avant le coup d’État rangé aux côtés de l’opposition, lui est venu en renfort en présentant sa démission au président Yvon Feuillé, disant dans une lettre vouloir faciliter «par un geste de grandeur la transition politique et démocratique en cours. A cet égard je vous informe comme je l’ai annoncé il y a quelques mois de ma décision irrévocable de démissionner de ma fonction de sénateur de la République, effective à partir d’hier (22 mars). Mon bureau prendra contact au plus tôt avec le secrétariat du Sénat pour les formalités pratiques liées à cette décision». Malgré les grands airs que prend son auteur, sa décision ne peut servir d’exemple, et comme il le dit lui-même cela fait longtemps qu’il avait annoncé publiquement sa décision. En foi de quoi les autres élus devraient le suivre? La «grandeur» de son geste pourrait n’être qu’une question de perspective!
Mais les laissés pour compte de l’ex-opposition au régime Lavalas comptent s’agripper et Paul Denis, porte-parole de l’OPL au sein de la «défunte» Convergence, s’est montré plutôt virulent et vitupérait: «Le responsable Lavalas, le président de facto Jean Bertrand Aristide n’est plus au pouvoir, cependant, au niveau du Parlement certains Lavalas prétendent être des sénateurs. En ce sens, il appartient au gouvernement de prendre une décision à partir de laquelle on verra s’il veut poursuivre dans la crise provoquée d’ailleurs par les élections contestées de l’année 2000 ou s’il œuvre à y mettre un terme. Donc le gouvernement n’a pas d’autre choix que de chasser ces imposteurs.» Pour lui faire de la place? Évidemment, car ce n’est pas de gaieté de coeur qu’il se voit écarté alors que justement il avait été l’un des membres du comité tripartite qui avait choisi les membres du Conseil des sages.
Ces derniers se trouvent encore comme des SDF (sans domicile fixe), car aucun local ne leur a été attribué. Qu’ils élisent la rue pour demeure, ils pourront ainsi manifester en permanence leur grogne en attendant mieux.