24 Mars, 2004

March 24, 2004

24 Mas, 2004
Vol. 22 No. 2

De gauche à droite Christian Rousseau et Danielle Magloire «le Conseil des sages fait désormais partie de l’Etat. En attendant la formation d’un Parlement, l’Etat doit s’arranger pour que cette structure soit bien administrée afin qu’elle accomplisse sa mission».

En conférence de presse le jeudi 18 mars, les membres du Conseil des sages, dont les activités avaient débuté le 5 mars dernier, ont annoncé la fin de la première phase de leur «mandat» consistant à désigner un Premier ministre de transition et à participer au choix des membres du cabinet ministériel. Désormais, il est question pour le Conseil d’étendre leurs activités afin de devenir un conseil d’Etat dont le rôle sera de contrôler l’exécutif. «Dès le départ nous avions dit que le Conseil des sages avait de grandes catégories de tâches dans son mandat. Les premières parties étaient celles que nous avions nommées tâches préliminaires et qui consistaient à désigner un Premier ministre pour le gouvernement transitoire et à participer aux consultations pour la formation du cabinet ministériel. Le deuxième groupe englobe les tâches futures que nous entamons maintenant, c’est-à-dire le rôle de contrôle et de consultation auprès de l’exécutif. Pour accomplir ces tâches, le Conseil doit s’élargir afin d’y intégrer d’autres secteurs de la société et surtout d’autres régions du pays» a indiqué l’une de ses membres Danièle Magloire. Son collègue Christian Rousseau, représentant du secteur universitaire, se montrait plus explicite en soulignant que «le Conseil des sages fait désormais partie de l’Etat. En attendant la formation d’un Parlement, l’Etat doit s’arranger pour que cette structure soit bien administrée afin qu’elle accomplisse sa mission».

Néanmoins, en dépit de toute apparence démocratique que l’impérialisme nord-américain et ses intermédiaires indigènes voudraient donner à cette période dite de transition, tout le processus demeure inconstitutionnel. D’abord de qui la commission tripartite qui s’était occupée de former ce Conseil des sages tenait-elle son mandat?

En fait, malgré le choix porté par les Etats-Unis sur le président de la Cour de cassation, en la personne de Boniface Alexandre, pour remplacer, comme le prévoit la Constitution, le président Aristide, les conditions de l’enlèvement manu militari de ce dernier par les militaires nord-américains écartent toute prétention à la légalité. Donc, de la formation du Conseil tripartite mis sur pied au lendemain du départ forcé du président Aristide jusqu’à la nomination des membres du Conseil des sages, en dépit du fait que ces démarches aient été inscrites dans la proposition de sortie de crise faite par la Caricom, tout est invalide et illégal sans la participation du président Aristide en tant que chef de l’Etat.

Bien entendu, «l’opposition» regroupée au sein de la Plate-forme Démocratique s’est montrée favorable à ce dénouement puisqu’elle avait catégoriquement refusé de composer avec la feuille de route de la Caricom en raison du fait que celle-ci exigeait le maintien au pouvoir du président Aristide. En outre, si «l’opposition» espérait l’intervention étrangère pour forcer le départ du président Aristide, elle s’attendait surtout à se voir remettre le pouvoir.

Cependant, l’impérialisme yankee se sera accaparé de toutes les facettes du processus de transition, et n’aura accordé que les seconds rôles à «l’opposition» macouto-bourgeoise. L’exécution de la première partie de la tâche a consisté à faire désigner par le Conseil des sages Gérard Latortue comme Premier Ministre ainsi que le cabinet ministériel dont on voudrait insinuer l’indépendance des membres en les qualifiant de «technocrates», terme générique qui servirait à leur fabriquer une «neutralité», une indépendance de tout autre intérêt que ceux de «la patrie». En réalité, on sait bien qu’en acceptant leurs postes, ils savent eux aussi qu’ils ne sont là que pour appliquer des consignes conformes aux intérêts des puissances d’occupation.

Donc, après la réussite de cette première phase, n’en déplaise à certaines secteurs de la Plate-forme Démocratique qui n’ont d’ailleurs pas pu cacher leurs frustrations après avoir été ignorés par Latortue dans la formation du cabinet ministériel, le Conseil des sages va continuer à vouloir doner le change, en tant que conseil d’Etat qui devra exercer un contrôle sur le président Boniface Alexandre qui n’a pourtant qu’une fonction décorative. L’essentiel, cependant, pour les différentes composantes de la classe dominante qui se préparent à engager la lutte en vue du partage du pouvoir, faisant contre mauvaise fortune bon coeur, c’est de se placer en attendant que l’impérialisme relâche ses garde-fous pour faciliter la tâche à son «gouvernement de transition».

Par ailleurs, s’agissant du sort des masses défavorisées, il est clair que les forces d’occupation nord-américaines, françaises et canadiennes vont continuer à leur faire la chasse avec l’assistance de paramilitaires, des «insurgés» de l’ex-commissaire Guy Philippe toujours dans ce but.